La trajectoire démocratique de la Tunisie "est irréversible" affirme Mehdi Jomaa sur France Culture

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MEHDI JOMAA
Anis Mili / Reuters
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Ce matin, l'ancien premier ministre technocratique et fondateur du parti Al Badil Ettounsi (Tunisie alternative), Mehdi Jomaa, s'est exprimé au micro du journaliste français Xavier Martinet sur la radio France Culture, dans le contexte de sa candidature aux élections municipales, prévues en mai prochain et de la première visite du président français Emmanuel Macron en Tunisie.

"Je voudrais commencer par rassurer sur la trajectoire démocratique, elle est vraiment irréversible", a d'abord lancé Mehdi Jomaa, reprenant les termes optimistes choisis par Emmanuel Macron pour la presse tunisienne avant son arrivée en Tunisie.

La nécessité de relancer une classe sociale ambitieuse

Interrogé sur les dernières protestations sociales qui ont frappé le pays, il commente: "je pense qu'effectivement, il y a des difficultés politiques, qu'on a su surmonter, des difficultés sécuritaires, et je pense qu'on était tous confrontés à ce fléau qui a envahi la rive nord de la méditerranée et on a su faire preuve de cohésions sociale".

Il a ensuite pointé du doigt le problème du chômage face aux nombreux diplômés tunisiens ainsi qu'"une impatience" en cette période de post-révolution.

"la difficulté majeure est le manque de vision, de projection à long terme, nous devons aujourd'hui inscrire la Tunisie dans le long terme, programmer sa réussite avec l'inclusion de toutes les catégories sociales, de tous les jeunes tout en tenant compte aussi, des difficultés de certaines couches".

NNostalgique, de l'après indépendance, donnant naissance, grâce l'école publique, à une classe moyenne dominante et à "la trame très solide de la société tunisienne", il a évoqué une actuelle "crainte d'érosion".

Sur la question de l'emprunt de 2,9 milliards de dollars de la Tunisie au FMI, qui fait pression sur le budget et est accusé d'être une mesure d'austérité, l'ancien ministre explique que la difficulté principale réside dans l'utilisation de cet emprunt, celui-ci devant être employé à "créer de la richesse et de l'avenir".

"Je rappelle que la Tunisie a un taux d'endettement largement inférieur à celui de la France", a-t-il souligné.

Une partie du budget va pourtant contribuer à rembourser la dette dans un contexte d'augmentation des taxes, entrainant sans surprise un mécontentement social. "Je comprends le citoyen tunisien et l'entreprise tunisienne car cela ne va pas dans le sens de la relance", a affirmé Mehdi Jomaa.

Il a ensuite souligné l'importance des ressources humaines locales qui constituent le "plus grand facteur de succès" tunisien et rappelé l'"exceptionnelle" position géographique du pays. "Nous avons tous les atouts" a-t-il constaté, avant de conclure que "la nécessité actuelle réside dans l'ensemble de réformes des politiques publiques".

Les municipales, une ouverture pour 2019?

Sur la stratégie qu'entend entreprendre son parti Al Badil Ettounsi pour les élections municipales, en mai prochain, Mehdi Jomaa, explique que son attention est actuellement concentrée sur deux conditions, dont la première est l'application de la loi avec la volonté de créer un État de droit, "notre vision est vraiment une Tunisie prospère avec des citoyens libres et responsables", a-t-il développé.

S'y ajoute la modernisation de l'administration "car quelques soient la politique publique et les programmes que vous mettez en place, vous avez besoin d'un dispositif exécutif performant". Rappelant la force et le dynamisme passés de l'administration tunisienne, il propose de "recréer cet état d'esprit" en pensant davantage en terme d'opportunité et non plus de masse salariale.

L'homme politique a également révélé les 5 piliers stratégiques sur lesquels s'appuie le parti: une "cohésion nationale et sociale", une gouvernance axée davantage vers le mérite et la compétence, une "économie qui s'adapte à son environnement", mettre la technologie au centre. "Je rêve d'une Tunisie qui est le centre le plus connecté d'Afrique, en terme d'infrastructure et de logistique mais aussi en terme technologique", a expliqué Mehdi Jomaa. Enfin, le dernier pilier est celui de la position à l'international de la Tunisie: "je vois la Tunisie comme un centre d'excellence et un pays de neutralité positive et un pays aussi de liberté, de droits de l'homme où on vient trouver des solutions et non pas trouver des problèmes".

Un programme ambitieux qui laisse prédire que l'homme d'État tunisien ne vise pas seulement les municipales.

"Ce que je vise est plus large avec l'équipe Al Badil, car on a créé un think tank, un centre d'étude stratégique, pour élaborer les politiques publiques. Ce que nous visons réellement c'est une opération de transformation et ça ne s'opère pas sur deux mois, il faut avoir une vision sur vingt, trente ans et après la construire mois par mois, année par année", a-t-il développé.

Il précise que son parti a dans ce cadre tenté de rassembler avec lui une dizaine d'autres partis dans l'espoir de "faire émerger une nouvelle génération de leadership qui elle rompt avec le leadership actuel".

Concernant de la présidentielle en 2019, Mehdi Jomaa a laissé planer le doute d'une éventuelle candidature.

"je m'engage à ne pas me présenter à quelque échéance que ce soit si je n'ai pas de contenu, si je n'ai pas de quoi faire changer la vie du Tunisien et saisir les grandes mutations du monde".

Il a enfin insisté sur l'importance d'assurer avant tout, la neutralité de l'État, une condition nécessaire au bon déroulement des élections.

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