Yémen: renforts séparatistes à Aden, le gouvernement dénonce des "hors-la-loi"

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ADEN SEPARATISTS
Fighters from Yemen's southern separatist movement gather in a street of the country's second city of Aden on January 28, 2018, during clashes with forces loyal to the Saudi-backed president. Yemen's government accused southern separatists of an attempted coup on after they took over its headquarters amid fierce clashes in Aden. President Abedrabbo Mansour Hadi called for his troops to cease fire after fighting between his military and forces backing the separatists killed 15 people. / AFP PHOTO | SALEH AL-OBEIDI via Getty Images
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Les séparatistes du sud du Yémen ont acheminé lundi des renforts vers Aden, deuxième ville du pays, où des combats nocturnes les ont encore opposés à l'armée du gouvernement qui a dénoncé des "hors-la-loi".

Le Yémen du sud était un Etat indépendant avant sa fusion avec le Nord en 1990, et le mouvement séparatiste est resté très puissant.

La crise qui a éclaté dimanche entre les séparatistes et le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenu par l'Arabie saoudite, a donné une nouvelle dimension au conflit qui se poursuit depuis trois ans dans ce pays pauvre de la péninsule arabique.

Les séparatistes étaient précédemment alliés au gouvernement, mais la situation a commencé à se tendre en avril 2017 quand M. Hadi a limogé l'ancien gouverneur d'Aden, Aidarous al-Zoubaidi, qui a formé le mois suivant un Conseil de transition du sud, autorité parallèle dominée par des sécessionnistes.

Ce Conseil avait fixé un ultimatum la semaine dernière à M. Hadi exigeant le départ du Premier ministre Ahmed ben Dagher et des "changements au gouvernement", accusé de "corruption", faute de quoi un grand sit-in serait organisé à Aden.

L'ultimatum a expiré dimanche matin et des affrontements ont éclaté à travers la ville entre des forces séparatistes et des unités gouvernementales, faisant au moins 15 morts et 122 blessés, dont des civils, et aboutissant à la prise du siège transitoire du gouvernement et d'autres installations par les séparatistes, selon des sources militaires.

En fin de journée, ces derniers se sont rapprochés du palais présidentiel où résident des membres du gouvernement et des affrontements les ont opposés dans la nuit à des soldats loyalistes, ont indiqué lundi des sources sécuritaires.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a confirmé des combats nocturnes. "Tirs toute la nuit à Aden, y compris à l'arme lourde", a déclaré dans un tweet Alexandre Faite, chef de la délégation du CICR basé dans la capitale Sanaa.

"Encore impossible (pour nos équipes) de sortir" de là où elles se trouvent, a-t-il ajouté en déplorant que, "comme toujours, les civils ne sont pas épargnés par la violence".

Dans un tweet, le médiateur de l'ONU au Yémen, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, a appelé toutes les parties à "revenir au calme et au dialogue", ajoutant que les Nations unies sont "toujours disposées à aider pour régler les différends".

Cet émissaire doit quitter ses fonctions en février et il a été incapable de favoriser un cessez-le-feu durable ou un règlement depuis le début du conflit en 2015.

Lundi, des sources sécuritaires ont indiqué à l'AFP que les séparatistes faisaient venir des renforts à Aden depuis les provinces d'Abyane (sud) et de Marib (centre).

Dans la province d'Abyane, ces forces se sont affrontées à des unités gouvernementales, mais elles ont réussi à poursuivre leur progression vers Aden, ont précisé ces sources.

Selon des responsables militaires, les séparatistes ont capturé 210 soldats mais en ont libéré 70 après des médiations tribales. Les forces pro-Hadi retiennent pour leur part plus de 30 séparatistes.

Selon l'agence gouvernementale Saba, le Premier ministre s'est réuni dans la nuit de dimanche à lundi avec d'autres membres de son cabinet pour discuter "des développements militaires et des actes de sabotage ayant visé des installations gouvernementales".

Ces actes sont dirigés "contre la légitimité représentée par le président Hadi", a ajouté l'agence, soulignant que le gouvernement condamne "les hors-la-loi représentés par le Conseil du coup de force".

Le gouvernement, chassé de la capitale Sanaa en septembre 2014 par des rebelles Houthis soutenus par l'Iran, a établi son siège transitoire à Aden l'année suivante.

Une coalition arabe, dominée par l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, est intervenue au Yémen en mars 2015 en soutien au gouvernement.

Des soldats saoudiens et émiratis sont présents à Aden, mais ne sont pas intervenus jusqu'ici dans le conflit entre séparatistes et gouvernement.

Les Emirats ont entraîné et soutiennent une force appelée "Ceinture de sécurité" dans le sud. Or, cette force soutient le Conseil de transition du sud.

La coalition arabe s'est contentée jusqu'ici d'appeler au "calme" et à la "retenue".

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Le gouvernement a déclaré, selon l'agence Saba, que "le camp Houthi iranien est le premier bénéficiaire" du conflit actuel.