"#MosqueMeToo": Mona Eltahawy, la journaliste américano-égyptienne derrière le hashtag

Publication: Mis à jour:
MONA ELTAHAWY
CAIRO, EGYPT - April 12: Mona Eltahawy is an Egyptian author publishing a new book 'Headscarves and Hymens: Why the Middle East Needs a Sexual Revolution' photographed in her home on April 12, 2015 in Cairo, Egypt. (Photo by David Degner/Getty Images). | David Degner via Getty Images
Imprimer

HARCÈLEMENT - Journaliste tout-terrain, écrivaine et essayiste engagée, féministe convaincue et militante américano-égyptienne, Mona Eltahawy est de celles qui veulent faire bouger les choses. À 50 ans, elle lutte pour la liberté d'information et bataille en faveur de la parole des femmes au Moyen-Orient.

Celle qui se revendique fièrement "musulmane libérale" a lancé le hashtag "MosqueMeToo" ("Mosquée, moi aussi"), le 6 février dernier sur Twitter, afin de "briser le tabou" des violences sexuelles subies par les femmes de confession musulmane dans les lieux de culte et lors d'événements religieux (comme les pèlerinages, qui se font en mixité).

Si le mot-clé #MeToo, sur lequel se calque ce dernier hashtag, était celui de toutes les femmes victimes de harcèlement, venant de tous milieux confondus, avec #MosqueMeToo, ce sont donc les espaces religieux qui sont clairement pointés du doigt.

"J'ai raconté ce qu'il m'est arrivé pendant le Hajj [NDLR: pèlerinage à La Mecque] en 1982 alors que j'avais 15 ans, dans l'espoir que cela aiderait les femmes de confession musulmane à briser le silence et le tabou qui entourent leur expérience de harcèlement ou d'agression sexuelle pendant le Hajj/Oumra ou dans des lieux sacrés. Utilisons le hashtag #MosqueMeToo."

Une initiative motivée par un autre message, posté sur Facebook quelques jours auparavant, par une jeune Pakistanaise, Sabica Khan, et supprimé depuis. Elle explique s'être fait pincer les fesses "d'une façon très agressive" lors de son pèlerinage. "Je me suis sentie terriblement violée, incapable de parler. Je savais que cela ne me servirait à rien d'en parler, parce que personne ne me croirait, sauf peut-être ma mère", écrit-elle selon les propos rapportés par l'hebdomadaire Marianne.

Selon le Département de l'Immigration d'Arabie saoudite, les femmes ont représenté 46% des fidèles en 2017, note Europe 1.

Sortir du silence

Mona Eltahawy avait déjà dénoncé ces abus en 2013, sur le plateau d'une émission de télévision égyptienne. Interviewée par la journaliste Reem Magued, elle avait raconté son agression autour de la "Kaaba", grande construction cubique vers laquelle se dirigent les prières. "On m'a agressée au moment d'embrasser la pierre sacrée, ça a été un choc... Je n'ai pas pu le dire à mes parents pendant des années. Tout ce que j'ai pu faire, c'est crier", rapporte France 24.

Et ce n'est pas la seule expérience malheureuse qu'elle a rencontrée. Celle qui est née le 1er août 1967 à Port-Saïd, au nord-est de l'Égypte, fait partie de ces nombreuses femmes égyptiennes qui ont été attaquées et agressées sexuellement par les forces de sécurité.

En novembre 2011, alors qu'elle se trouve sur la place Tahrir, dans son pays natal, pour couvrir les événements du "Printemps arabe", des policiers lui cassent son bras gauche et sa main droite avant de l'agresser physiquement et sexuellement. Elle sera également retenue prisonnière pendant 12 heures par les renseignements militaires.

Cette histoire douloureuse, elle l'a racontée dans son premier livre "Foulards et hymens" (éditions Belfond), un essai coup-de-poing paru en juin 2015, qui appelle à une grande révolution sexuelle et sociale. Pour espérer y parvenir, il faut selon elle sortir du silence: "Je ne peux pas appeler à cette révolution sans raconter ma propre révolution et mes deux luttes féministes: celle que j'ai menée contre mon voile et celle qui concerne mon hymen", raconte-t-elle au Monde.

Rester forte et s'affirmer

Malgré ces événements tragiques, celle qui contribue régulièrement au New York Times affirme plus que jamais sa place en tant que femme dans la société. Elle se sert de ses bras endoloris comme d'un nouveau moyen d'expression: "Après les violences, mes bras avaient été cassés. Pendant trois mois je ne pouvais plus écrire. J'ai réalisé que mon corps meurtri pouvait toutefois toujours être un support d'écriture pour porter des messages", confie-t-elle dans un entretien avec Olivia Phélip, rédactrice en chef de Viabooks.fr, relayé par Le HuffPost.

Déesse guerrière sur son avant-bras droit, le mot "liberté" sur l'autre... autant de messages symboliques que la militante a inscrit sur sa peau pour montrer qu'elle reste forte. Loin de se cacher, elle arbore une chevelure rouge flamboyant, après avoir porté le voile de ses 16 à 25 ans. Elle est par ailleurs un véritable globe trotter: du Royaume-Uni, en Arabie saoudite à l'Israël, elle se partage désormais entre New York et Le Caire.

En 2005, elle a été nommée "Leader musulmane de demain" par l'American Society for Muslim Advancement. Elle soutient également le mouvement Musawah, apparu en Malaisie en 2009, qui prône l'égalité et la justice dans la famille musulmane.

L'ancienne correspondante pour Reuters et de nombreux autres médias dresse aujourd'hui un bilan en demi-teinte de la révolution qui s'est tenue dans son pays. "Pour moi, la situation politique n'a pas changé - dictature et oppression sont toujours à l'œuvre aujourd'hui", regrette-t-elle lors de sa rencontre avec Olivia Phélip.

La printemps égyptien aura toutefois servi "à faire bouger en profondeur les mentalités, assure-t-elle. La révolution a fait émerger des consciences. Certaines femmes commencent à retirer leur voile. Une partie de la population revendique davantage de droits. Elle est en train de s'unir contre le harcèlement, par exemple".

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.