Afrique du Sud: quels sont les défis du nouveau président Cyril Ramaphosa?

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CYRIL RAMAPHOSA
Siphiwe Sibeko / Reuters
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AFRIQUE DU SUD - Avec la démission mercredi du président sud-africain Jacob Zuma, le chef de l’ANC (parti au pouvoir) et nouveau président de la République, Cyril Ramaphosa, se trouve désormais face à des défis de taille qu’il doit gérer avec habileté, notamment la relance d’une économie en crise et le renforcement de l’unité au sein d’un parti en proie à de profondes divisions.

Les attentes des Sud-Africains sont grandes. Zuma a trôné depuis 2009 sur un pays où la crise économique et sociale s’est enracinée sur fond de scandales politico-financiers, qui ont sapé la confiance des hommes d'affaire tout en portant un coup dur à la popularité de l’ANC, l’emblématique mouvement de libération.

Économie nationale en berne

L’économie sera le principal champ de bataille du nouveau chef de l’ANC, estiment les analystes. Ramaphosa, qui prêtera sermon vendredi, doit dès les premiers jours de son accession à la présidence retrousser les manches pour corriger la trajectoire économique du pays.

Une économie plongée dans un marasme des plus graves. Le taux de croissance ne devrait pas dépasser 1,4% cette année, selon la Banque centrale du pays. Le Fonds monétaire international estime lui que ce taux sera de 1,1% seulement.

Le chômage ne cesse, quant à lui, de s’aggraver affectant plus de 27% de la population active, selon les chiffres officiels. Ce taux grimpe à plus de 50% parmi les jeunes dans les zones défavorisées où vit la majorité noire, selon des sources indépendantes.

La pauvreté s’aggrave aussi. Un récent rapport de l’Institut national des statistiques montre que pas moins de 55% de la population sud-africaine vit sous le seuil de la pauvreté, un chiffre qualifié, par les organisations non-gouvernementales, de "honte" pour un pays compté parmi les plus riches du continent africain.

La lutte contre la pauvreté, conjuguée aux disparités sociales, l’une des plus importantes au monde, constitue un chantier de première priorité pour le nouveau président sud-africain.

La recette Ramaphosa

Ramaphosa est appelé à contenir une crise sociale qui s’apparente à une bombe à retardement dans un pays où les frustrations s’exacerbent au regard de l’échec de réaliser le rêve de bâtir une nation qui porte bien son surnom de nation arc-en-ciel.

Très proche des milieux des affaires, Ramaphosa dispose de sa recette pour faire sortir le pays de cette crise. En novembre dernier, il a dévoilé un "New Deal" pour le pays: un plan de relance économique en 10 points qui s’articule notamment sur la lutte contre la corruption et la création d’emplois à travers un nouveau partenariat avec le secteur privé.

Il ambitionne de réaliser un taux de croissance de 3% en 2018 et de 5% en 2023, un objectif jugé "trop ambitieux" en raison de l’ampleur de la crise qui sévit dans le pays.

Les analystes soulignent de leur côté que Ramaphosa doit prendre des mesures montrant sa volonté de mettre en œuvre des réformes structurelles, recommandées par les partenaires financiers étrangers, notamment la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.

Ces réformes sont aussi considérées nécessaires par les agences de notation qui menacent de procéder à de nouvelles dégradations de la note souveraine du pays. En 2017, cette note a subi des revers qui ont freiné les flux de capitaux, déjà fragilisés par les scandales de corruption qui ont marqué le mandat de Zuma à la tête du pays.

Une ANC plus que jamais divisée

Certains analystes argumentent que le rétablissement de l’unité au sein de l’ANC demeure le défi le plus important pour Ramaphosa. D’après eux, le parti de Nelson Mandela se trouve plus que jamais divisé, résultat des décisions de Zuma et les scandales financiers dans lesquels il s’est englué.

Sous Zuma, l’ANC, qui remportait haut la main toutes les élections tenues en Afrique du Sud depuis la fin du régime de l’apartheid en 1994, a perdu beaucoup de sa popularité.

Selon une étude du centre sur les relations interraciales de Johannesburg, l’ANC a perdu, durant le mandat de Zuma, presque 20% de sa base électorale, un record depuis 1994.

Cette dégringolade se poursuit devant une montée en force de l’opposition représentée par l’Alliance Démocratique, de plus en plus populaire parmi la nouvelle classe moyenne et les jeunes sud-africains de l’ère postapartheid, et l’Economic Freedom Fighters, dirigé par Julius Malema, ancien chef de la jeunesse de l’ANC, dont le discours populiste trouve un large écho parmi les pauvres.

La tâche de Ramaphosa ne sera pas du tout aisée. Arrivant à la tête du parti après une victoire étriquée sur Nkosazana Dlamini-Zuma, ex-épouse de Zuma, Ramaphosa fera face au test ardu d’établir son autorité au sein d’un parti où Zuma continuera de compter des adeptes fidèles, indiquent les analystes, soulignant qu’une approche de réconciliation s’impose, en particulier après le départ dans la douleur de Zuma.

Le futur président de l’Afrique du Sud a besoin du soutien de toutes les factions de l’ANC pour espérer conduire le parti vers une nouvelle victoire lors des élections de 2019, indique Ongama Mtimka, professeur de science politique.

"Un vent nouveau souffle certes sur l’Afrique du Sud. Mais la nouvelle direction doit bien négocier l’actuelle conjoncture pour redonner espoirs aux Sud-Africains que le rêve de la Nation arc-en-ciel, qui semblait s’éloigner sous Zuma, est désormais à portée de main", indique le professeur.

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