L'opposition houleuse entre "islamistes" et "sécularistes" de 2011 à 2014 analysée dans ce livre témoignage de Nadia Chaabane

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Les assassinats de Chokri Belaid, de Mohamed Brahmi, de Lotfi Nagdh et leurs répercussions sur le processus politique et constitutionnel en Tunisie, l'attaque de l'ambassade des États-Unis, l'assaut des salafistes sur la faculté des Lettres de la Manouba, les débats houleux sur la place de la religion dans l'État, les accusations de mécréance contre les uns, les craintes d'une islamisation de la société, la troïka ... et tant d'autres affaires ont secoué la Tunisie durant les années d'élaboration de la Constitution.

nadia chaabane

Le livre de Nadia Chaabane est destiné à ceux qui ont la mémoire courte. Intitulé "Chronique d'une constituante: 2011-2014", le livre revient sur une phase charnière de l'histoire récente de la Tunisie.

Ce livre "participe à notre information, et servira à nos historiens", écrit Nadia Chaabane.

Nadia Chaabane était l'une des actrices de cette page de l'histoire. Élue à l'Assemblée constituante sous la houlette du "Pôle démocratique moderniste", Nadia Chaabane a défendu bec et ongles le projet d'un État civil qui garantit l'égalité entre les hommes et les femmes et les libertés individuelles.

"Ennahdha et son projet islamiste"

Dans une première partie baptisée "Une Constitution pour quelle République? ", Nadia Chaabane revient longuement sur le bras de fer qui a opposé les porteurs du projet d'un État civil aux islamistes.

Elle analyse l'hégémonie d'Ennahdha en ces termes: "Les islamistes ont mené une politique de déploiement méthodique dans les arcanes de l'État. Ils l'ont fait grâce à l' 'organisation provisoire des pouvoirs', qu'ils ont su imposer à leurs partenaires du gouvernement, passifs et divisés; mais aussi à l'aide des nominations et en s'attaquant aux secteurs sur lesquels ils n'avaient pas de prise: le syndicat, les médias et les associations".

Ce verrouillage allait de pair avec des tentatives d' "islamiser la société", souligne l'auteure. À travers l'analyse des discours, des projets de loi (L'institution de la Zakat, la réintroduction des Awqaf, la complémentarité entre hommes et femmes, etc) et de l'instrumentalisation des mosquées, Nadia Chaabane revient sur ces polémiques qui ont accompagné le processus constitutionnel à l'époque.

"Une société sécularisée et en résistance"

Dans la deuxième partie du livre, l'ancienne élue évoque la résistance d'une société sécularisée, formée de partis politiques , à l'instar du Front du Salut, des associations et d'une frange de la société tunisienne qui ont participé, entre autres, au sit-in du "Rahil".

À propos, Nadia Chaabane écrit: "Le sit-in ce n'était pas seulement de simples tentes dressées et des gens qui y restaient mais une communauté de vie (...)".

Le sit-in a opéré un revirement dans le processus constitutionnel et politique, enfantant le dialogue national mené par le Quartet, qui a abouti à l'adoption de la Constitution après une période d'impasse politique et de violences dangereuses.

Nadia Chaabane salue la vitalité de la société civile qui "a été un acteur incontournable dans ce processus (...) À chaque clivage ou à chaque flottement, la société civile a répondu présente et a participé à faire avancer le texte. La mobilisation a commencé dès le premier jour et n'a jamais cessé. Quelques associations ont joué un rôle fondamental dans la réflexion autour du texte, comme l'Association Tunisienne de Droit Constitutionnel qui a contribué à sortir le débat de l'Assemblée pour le poser dans les universités et ailleurs (...)", se félicite-t-elle.

Ce fut un combat long et rude. L'auteure étale ses dessous, du sit-in du "Rahil", aux négociations avec la troïka, en passant par les tergiversations dans les commissions de la Constituante.

"Une Constitution arrachée de haute lutte"

L'enjeu était la place de la religion dans la Constitution, indique la constituante: "Les divergences fondamentales entre les sécularistes et les islamistes portent sur le rapport à la Chariâa et le droit positif, la place des femmes, l'égalité ainsi que sur les libertés de conscience, d'expression et de pensée".

Dans la dernière partie intitulée "Une Constitution arrachée de haute lutte", Nadia Chaabane détaille les luttes qui ont mené vers la version définitive de la Constitution et son adoption.

"La rédaction de la nouvelle Constitution s'est donc transformée en un vrai choc de cultures (...) Le débat sur la Constitution a été extrêmement long, il a fallu passer par une remise à plat de tout et discuter de choses évidentes et, même l'évident ne faisait plus consensus", se souvient l'ancienne élue

Et d'ajouter: "Le vote de la Constitution a été un grand moment de soulagement et aussi une belle victoire des démocrates engagés dans ce bras de fer de la survie d'un modèle sociétal. J'étais heureuse de ce dénouement, même si en même temps, j'avais une impression de mission inachevée. La couardise de certains, le manque d'ambition et d'audace des autres en ont voulu autrement", nuance-t-elle, en insistant sur le fait que la bataille continue avec les interprétations de la Constitution, la mise en place de la Cour constitutionnelle, le chantier de l'éducation et de la culture.

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