Le PDG d'Orange Stéphane Richard se livre dans une interview exclusive: La Tunisie a une carte particulière à jouer en direction de l'Afrique mais aussi de l'Europe

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Stéphane Richard
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Présent aux côtés du président français Emmanuel Macron lors de sa visite d'État en Tunisie, le Président-Directeur Général du Groupe Orange depuis mars 2011, Stéphane Richard a accordé une interview exclusive au HuffPost Tunisie au cours de laquelle il revient sur la situation d'Orange Tunisie, sur les potentialités de la Tunisie mais également sur le travail effectué par la Fondation Orange.

Interview.

HuffPost Tunisie: Êtes-vous satisfait de la situation d'Orange Tunisie sur le marché aujourd'hui?

Stéphane Richard: Dans l'ensemble nous sommes satisfaits. Nous avons démarré en Tunisie en 2011 à partir de zéro.

Si on fait le bilan de cette année écoulée, Orange a investi en tout 1 milliard de dinars, créé 1250 emplois directs, conquis 4 millions et demi de clients et a une position de numéro 1 sur la data mobile.

C'est une très belle performance dans un laps de temps assez court.

Sur le plan financier, en 2017, notre exploitation est positive à la fois en terme de résultats et de cash flow.

Pour moi, c'est un excellent bilan.

Malgré les difficultés que nous avons pu rencontrer en particulier avec la situation créée par notre partenaire en Tunisie et les complications post-révolution, nous avons quand même aujourd'hui de très belles perpectives et de très belles potentialités de développement sur ce marché à la fois dans notre coeur de métier mais aussi dans de nombreux autres domaines.

Justement, où en êtes-vous de la cession des parts de votre partenaire tunisien? L'avancement du dossier prend trop de temps selon vous?

Nous avons un partenaire, qui est juridiquement Investech qui était détenue par Marouane Mabrouk et son ancienne épouse. À la suite de la révolution, il y a eu un contentieux entre M. Mabrouk et l'État tunisien, et une confiscation -partielle- de ses biens, notamment d'Investech. Nous fonctionnons donc depuis plusieurs années avec 2 interlocuteurs.

Dans ce contexte, nous avons essayé de préserver le développement de l'entreprise et nous y sommes plutôt bien arrivé. D'autre part, l'application des accords initiaux devait nous amener à prendre le contrôle de l'entité tunisienne pour en faire une partie intégrante du groupe Orange comme c'est le cas partout ailleurs.

Nous avons engagé des discussions à ce sujet, à la fois avec l'État via Al Karama Holding mais aussi avec M. Mabrouk. L'idée étant d'acquérir des parts complémentaires dans le capital afin de devenir actionnaire majoritaire. Nous sommes arrivé à un accord financier tripartite qui nous permet aujourd'hui d'avoir toutes les conditions réunies pour franchir cette dernière étape.

"La question du règlement du contentieux entre M. Mabrouk et l'État ne dépend pas d'Orange. Réglons d'abord la question d'Orange Tunisie, ensuite laissons les tribunaux et l'État de droit qui existe aujourd'hui en Tunisie faire son oeuvre".

Pour pouvoir mettre œuvre cet accord, il faudrait que Marouane Mabrouk soit retiré de la liste des personnes sanctionnées par l'Union Européenne. Tant qu'il reste sur cette liste, nous ne pouvons rien finaliser.

Une démarche est en cours, le gouvernement tunisien devrait demander ce retrait à la Commission Européenne qui devrait l’examiner dans les semaines qui viennent.

Une fois ce retrait effectif, nous pourrons concrétiser cet accord.

Vous avez récemment affirmé que le Groupe Orange est prêt à augmenter le volume de ses investissements en Tunisie, dans quelles proportions?

En Tunisie, nous sommes présents à deux titres: il y a Orange Tunisie et le Groupe Orange, et ce, conformément à ce qui avait été annoncé lors de notre installation, à savoir, développer d'autres activités du Groupe Orange en Tunisie.

Ainsi nous avons implanté la Sofrecom, une filiale du Groupe qui opère en fournissant une assistance technique aux opérateurs dans le domaine des télécoms. Son bureau en Tunisie a été créé en 2011 et a déjà recruté 500 salariés -en plus des 1250 chez Orange Tunisie-. J'ai annoncé l'augmentation du nombre de salariés à 700 sur le court terme.

Nous avons également décidé d'installer un pôle d'expertise, notamment sur l'informatique et le développement d'applications en Tunisie avec pour objectif de recruter 300 personnes d'ici 2020.

La Tunisie a une carte particulière à jouer non seulement en direction de l'Afrique mais aussi en direction de l'Europe.

Nous allons continuer à investir pour assoir le leadership d'Orange Tunisie sur la qualité du réseau, la data mobile, mais aussi en investissant dans des startups locales pour pouvoir développer certaines activités qui sont des priorités pour nous, comme la Banque mobile, la santé ou encore l'énergie.

Nous avons beaucoup d'autres projets, entre les services comme on le fait partout ailleurs en Europe et dans le monde.

Pensez-vous que l'axe du numérique est une bonne idée comme niche de développement pour l'économie tunisienne?

C'est une évidence!

C'est une bonne idée pour tout le monde puisque l'économie du futur sera digitale. Toutes les grandes activités qu'on a connu jusqu'à présent seront impactées.

Je pense qu'il y a une opportunité particulière en Tunisie car il y a un enseignement supérieur de qualité qui forme de très bons ingénieurs qui ne trouvent pas forcément de débouchés en Tunisie. Il y a donc une fuite des cerveaux qui s'accélère et cela est très préoccupant.

Alors tout ce qui peut permettre de fixer ces compétences en Tunisie dans le digital devrait à mon sens être prioritaire.

De plus, la Tunisie a une carte particulière à jouer non seulement en direction de l'Afrique mais aussi en direction de l'Europe.

Je suis absolument convaincu que la Tunisie a l'opportunité de devenir ce "hub" de la digitalisation de l'Afrique et de contribuer dans certains domaines à la digitalisation de l'Europe.

La Fondation Orange est très active en Tunisie, notamment dans les domaines de l'entrepreneuriat féminin, de l'éducation ou encore de la culture. Pourriez-vous nous en dire un peu plus?

Nous sommes très fiers de la Fondation Orange, notamment celle de Tunisie qui a été la dernière à avoir été créée et qui a déployé beaucoup de programmes, beaucoup d'actions dans l'insertion professionnelle des jeunes diplômés mais aussi à travers les actions des Fablabs solidaires.

Nous avons aussi d'autres actions en direction des femmes notamment avec la digitalisation et l'inclusion des femmes du monde rural, l'éducation des enfants à travers le programme "école numérique" qui compte aujourd'hui 60 écoles sur le territoire que nous allons continuer de développer, etc...

Comme vous le savez, dans la délégation d'Emmanuel Macron en Tunisie, il y avait également Xavier Niel qui lancera bientôt en Tunisie "L'École 42", une école de codage, une formidable opportunité pour les jeunes. Avec la Fondation Orange Tunisie, nous avons lancé un centre de développement à Tunis qui a déjà déployé des actions de très grande ampleur, et par lequel des milliers de personnes sont déjà passées. Nous avons réalisé une sorte d’”Ecole 42” avant l’heure.

Pour nous, la Fondation est un levier très important de notre présence en Tunisie. Ce n'est pas périphérique au business qu'on fait en Tunisie, c'est vraiment un projet à part entière.

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