Au micro de France Inter, Leïla Slimani évoque l'invisibilité médiatique des femmes voilées en France

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VOILE - Désignée pour présider le Prix du Livre Inter 2018, distinction littéraire qui sera décernée le 4 juin prochain, Leïla Slimani était ce matin l'invitée de Nicolas Demorand à 8h20 sur les ondes de France Inter. L'occasion pour l'écrivaine franco-marocaine d'être interrogée par l'animateur et par la journaliste Léa Salamé sur différents sujets d'actualité, dont l'affaire Mennel.

Alors que Leïla Slimani évoque la présentation de son livre traduit en anglais à Londres, elle dit avoir été étonnée de constater la présence, parmi les journalistes et influenceurs conviés, de trois journalistes voilées, "dont une journaliste du Financial times". "Ça n'avait l'air de choquer personne. Et je me suis posé la question, je me suis dit Leïla, en France, combien de fois il t'est arrivé de te retrouver face à une journaliste voilée? Réponse, jamais. Combien de fois il t'est arrivé de regarder la télévision, et de voir une jeune femme voilée, et qui n'était pas là parce qu'elle était voilée ou en tant que femme voilée? Jamais", poursuit Leïla Slimani, interrompue toutefois par Léa Salamé qui lui rappelle la présence télévisée récente de Mennel Ibtissem, dans l'émission de "The Voice".

Si Leïla Slimani reconnaît cette première du genre, elle n'en souligne pas moins l'"invisibilité médiatique de ces femmes", comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous:

"Est-ce que ça veut dire que la France est un pays tellement émancipateur pour les femmes, que les femmes enlèvent toutes leur voiles et qu'on ne les voit pas parce qu'elles n'existent pas? Évidemment, je ne le crois pas. Donc cette invisibilité, je l'interroge", souligne Leïla Slimani. Cette dernière trouve par "très angoissant" la perspective d'être l'esclave de son passé, faisant référence aux tweets de la jeune chanteuse de The Voice qui lui ont valu des pressions au point d'annoncer qu'elle quittait l'émission diffusée sur TF1. L'auteure distinguée par le Prix Goncourt en 2016 juge ainsi "terrible de se retrouver l'esclave de ce que l'on a dit à 15 ans".

Autre sujet sur lequel les journalistes de France Inter ont fait réagir Leïla Slimani, la francophonie. "Un concept qui n'arrive pas à mobiliser les foules" et auquel il "faut inventer un avenir", a déclaré la "représentante personnelle" du président Emmanuel Macron pour la francophonie, qui invite à abandonner la vision post-coloniale que l'on pourrait avoir de la langue française. "

"Quand André Makine ou quand Kundera, ou Becket écrivent en français, tout le monde trouve ça romantique, tout le monde trouve ça très beau. Quand c'est un Sénégalais, quand c'est une Marocaine qui écrivent en français, on est des victimes, voire des traîtres", regrette l'écrivain.

"On ne s'en sort jamais. On est toujours le traître de quelqu'un, le Bounty d'un autre (...) Je ne me sens ni traître, ni victime, je ne subis pas la langue française", tranche Leïla Slimani, qui invite à cesser de ne regarder cette langue et la francophonie "qu'à travers le prisme post-colonial", pour "lui inventer un avenir dans lequel il y a un rapport d'émancipation et de liberté".

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