Les éditeurs, annonceurs et agences disent non à la "taxe écran"

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POLÉMIQUE - Les réactions se poursuivent suite à l'annonce de la "taxe écran". Cette fois-ci, ce sont les annonceurs, les agences de communications, les éditeurs de journaux et les régies qui unissent leur voix contre cette disposition de la nouvelle loi de Finances.

Une taxe pour une presse digitale en difficulté

Dans un communiqué conjoint, la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ), le Groupement marocain des annonceurs du Maroc (GAM) et l'Union des agences conseil en communication (UACC) dénoncent cette taxe et appellent à sa suppression. Premiers à pâtir de cette mesure, les acteurs de la presse digitale déplorent son impact négatif sur le développement d'un secteur qui entame à peine sa transition numérique.

"La transformation digitale de la presse au Maroc est complexe, en l’absence d’un modèle économique pérenne, et sera impactée de plein fouet par cette nouvelle taxe. C’est l’avenir de la presse, une presse que l’on souhaite professionnelle, diversifiée et indépendante, qui est en jeu", témoigne Noureddine Miftah, président de la FMEJ.

Même son de cloche chez les annonceurs qui se disent surpris par une telle taxe alors même qu'ils militaient pour sa suppression pour la télévision et les écrans de cinéma. "Aujourd’hui plus que jamais, la taxe d’écran constitue une problématique majeure pour tous les acteurs du marché publicitaire marocain", déclare Mounir Jazouli, président du GAM.

Un avis que partagent également les agences qui pointent du doigt le caractère inéquitable de la taxe, qui touche le secteur de la publicité audiovisuelle et digitale uniquement, et qui vient prélever les ressources d’un secteur vital pour l’économie du pays. "Chaque dirham dépensé en publicité génère en moyenne 15 dirhams pour l’économie. Toute démarche visant à développer le marché publicitaire impactera donc positivement l’ensemble de l’économie du pays, selon un schéma vertueux. À l’inverse, toute taxation additionnelle génèrera une chaîne d’effets négatifs et entravera notamment les efforts de développement de l’économie numérique, antinomique avec la stratégie Maroc Digital 2020", explique Maria Aït M'hamed, présidente de l'UACC.

Google, Facebook et les médias internationaux épargnés

Il faut dire aussi que ces acteurs ne se contentent pas de dénoncer, mais présentent des arguments solides pour justifier la suppression pure et simple d'une "aberration fiscale", selon un acteur du marché. Le premier concerne le principe de l'égalité de tous devant l'impôt. En touchant uniquement le secteur de la publicité audiovisuelle, cette taxe épargne la presse écrite et la radio ainsi que l'affichage public. De plus, seules les annonces publicitaires sur les sites marocains seront taxées. Exit donc les supports de médias internationaux et autres GAFA qui ne sont pas concernés même s'ils captent entre 80% et 85% des recettes digitales.

Le deuxième est d'origine comptable puisque la taxe obéit à un cycle de redevance mensuelle, ce qui compliquera singulièrement la comptabilité des agences de communication et posera des problèmes de trésorerie préjudiciables alors même que les sommes en jeu sont modiques pour le fisc (une cinquantaine de millions de dirhams).

Sans oublier qu'à la base, les recettes liées à cette taxe devaient être versées au Fonds de promotion de l'audiovisuel pour stimuler la production nationale. Or, "depuis la suppression de la première tranche de cette taxe", soulignent les acteurs, "deux nouvelles dispositions sont venues capter les ressources du secteur et ont permis de dynamiser le secteur audiovisuel et de contribuer à son développement". Il s'agit d'une nouvelle taxe pour la promotion du paysage audiovisuel national qui contribue bien plus efficacement aux recettes de l’État avec près de 500 millions de dirhams collectés et d'un nouveau prélèvement sur les ressources publicitaires financé depuis 2008 par le secteur.

Pour rappel, la loi de Finances 2018 est venue modifier et compléter les articles 251 b, 254 et 183 b du Code général des impôts de manière à élargir la notion d'annonces publicitaires sur écran à l’ensemble des annonces diffusées sur tous types d'écrans numériques. Ainsi, les publicités diffusées sur les écrans publicitaires LED, les écrans d’ordinateur, de téléphones, tablettes, etc. sont désormais concernées par cette taxe. C'est le cas des sites de presse digitale principalement, mais également de tout autre site électronique qui pourrait passer de la publicité sur ses pages, même s'il n'opère pas dans le journalisme.

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