Le SNJT déplore la multiplication des agressions contre les journalistes par des policiers

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Les agressions visant les journalistes ne cessent d’augmenter, a révélé le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) dans un communiqué de presse rendu public lundi.

18 cas d’agression ont été enregistrées durant le mois de janvier 2018 ciblant 32 journalistes parmi eux 9 femmes, déplore le syndicat. Que ce soit des journalistes télé, radio ou journaux, les agressions n’ont épargné aucun support médiatique du pays. En effet, “ces agressions ont visé 7 journalistes opérant dans des stations radio, 7 dans des chaînes de télévision, 4 dans des journaux papiers, 3 dans des sites électroniques et une dans une agence de presse” précise-t-il.

Ces chiffres collectés par le Centre de sécurité du travail (CST) relevant du SNJT dévoilent que la majorité des agressions à l’encontre des journalistes émane de policiers et d’agents sécuritaires. Avec 8 agressions, les agents de sécurité figurent en premier lieu sur la liste des agresseurs, suivis des citoyens (5 agressions), des syndicalistes sécuritaires (3 agressions) et des fonctionnaires publics (2 agressions).

D’après le SNJT, le mois de janvier a été marqué par l’agressivité des agressions formulées par les sécuritaires. En effet, ils ont procédé à “trois arrestations illégales et deux agressions dont une agression physique accompagnée de confiscation du matériel, en plus d'un cas de harcèlement et d’interdiction de couvrir les dernières protestations”.

Depuis mars 2017 jusqu’au 31 décembre 2017, les forces de sécurité sont responsables de 33 agressions, soit 25% de l’ensemble des agressions ciblant les journalistes.

Le taux d’agression le plus élevé a été enregistré à Tunis avec 11 agressions. Les autres ont eu lieu à Sousse (2), Gabès (1), Gafsa (1), Kasserine (1), Sfax (1) et Nabeul (1).

Le SNJT révèle, d’autre part, que le harcèlement et les campagnes de dénigrement visant les journalistes notamment celles menées sur les réseaux sociaux se sont multipliées. “En janvier, nous avons enregistré 8 cas de harcèlement contre 6 cas en décembre dernier" a-t-il noté.

Par contre, les agressions verbales et physiques ont diminué au cours de cette période. 4 agressions ont été commises en janvier contre 7 agressions en décembre 2017.

Devant un tel constat, le SNJT a appelé le ministère de l’Intérieur à ouvrir une enquête sur les agressions signalées et à accélérer l’adoption d’un code de conduite définissant la relation entre les forces de sécurité et les journalistes.

Le syndicat a, par ailleurs, présenté une série de recommandations pour limiter les atteintes à la liberté de la presse et améliorer les conditions de travail des journalistes.

Depuis plusieurs semaines, la colère gronde chez les journalistes tunisiens. Le 2 février dernier, une journée de colère a été décrétée. Une centaines de journalistes sur l'ensemble du territoire tunisien ont porté le brassard rouge et ont observé des sit-in devant des journaux et les locaux des radios régionales ainsi que devant les gouvernorats des villes tunisiennes pour dénoncer les récentes pressions exercées sur eux et les campagnes de harcèlement menées à leur encontre sur les réseaux sociaux.

Deux jours après, le président du SNJT, Néji Bghouri, a été reçu par le président de la République, Béji Caïd Essebsi pour faire le point sur la situation de la liberté de la presse dans le pays. D’après Bghouri, le chef de l’État a exprimé son engagement envers la protection et le soutien de la liberté d’expression qui se présente comme un des piliers de la réussite du processus démocratique.

D’ailleurs, le syndicat des forces de sécurité intérieure a annoncé, dans un communiqué rendu public, lundi, la radiation de quatre de ses adhérents de toutes leurs activités syndicales, pour agissement immoral et intimidation.

Il est à rappelé que le SNJT a annoncé avoir reçu de nombreuses plaintes de journalistes concernant le retour de la surveillance de leurs résidences et leurs lieux de travail.

“Cette démarche contre les journalistes s’est traduite par des attaques graves, notamment des violences physiques, des menaces et des arrestations, lors de l’accomplissement de leur travail sur le terrain”, mentionne une lettre ouverte, élaborée par le SNJT, et destinée aux trois présidents.

Selon le syndicat, cette “politique anti-presse” a coïncidé avec les appels lancés par les autorités pour relancer l’Agence tunisienne de la communication extérieure (ATCE) qui a joué un rôle central dans la répression de la liberté de la presse et la corruption du secteur.

Par ailleurs, le SNJT a relevé l’existence d’une volonté gouvernementale d’imposer une législation restrictive visant à étouffer les libertés de la presse, d’expression et de manifestation moyennant l’élaboration de projets de loi tels que le projet de loi N°2015-25 relatif à la répression des atteintes contre les forces armées et le projet de loi portant création à l’instance de communication audiovisuelle.

“Cette politique menace le climat de la liberté d’expression en Tunisie, principal acquis de la révolution”, a estimé le syndicat.


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