Pourquoi la première visite d'État de Macron au Maghreb a lieu en Tunisie

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En diplomatie, le moindre détail a son importance. Ce mercredi 31 janvier, c'est en Tunisie qu'Emmanuel Macron effectue sa première visite d'État -plus haute forme de contact entre deux nations- au Maghreb.

Celle-ci fait suite à l'invitation de Beji Caid Essebsi, le 11 décembre, lors de sa visite en France. Un honneur auquel les Algériens n'avaient pas eu droit au mois de décembre, ce qui n'avait pas manqué de faire grincer quelques dents du côté d'Alger.

"En raison de son agenda international chargé, il (Emmanuel Macron, NDLR) n'aura que quelques heures à consacrer à son premier déplacement officiel dans notre pays, rabaissant du coup, sur le plan de la symbolique, le niveau de sa présence en Algérie, à une visite de travail", regrettait le quotidien algérien El Watan.

Au mois de juin, c'est dans le cadre d'une "visite personnelle" qu'Emmanuel Macron se rendait au Maroc pour son premier déplacement en terre maghrébine, dérogeant à la tradition qui envoyait les chefs d'État français à Alger pour leur première visite dans la région.

"Si l'on pouvait encore en douter, cette visite d'État démontre clairement l'intérêt de la France pour ce pays, et arrive après de nombreuses visites officielles de ministres français ces dernières années", explique au HuffPost Aude-Annabelle Canesse, chercheure associée au CNRS et auteure de "Les Politiques de Développement en Tunisie".

"En termes de fonds liés à la coopération bilatérale, la France est le premier soutien du pays", ajoute notre interlocutrice.

Du côté de l'Elysée, on exclut une différence de traitement entre les différents pays du Maghreb, expliquant que la visite en Algérie du mois de décembre était également conçue comme un "déplacement de haut niveau".

"Caractère symbolique"

Le chef de l'État a placé son voyage sous le sceau du soutien à la jeune démocratie tunisienne. C'est du moins le message que martèle l'Elysée, qui souligne le "caractère symbolique d'une visite d'État en Tunisie, exemple des démocraties post-printemps arabes".

"Emmanuel Macron souhaite mettre en valeur ce modèle porteur d'espoir au sein du monde arabo-musulman", insiste l'entourage d'Emmanuel Macron, qui assure que ce dernier aura également un mot pour les milliers de manifestants qui ont récemment envahi les rues de Tunis pour protester contre l'austérité.

Pour illustrer cette volonté, le président de la République s'exprimera pendant 45 minutes à l'Assemblée des représentants du peuple. "Le grand discours de cette visite", promet l'Elysée, qui indique que le chef de l'État rencontrera également des membres du "Quartet du dialogue national", association qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2015, ainsi que des représentants de la société civile, malgré le "contexte particulier" marqué par les manifestations du mois de janvier.

"La crise que connaît aujourd'hui la Tunisie n'est pas liée à la transition politique mais elle est le fruit des choix économiques antérieurs", note Aude-Annabelle Canesse, pointant "un modèle basé sur l'exportation et la concentration des activités économiques sur la côte". D'où le volontarisme affiché côté français de mettre l'accent sur la coopération économique.

Flanqué du patron de Free Xavier Niel (actionnaire du HuffPost, NDLR) et du PDG d'Orange Stéphane Richard, Emmanuel Macron inaugurera le premier Forum économique franco-tunisien. "Après la transition démocratique, le second défi est celui de la stabilité économique", insiste l'Elysée, promettant qu'une série d'annonces, notamment sur la reconversion de la dette tunisienne vis-à-vis de la France, devraient être faites.

Les mêmes problématiques à l'agenda

Au delà de la volonté d'apporter son soutien à la transition démocratique et à l'appareil économique tunisien, cette visite d'État s'inscrit dans un contexte où Paris et Tunis partagent de nombreuses préoccupations. En premier lieu: le terrorisme, qui a durement frappé les deux pays ces dernières années.

Emmanuel Macron et son homologue tunisien Beji Caid Essebsi doivent d'ailleurs signer un "accord cadre" portant sur la lutte contre le "terrorisme islamiste et son financement", informe l'entourage du chef de l'État, qui rappelle que "les Tunisiens sont également confrontés au retour de Syrie des combattants jihadistes". Et dans des proportions bien plus importantes. Quelque 800 combattants sont retournés en Tunisie entre 2015 et 2017.

Emmanuel Macron aura l'occasion de s'exprimer sur ce thème jeudi matin, lors d'une Cérémonie d'hommage aux victimes du terrorisme et de l'Attentat du musée du Bardo, qui avait fait 24 morts au mois de mars 2015.

Autre situation qui préoccupe sérieusement Paris et Tunis, la question libyenne. Depuis sa prise de fonction, Emmanuel Macron en a fait l'un de ses sujets prioritaires et a multiplié les initiatives pour le règlement de cette situation, autant pour des raisons sécuritaires qu'humanitaires.

La Tunisie, qui a accueilli plus d'un million de réfugiés sur son sol, est de son côté particulièrement exposée, d'autant que "les nombreuses institutions liées à la coopération bilatérale et multilatérale avec Tripoli ont été transférées à Tunis pour des raisons de sécurité", précise Aude-Annabelle Canesse.

Il est donc prévu que Beji Caid Essebsi et Emmanuel Macron abordent le dossier libyen lors du dîner officiel, prévu mercredi au palais de Carthage. "L'idée est déjà d'arriver à une unité de point de vue sur le sujet", a prévenu l'Elysée, laissant entendre qu'une initiative commune sur ce dossier n'était pas forcément à l'ordre du jour.

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