"Finemchi", l'application qui invite les Marocaines à reconquérir les établissements publics

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CAF MAROC TANGER
Jean-François Gornet/Fickr CC
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HARCÈLEMENT - S'installer le soir, seule, à la terrasse d'un café, lire un livre ou consulter ses mails en toute tranquillité, sans devoir défier des regards inquisiteurs, même en cas de cigarette allumée... Des gestes pourtant simples mais qui relèvent parfois du défi pour beaucoup de femmes. Une difficulté que l'application Finemchi ("Où je vais?") se propose de résoudre, en suggérant à ses utilisatrices des établissements au Maroc qu'elles peuvent fréquenter en toute sécurité.

"Finemchi" est ainsi une sorte de TripAdvisor qui référence les endroits "women friendly" au Maroc, une plateforme sociale et participative par elles et pour elles, afin qu'elles se réapproprient les établissement publics. "Ici, les femmes sont limitées quant au choix des endroits où elles peuvent aller. Les cafés sont depuis toujours des endroits réservés aux hommes, certains sont hostiles aux femmes et dans certains cas, il y a même des agressions physiques", explique Safâa El Jazouli, une franco-marocaine entrepreneure sociale à l'origine du projet.

Lassée de fréquenter toujours les mêmes endroits lorsqu'elle rentre au Maroc, elle a eu l'idée de lancer cette initiative pour mobiliser les femmes afin qu'elles partagent leurs adresses et avis sur les établissement qu'elles apprécient...ou pas.

Les cafés dans les quartiers populaires sont d'ailleurs une cible. "C'est frappant, il n'y a que des hommes. Dès qu'une femme ose s'y aventurer, elle est mal perçue. Les hommes ont ce regard qui réduit la femme à l'état d'objet et qui l'empêche de se rendre où elle veut. Pourquoi n'aurait-elle pas le droit de s'y asseoir lire un journal ou tout simplement discuter avec une amie autour d'un thé?", regrette Safâa El Jazouli. Des questions auxquelles cette dernière veut apporter des solutions efficaces.

"Lorsqu'on se rend sur Google Map pour chercher une adresse, les commentaires laissés sont souvent écrits par des hommes, il y a très peu de femmes qui émettent des avis. C'est ce qui a inspiré cette idée. Il faut créer une plateforme où l'on s'entraide, entre femmes, où l'on peut juger si un établissement est sécurisée et respectueux envers nous, et conseiller des lieux où l'on ne sera ni harcelées, ni gênées", poursuit-elle.

Elle assure d'ailleurs que le but de "Finemchi" n'est pas de séparer les hommes et les femmes, mais de rassembler. "Soyons optimistes, il est tout à fait possible que dans quelques années, il y ait des hommes et des femmes, attablés ensemble à la terrasse d'un café dans un quartier populaire", lance-t-elle pleine d'espoir. "Nous ne souhaitons pas chasser les hommes, mais nous inclure progressivement".

Recommander mais aussi sensibiliser

Lancée lundi 29 janvier, Finemchi répertorie déjà une centaine d'adresses. L'application, très simple d'utilisation est disponible gratuitement sur Google Play. Pour les usagers d'appareils Apple, il faudra patienter encore quelques semaines pour pouvoir la télécharger.

application

Une fois installée sur son mobile, chaque usagère peut ajouter un café ou un restaurant et signaler un endroit où elle a eu une bonne ou mauvaise expérience en remplissant un formulaire et les établissement sont alors accessibles en géolocalisation ou selon quelques critères de recherche. De plus, une fonctionnalité permet, en cas de problème, de localiser les services de police à proximité, avec un accès rapide aux numéros pour les alerter.

Derrière cette application de référencement, il y a tout une démarche de sensibilisation visant les responsables des cafés et restaurants, qui, une fois de plus, sont souvent des hommes. "Le but, c'est de leur dire 'Attention, si les femmes ne viennent pas dans vos établissements, c'est qu'il y a un problème quelque-part'", avance Safâa.

Elle propose alors de collaborer avec eux, "car le changement ne se fera pas tout seul", en fournissant à ces établissements publics des conseils et recommandations pour les rendre plus accueillants aux femmes.

Finemchi ouvre une brèche d'espoir en attendant des mesures sérieuses pour rendre les établissements publics, essentiellement articulés autour du monde masculin, plus sécurisés et surtout, plus égalitaires.

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