Wassyla Tamzali : "Les Algériens qui achètent des oeuvres d'art préfèrent l'orientalisme à l'art contemporain"

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WASSYLA TAMZALI
ALAIN JOCARD via Getty Images
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Dans un entretien à Radio M, la directrice et fondatrice des Ateliers sauvages a parlé de son “angoisse” une fois que les oeuvres d’art ont été créées et exposées.

“Ce qui m’angoisse c’est que, une fois qu’on a créé des oeuvres, qu’est-ce qu’on en fait? Le public vient mais il n’achète pas, peut-être qu’il n’a pas d’argent mais les gens qui ont les moyens achètent un beau salon en cuir ou une belle table pseudo berbère qui coûterait trois oeuvres d’art”, a expliqué Wassyla Tamzali.

Ce manque d’enthousiasme pour l’acquisition d’oeuvres d’art créées par les artistes contemporains algériens, pourtant nombreux et talentueux, est probablement le signe d’un manque d’intérêt pour la création algérienne, étant donné que ceux qui peuvent acheter des oeuvres plastiques “préféreront acheter une copie ou une reproduction”, a-t-elle ajouté.

“La première question que cela pose est l’intérêt pour l’oeuvre d’art contemporain et je dois dire que l’art contemporain est difficile parce qu’il n’est pas orienté vers le produit fini du travail mais veut plutôt entrer en contact avec le public sur le processus de création”.

Wassyla Tamzali parle d’une “inertie colossale, les gens ne s’intéressent pas vraiment à l’art contemporain pour l’acheter, je dirai presque qu’on préfère l’orientalisme en gros. Ceux qui ont la possibilité sont à la recherche d’identité par cette voix-là, mais nous on ne s’adresse pas à l’identité mais à l’humain. L’artiste contemporain s’adresse au cosmos, ce sont des questions existentielles qu’ils posent, souvent des questions très savantes qu’ils posent à l’histoire, à la politique, au genre, etc.”

Fondatrice des Ateliers sauvages, un espace où les artistes peuvent séjourner pendant qu’ils créent leurs oeuvres, Tamzali a expliqué sa démarche notamment par le désir de “mettre à l’épreuve certaines idée sur l’esthétique de la ville”.

“Les Ateliers sauvages sont un espace au coeur de la ville, au 38 rue Didouche Mourad, c’est un grand espace de 500 mètres carrés dans un immeuble colonial construit en 1923, c’est donc un lieu important par sa situation au centre de la ville, une manière pour nous de nous ré-approprier l’espace urbain pour en faire autre chose que des magasins de pantalons ou des fast food”.

Les Ateliers ne sont pas une galerie, a-t-elle encore insisté, “mais un lieu de création”, lorsque les artistes finissent leurs oeuvres, leur travail est suivi par “une visite d’atelier qui est l’occasion d’échanges et débats”.

A l’expression de “jeunes artistes”, Wassyla Tamzali préfère celle d’art émergent, car les artistes qui résident et créent des oeuvres aux Ateliers sauvages, dit-elle, “le mot ‘jeune’ ne leur plait pas, ils n’en veulent pas parce qu’il fait partie d’un marketing politique qui ne leur fait pas confiance”.

ateliers sauvages alger

Wassyla Tamzali est l’auteure de Une éducation algérienne (Gallimard, 2007), avocate jusqu’en 1977 à Alger, elle rejoint l’UNESCO en 1979. Elle est très engagée sur les questions de féminisme et de liberté de création. Retrouvez l’intégralité de l’entretien avec Ihsane El Kadi sur Radio M ici.

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