Au Maroc, une campagne de dénonciation du viol conjugal non puni par la loi

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VIOL CONJUGAL
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DROIT DES FEMMES - La célébration de la Saint-Valentin, qui prend de plus en plus d'ampleur au Maroc, est une occasion pour les couples de s'offrir des cadeaux et autres délicates attentions. Pour le M.A.L.I (Mouvement alternatif pour les libertés individuelles), c'est le moment de rappeler que la vie n'est pas rose pour toutes les femmes et que beaucoup subissent des violences conjugales au quotidien.

Avec une campagne visuelle dévoilée sur les réseaux sociaux le 14 février, le mouvement s'attaque au viol conjugal et fustige le projet de loi 103.13, fraîchement adopté par le gouvernement, qui ne criminalise toujours pas le viol au sein des couples.

Cette loi, portée par la ministre Bassima Hakkaoui, qui se veut contre toutes les violences faites aux femmes, ne mentionne pas le viol conjugal, "une violence institutionnalisée au sein des couples", peut-on lire dans un communiqué du mouvement.

Dans une série de quatre visuels aux photos peu équivoques, le M.A.L.I espère passer un message clair: tout acte sexuel non-consenti au sein d'un couple est un viol et non un devoir conjugal, ni une preuve d'amour. Le mariage ne donne pas le droit à l'époux de disposer du corps de sa femme comme bon lui semble.

viol conjugal

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"C'est consternant de devoir expliquer ça en 2018. Il y a chaque jour des milliers de viols commis au sein de couples, des femmes qui n'ont pas envie de leur mari mais sont contraintes, par 'amour' ou devoir conjugal, de se laisser violer", déplore au HuffPost Maroc Betty Lachgar, porte-parole du mouvement qui milite depuis des années pour la pénalisation de ce phénomène. "Plus consternant encore, les réactions de l'entourage quand certaines victimes osent aborder le sujet, comme: 'mais c'est ton mari', ou 'il t'aime, il fait ça par amour'" ajoute-t-elle.

Ironie du sort, à l'heure où le mouvement publie son communiqué le jour de la Saint-Valentin pour dénoncer une loi contre les violences faites aux femmes toujours pas adoptée, ledit projet de loi est adopté par la Chambre des représentants. "Quel joli hasard. C'est le cadeau de Saint-Valentin du gouvernement", ironise Betty Lachgar. "Mais en attendant, le viol conjugal, un crime qui doit être puni par la loi, n'est pas mentionné. Bassima Hakkoui continue de distribuer des permis de violer" tranche-t-elle.

La tant attendue loi 103.13, approuvée hier par la première chambre parlementaire avec 168 voix pour et 55 contre, laisse le M.A.L.I sur sa faim. "Nous sommes consternés par la présence de mentalités rétrogrades et misogynes au parlement" avance Betty. Le collectif a son avis sur la question: "les parlementaires, au lieu de mettre fin à l’impunité, sont complices de l’objectivation sexuelle des femmes, puissant outils du patriarcat", peut-on encore lire dans leur communiqué.

Les associations féministes marocaines en prennent aussi pour leur grade. Si le M.A.L.I reconnaît leur travail d'utilité publique, il trouve néanmoins qu'elles ne s'impliquent pas assez dans des campagnes qui pourraient servir leur cause. "Elles font très peu de réactions, ne font que répondre aux médias, ce ne sont pas les déclarations dans les journaux qui vont arranger les choses. Nous, à notre petite échelle, on tente de communiquer et de faire du bruit sur ce sujet. Les associations doivent aussi faire des campagnes, mobiliser sur le terrain, elles en ont les moyens. Il faut une réelle solidarité entre toutes les associations féministes pour que les choses bougent", plaide Betty Lachgar.

"En attendant, voyons comment les choses vont évoluer suite à l'adoption de cette loi" conclut-elle, légèrement optimiste.

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