Si la guerre en Syrie touche à sa fin, comment expliquer que les massacres de civils par le régime Assad continuent?

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OSMAN ORSAL
Un petit garçon syrien est photographié au camp de réfugiés de Kelbit, près de la frontière syro-turque, dans la province syrienne d'Idlib, le 17 janvier 2018. REUTERS/Osman Orsal | Osman Orsal / Reuters
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INTERNATIONAL - Ce furent les "quatre pires journées qu'ait connues la Ghouta orientale" depuis le début de la guerre en Syrie en mars 2011, affirme un médecin sur place. En moins d'une semaine, 220 civils ont été tués par des frappes attribuées au régime de Bachar al-Assad. Une situation qui perdure depuis des semaines et touche plusieurs régions syriennes.

Sur le plateau de France 2 fin décembre, Emmanuel Macron se montrait pourtant optimiste: "d'ici mi-fin février, on aura gagné la guerre en Syrie", affirmait le président français. Une déclaration partiellement confirmée si l'on se limite à l'offensive contre Daech. En ce qui concerne la guerre menée par Bachar al-Assad, appuyé par la Russie, contre les "poches rebelles", elle est loin d'être terminée.

Ces dernières semaines, deux zones en ont particulièrement fait les frais: la région d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie et non loin de la frontière turque, et la Ghouta orientale au sud. Toutes deux font pourtant partie des "zones de désescalade" mises en place en mai 2017. L'instauration de cet accord, soutenu par Damas, devait permettre de venir en aide aux quelque 3 millions de civils (2,6 millions dans la province d'Idlib, un peu moins de 400.000 dans la Ghouta orientale). Moins d'un an plus tard, force est de constater que l'accord n'a pas été respecté.

  • La province d'Idlib, "un nouvel Alep"

Si le soulèvement contre Bachar al-Assad est parti de Deera, dans le sud du pays, il s'est rapidement propagé vers le nord. Et Idlib a fait partie des premières villes à adhérer à la rébellion. Depuis, ce chef-lieu est dans le viseur du dirigeant syrien, qui y multiplie les offensives.

Les forces du régime ont été chassées en 2015 de la province d'Idlib par une coalition de rebelles et de jihadistes. Mais bien que les deux groupes se rejoignent toujours sur leur opposition à Bachar al-Assad, leur alliance a pris du plomb dans l'aile, principalement au détriment des rebelles. "Tout ce qui n'est pas avec moi est contre moi", dit le dicton que Bachar al-Assad semble appliquer à la lettre. Sa lutte contre "les terroristes" englobe aussi bien les rebelles que les jihadistes, et ce d'autant plus que de nombreux membres des groupes terroristes, chassés par les avancées de la coalition et du régime syrien, ont trouvé refuge à Idlib.

Fin décembre, l'Observatoire Syrien des droits de l'homme (OSDH) rapportait ainsi que le sud-est de la province était "visé par des bombardements d'une violence sans précédent depuis des mois". Et ce sont principalement les infrastructures "civiles" qui ont été visées: près de 12.000 écoles ont été fermées, des marchés, et plus d'une dizaine d'hôpitaux ont été détruits entre décembre 2017 et janvier 2018.

Lors d'une réunion du Conseil de Sécurité jeudi 8 février, le représentant français François Delattre a affirmé que "dans la province d'Idlib, c'est un nouvel Alep qui commence sous nos yeux." Des propos qui font écho à ceux du journaliste syrien Akram Al-Ahmad, habitant d'Idlib, qui a affirmé lors d'un entretien au Monde que "le régime syrien veut assiéger Idlib, comme il l'a fait à Alep."

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Un raid aérien au gaz toxique ciblant la province d'Idlib en avril 2017 fait 72 morts.

  • La Ghouta orientale

Située non loin de la capitale syrienne, la Ghouta orientale représente une "poche rebelle" d'une trentaine de kilomètres carrés, cruciale pour Bachar al-Assad. Près de 400.000 personnes, dont environ un tiers d'enfants, y vivent dans des conditions déplorables depuis le début du siège du régime, en 2013.

Selon l'ONG Save the Children, plus de 4000 familles vivent désormais dans des caves et des bunkers. "Les enfants sont affamés, bombardés et piégés. Le siège signifie qu'ils n'ont nulle part pour fuir". Et depuis le 5 février, les bombardement se ont intensifiés. 229 civils dont 58 enfants ont péri dans le déluge de feu déversé par le régime, a indiqué l'OSDH. Des centaines d'autres ont été blessés.

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Un homme tenant un enfant après une frappe aérienne dans la ville de Douma, dans la Ghouta orientale, le 7 février 2018.

"La pire situation depuis 2015"

Ces derniers jours, les associations et ONG qui oeuvrent sur le terrain ont donc tiré la sonnette d'alarme, affirmant qu'il leur était impossible de venir en aide aux populations dans un tel regain de violences. Ils réclamaient notamment "une cessation immédiate des hostilités pour au moins un mois, dans toute la Syrie", une demande qui n'a que très peu de chances d'aboutir.

Jeudi, le Conseil de sécurité des Nations unies a échoué à trouver un accord concret. A l'issue de la réunion, le secrétaire général de l'ONU aux Affaires humanitaires, Mark Lowcock, a d'ailleurs refusé de répondre aux médias. Selon une source diplomatique, il a longuement détaillé devant le Conseil de sécurité "la pire situation depuis 2015". "Il nous faut désespérément un accès humanitaire et que les civils soient épargnés", a-t-il dit, selon cette source.

Un responsable de l'Onu a aussi évoqué la situation humanitaire dans la région d'Afrine, au nord du pays, et à Raqa, ex-fief du groupe Etat islamique, où les conditions ne sont pas réunies pour un retour sans danger et accompagné d'aide humanitaire pour la population.

La situation pourrait cependant prendre un nouveau tournant, alors que les soupçons d'utilisation d'armes chimiques pèsent sur le régime syrien. Selon Washington, au moins six attaques chimiques, potentiellement au chlore, ont été perpétrés par le régime.

Ce vendredi 9 février, Emmanuel Macron a réitéré ses appels à Vladimir Poutine, allié de Bachar al-Assad, à qui il a demandé de "tout faire pour que le régime syrien mette un terme à la dégradation insoutenable de la situation humanitaire dans la Ghouta orientale et à Idlib". Il a aussi exprimé sa préoccupation sur les indications faisant état de l'emploi possible de chlore à plusieurs reprises contre des populations civiles en Syrie au cours de ces dernières semaines" et "souligné que la détermination de la France pour lutter contre l'impunité dans l'utilisation des armes chimiques était sans faille", a précisé l'Elysée dans un communiqué.

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