Islam, migration, liberté de circulation...Tout sur le discours de Macron devant l'ARP

Publication: Mis à jour:
TUNISIA MACRON
TUNIS, TUNISIA - FEBRUARY 01: President of France Emmanuel Macron addresses at the National Assembly in Tunis, Tunisia on February 01, 2018. (Photo by Yassine Gaidi/Anadolu Agency/Getty Images) | Anadolu Agency via Getty Images
Imprimer

En visite d'État en Tunisie, le président français Emmanuel Macron a tenu, jeudi, un discours devant l'Assemblée des Représentants du Peuple (ARP). Le discours était ancré dans l'histoire, mais aussi dans l'avenir des relations entre la Tunisie et la France. Ponctué de phrases percutantes, enthousiastes, le discours du président français a posé les défis que traverse les relations franco-tunisiennes ainsi que la politique française dans la région.

De "la révolution culturelle démocratique" en Tunisie

"La Tunisie est un grand pays, une grande nation, un grand peuple", a lancé Macron, en louant un pays qui a pu construire "une démocratie inédite" malgré la fragilité liée à un tel défi et malgré un contexte régional et mondial encore plus difficile.

Le président français a communiqué son admiration pour l'histoire de la Tunisie; de Carthage à Kairouan, en passant par l'abolition de l'esclavage, l'acte d'indépendance en 1956 jusqu'au processus constitutionnel de l'après révolution.

Macron a salué le courage du peuple tunisien qui s'est soulevé contre la dictature, la vitalité de la société civile et de sa société politique qui ont pu accomplir une "révolution culturelle démocratique" en consacrant la liberté de conscience, l'égalité entre les hommes et les femmes dans le cadre d'un État civil. À ce propos, le président français a salué les annonces du président tunisien Béji Caid Essebsi concernant la possibilité de mariage d'une Tunisienne avec un non-musulman ou encore l'égalité dans l'héritage.

Tous ces principes consacrés par la Tunisie prouve, selon lui, que ceux qui considèrent que l'islam et la démocratie sont incompatibles et que la séparation entre religion et État est impossible se leurrent. La Tunisie a bâti "un modèle unique" porteur d'espoir pour toute la région, a martelé Macron.

Le chef d'État français a souligné que la révolution n'est pas encore terminée en faisant une comparaison avec la France où la démocratie a été forgée durant des siècles. "Il faut transformer le Printemps politique en Printemps économique et social, en faveur des classes moyennes et populaires", a-t-il déclaré. Macron a vanté d'ailleurs la lutte contre la corruption menée par l'État tunisien.

"La page du Printemps arabe n'est pas tournée. Vous êtes en train de la faire vivre. Grâce à vous, la Tunisie est de retour", a-t-il affirmé.

Une histoire de partage

Macron s'engage à aider la Tunisie comme "on aide un frère ou une soeur", dit-il. Entre la Tunisie et la France, il y a "une histoire en partage avec des heures glorieuses er des heures plus sombres", a-t-il souligné.

Le président français a insisté sur la langue française commune qui unit les deux pays mais aussi sur la présence d'une forte diaspora dans les deux pays.

Les points communs entre les deux pays c'est aussi des valeurs universelles, comme la liberté de conscience, l'égalité, etc, et qui sont "nés en Méditerranée", selon Macron.

"La France n'a pas d'autre choix que de voir la Tunisie réussir dans ce moment historique, de faire triompher ses valeurs qui sont aussi les nôtres", dit-il.

L'avenir des relations franco-tunisiennes

Le président français a insisté sur le volet culturel et éducatif pour le renforcement des relations entre les deux pays. Il a expliqué que l'un de ses volets est l'ancrage de la francophonie: "La langue française n'appartient plus à la France. Elle vit partout dans le monde, là où la volonté des femmes et des hommes l’anime et l’habite car elle est une partie de leur identité et aussi de leur réussite", a-t-il précisé.

Macron annonce la mise en place d'alliances éducatives et culturelles entre les deux pays. "La Tunisie est une nation éclairée. La France l’accompagne par un investissement renforcé dans l’éducation et l’enseignement supérieur", a-t-il renchéri en annonçant des facilités de circulation entre les deux pays dans le cadre de cette coopération.

En promettant le doublement des investissements français en Tunisie, Macron espère aussi "créer de l'espoir", "aider à réussir ici et circuler dans une mobilité choisie" afin d'endiguer la migration clandestine. "La Méditerranée est devenue le cimetière de nos espoirs et de notre jeunesse parce que nous avons laissé prospérer l'obscurantisme et les passeurs de haine. Il faut retrouver une vraie ambition pour la Méditerranée, ensemble. À nous d'être à la hauteur de notre histoire commune", a-t-il lancé dénonçant les réseaux de trafiquants, liés au terrorisme.

Pour lui, les enjeux dépassent le cadre bilatéral entre les deux pays pour englober toute la Méditerranée. "La Méditerranée est au cœur de nos défis communs", dit-il.

Pour relever ces défis, Macron revient sur la politique arabe de la France: "Il n'y a aucune politique arabe possible, aucune réussite de cette politique si on fait deux erreurs, que je ne veux pas commettre. La première erreur est de penser qu'on peut construire une politique arabe hors du monde arabe, ça ne marche pas. Ceux qui ont pensé qu'on pouvait destituer des dirigeants ici ou là, décider de ce qui était bon, enseigner à des milliers de kilomètres se sont trompés (...) les solutions profondes viendront des peuples eux-mêmes", explique-t-il, en admettant la responsabilité de la France dans le chaos libyen qui a eu des répercussions en Tunisie après la destitution du président libyen Kadhafi par une coalition internationale menée par la France.

La deuxième erreur est "si on accepte les grands schisme dans lequel on veut nous enfermer", en parlant de la "fracture", de "crise" qui traversent la région entre les porteurs d'un modèle moderniste et les teneurs "à un retour à plus de traditions", entre "des projets profondément différents". Il faut, selon lui, s'élever au dessous de ses différences pour construire le bien commun en prenant comme exemple la Tunisie. Pour lui, c'est la clé pour toute la région pour parvenir à la paix, à la préservation du pluralisme religieux et au respect des droits humains.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.