On a regardé pour vous "Benzine" de Sarra Abidi: Les familles, ces autres victimes de la migration clandestine

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Des milliers de Tunisiens tentent une traversé de la méditerranéen pour rejoindre l'autre rive, l' "Eldorado" européen. Emportés par la mer, certains y perdent la vie, d'autres survivent. Que deviennent-ils? Comment vivent-ils? Difficile de le savoir parfois, surtout pour les familles, secouées par le départ en catimini de leur enfant.

Parmi elles, plusieurs se battent toujours pour connaître le sort d'un fils parti dans la foulée de la révolution dont elles ont perdu la trace depuis. Elles ne cessent de chercher des réponses à travers des va-et-vient interminables au ministère des Affaires étrangères pour solliciter une information sûre.

Ces familles vivent ballotées entre l'espoir de retrouver les leurs et la résignation de les perdre pour toujours. Comment supporter l'incertitude et cette attente exténuante d'un être cher?

Le film "Benzine" ("essence" en arabe) de Sarra Abidi, dont la dramaturgie linéaire s'apparente à un documentaire, décrit l'autre face du drame de l'immigration clandestine à travers la vie en sursis d'une famille ébranlée par le départ inopiné de leur enfant.

Bande-annonce de "Benzine"

La réalisatrice retrace l'histoire de deux parents, interprétés par Ali Yahyaoui et Sondos Belhassen, qui n'ont plus de nouvelles de leur fils, un diplômé en informatique, qui a pris la mer un certain 18 janvier 2011 vers l'Europe.

Bouleversés par ce départ dont ils ignorent le dénouement, les parents demeurent dans le désarroi total, vouent leur vie à la recherche de leur enfant perdu. Il y a ainsi un avant et un après ce départ. Leur vie est devenue une désespérée quête d'un fil d'espoir, aussi mince soit-il, auquel ils essayent de s'accrocher pour pourvoir continuer à espérer. Cette vie vouée à cette difficile recherche, n'en est plus une. Tout a désormais un goût amer, tout tourne autour de leur fils dans un enchevêtrement brûlant entre attente, tristesse, colère, espérance.

Derrière cette tragédie familiale, la réalisatrice dessine la misère de ces contrées reculées, où les jeunes comme les grands crèvent à petit feu.

Dans ces paysages aux beautés authentiques, superbement figées par le film, des parcours sont contrefaits par la contrebande d'essence. Presque tous s'y mettent pour faire rouler la machine du système et y gagner en passant leur vie.

Leur parcours n'est qu'une perpétuelle diversion pour échapper à l'austérité de leurs conditions; entre contrebande, foot, quelques beuveries...

Cette misère fait la joie d'autres qui en profitent pour faire perdurer le marché juteux de toutes sortes de trafics. Qui sont les passeurs? Y-a-il un lien entre eux et les réseaux de contrebande? Autant de questions qui taraudent ces parents qui cherchent à remonter à l'origine du drame.

"Benzine" de Sarra Abidi est actuellement dans les salles.

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