Il existe un 2e mémo secret sur le FBI, mais celui-là, Trump ne veut surtout pas le voir sortir

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DONALD TRUMP
Yuri Gripas / Reuters
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ÉTATS-UNIS - "La note innocente totalement Trump dans l'enquête". Le président américain, parlant de lui à la troisième personne, s'est félicité samedi 3 février d'un mémo secret très critique à l'égard du FBI qui met en évidence, selon lui, que "les accusations de collusion [avec la Russie, ndlr] sont mortes". On en est pourtant loin.

Cette note confidentielle, rendue publique la veille par le milliardaire new-yorkais lui-même, assure que le FBI a abusé de son pouvoir en mettant sur écoute un ancien membre de son équipe de campagne avant l'élection de novembre 2016 et pourrait donc mettre en danger l'enquête de la police fédérale menée par Rob Mueller sur les soupçons de connivence entre le milliardaire new-yorkais, ses proches et Moscou.

Une révélation en grande pompe mais trompeuse, selon le FBI et les démocrates qui répètent que le document en question serait volontairement incomplet et partial. Car si ce mémo émane du House Intelligence Committee -la commission du Congrès chargée de surveiller les activités des agences de renseignement-, il a cependant été rédigé par son directeur Devin Nunes, un républicain qui prend tellement souvent la défense de Trump qu'il a dû accepter, en avril 2017, de ne plus s'approcher du dossier russe.

"L'objectif recherché est de discréditer le FBI"

Dans sa note, Devin Nunes accuse principalement les enquêteurs du FBI d'avoir commis des abus afin d'obtenir le mandat d'un juge fédéral pour débuter l'enquête en espionnant les conversations d'un ancien conseiller diplomatique de l'équipe de campagne de Donald Trump. Plus précisément, l'agence aurait omis de préciser qu'un dossier à charge nommant ce conseiller aurait été indirectement financé par des démocrates.

Des informations que Donald Trump et certains républicains ont trouvé idéales pour servir leurs intérêts: il a donc été voté en commission que le document devait être dévoilé au public, et le président s'est ensuite empressé de valider la démarche avant de dire, devant les caméras que les révélations étaient "terribles" et que les personnes qui avaient lancé l'enquête du FBI sur le dossier russe "devraient avoir honte". Sur Twitter, le président a érigé Nunes en "homme d'un énorme courage, qui pourrait un jour être reconnu comme un héros américain".

"L'objectif recherché est de discréditer le FBI, discréditer l'enquête de Mueller", s'est désolé le démocrate Adam Schiff, numéro deux du House Intelligence Committee, qui a bien l'intention de remettre les pendules à l'heure.

Ce lundi 5 février, ce dernier devrait en effet demander l'organisation d'un vote afin qu'un second mémo, rédigé par ses soins, soit à son tour déclassifié. Selon les démocrates, ce document viendra montrer en détail comment le texte rédigé par Nunes, et présenté par Trump comme la preuve de l'animosité du FBI à son encontre, est très loin de refléter la réalité.

Trump aura le dernier mot

Ce deuxième mémo pourrait notamment pointer du doigt le fait que le fameux Steele dossier -qui aurait été en partie financé par le camp démocrate- n'aurait tout d'abord pas été l'élément déclencheur de l'ouverture de l'enquête du FBI sur une possible collusion entre Moscou et l'équipe de campagne de Trump. Un autre proche se serait fait remarquer des services de renseignement américains en multipliant les communications avec des Russes.

Schiff aurait aussi le choix de rappeler que présenter à un juge des informations récoltés par des opposants n'a par ailleurs rien d'un tour de passe-passe. C'est un grand classique lors d'une demande de mise sur écoute: qui d'autre qu'un ennemi récolterait des informations dommageables? Il revient toujours au magistrat de valider ou non la requête en évaluant la véracité potentielle des informations, d'où quelles viennent.

Alors que certains républicains n'ont pas apprécié la guerre ouverte
que Trump continue d'entretenir avec le FBI en dévoilant le mémo accusateur, les démocrates pensent avoir une chance d'obtenir assez de voix ce lundi pour que leur propre note soit diffusée au grand public. Mais il reste un problème de taille: même si le vote va dans leur sens, c'est à Donald Trump que reviendra le dernier mot. Le président aura cinq jours pour valider ou non la déclassification du document qui viendrait contredire intégralement le texte qui jouait en sa faveur.

"M. le président, je vous exhorte à autoriser la publication du [mémo de Schiff], il est fondamental que le peuple américain puisse voir la version de chaque parti et qu'il se fasse son propre avis. Tout refus (...) ne serait que la confirmation que la déclassification du mémo de Nunes n'avait que pour but de discréditer l'enquête [du FBI sur les soupçons de collusion avec la Russie, ndlr]", a appelé le chef de file des sénateurs démocrates Chuck Schumer ce lundi, sachant pertinemment que Donald Trump avait peu de chances d'accepter. Réponse avant la fin de la semaine.

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