Le retour du Maroc à l'UA a renforcé la confiance portée au royaume par les pays africains (ENTRETIEN)

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AFRICAN UNION SUMMIT
A general view shows Chad's President Idriss Deby addressing delegates during the 26th Ordinary Session of the Assembly of the African Union (AU) at the AU headquarters in Ethiopia's capital Addis Ababa, January 31, 2016. REUTERS/Tiksa Negeri | Tiksa Negeri / Reuters
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ENTRETIEN - Un an après son retour à l’Union africaine (UA), le Maroc s’impose. Il a été élu, vendredi 26 janvier, au sein du Conseil de paix et de sécurité (CPS) et sa participation au 30e Sommet de l’UA, qui se tient les 28 et 29 janvier à Addis-Abeba, a été marquée par la présence d’une importante délégation conduite par le chef du gouvernement Saad-Eddine El Othmani. Le roi Mohammed VI y a proposé la création d’un Observatoire africain de la migration et d’un poste d’Envoyé spécial de l’UA chargé de la migration. À pas sûrs, le Maroc franchit une nouvelle étape de sa diplomatie à travers laquelle il affronte ses adversaires "avec pragmatisme". Le président du Centre marocain des études stratégiques (CMES), Mohamed Benhammou, évalue, dans cette interview accordée au HuffPost Maroc, l'impact du retour du Maroc à l’UA, notamment sur sa diplomatie et ses relations avec l'Algérie.

HuffPost Maroc : Quelle évaluation faites-vous de la première année du retour du Maroc à l’UA ?

Mohamed Benhammou: Cette première année passée à l’UA a été positive pour le Maroc. D’abord parce qu’elle a mis fin à la politique de la chaise vide, donc à une situation qui était à l’avantage de ses adversaires. L’UA avait été très largement instrumentalisée par l’Algérie au détriment du Maroc. Le retour du royaume a été un véritable coup de frein à cette instrumentalisation, et sa présence ne permet plus à l’Algérie un libre jeu.

Le retour du Maroc lui a été aussi bénéfique parce qu’il lui a permis de travailler sur une instance importante au sein de l’UA, à savoir le CPS. C’était aussi une instance fort dominée par l’Algérie. Le Maroc n’a pas ménagé d’effort pour arracher un siège au sein de ce conseil face à une Algérie qui a compris qu’elle ne pouvait plus gagner le vote. Elle a préféré se retirer pour ne pas avoir à gérer une défaite annoncée. Le nombre de voix obtenu par le Maroc a été de 39 (les deux-tiers nécessaires pour cette élection est de 36 voix). Pour l’Algérie, il est de 16. À chaque vote, la tendance reste la même à l’UA. L’Algérie a donc bien compris sa défaite face au Maroc.

Au sein de l’UA, quel effet le retour du Maroc a-t-il suscité?

La confiance que les pays africains avaient en le Maroc, avant et pendant son retour à l’UA, s'est renforcée. Que le chef de la diplomatie algérienne, Abdelkader Messahel, prétende que l’Algérie a retirée sa candidature du CPS pour ne postuler qu’en 2019 en vue d’un mandat de trois ans, n’est qu’un argument sans fondement. La diplomatie algérienne se trouve aujourd’hui dans une situation chaotique qui ne cesse d’accumuler les défaites. Elle a du mal à gérer un contexte régional et continental qui a beaucoup changé. Elle a aussi du mal à recourir aux pratiques qu’elle utilisait avant. Ce qui lui reste à présent, elle le doit à l’Afrique du Sud. Si le pilier sud-africain venait à se briser, l’Algérie sera seule. Elle essaie alors de stopper un vent de changement et de réforme au sein de l’UA qui ne va pas servir ses intérêts.

Comment le Maroc affronte-t-il la RASD au sein de l’UA?

La RASD s’est retrouvée à l’UA par la volonté de ceux qui avaient constitué celle-ci. Ceux qui étaient présents à l’UA y étaient admis de facto, sans respect des éléments les plus basiques. Car comment parler d’un État membre en l’absence même de cet État sur le terrain? Sans peuple, ni territoire, il ne dispose pas non plus de reconnaissance et de souveraineté.

Ce sont, en fait, les irrégularités d’une situation née dans une guerre juridique que tout le monde connait et reconnait. D’ailleurs, l’unique organisation dans laquelle on trouve la RASD, c’est l’UA. Elle n’est admise en tant que membre dans aucune autre organisation régionale ou internationale. Ce qui prouve, en tant qu’entité, qu'elle n’a pas les attributs juridiques d’un État pour être membre.

La présence du Maroc à l’intérieur de l’UA a mis fin à une situation qui permettait à cette entité de se targuer d’être membre. L’Algérie comme le Polisario sont ainsi retranchés dans le dernier carré qui leur reste.

La bataille ultime juridique, politique et diplomatique est en train de se livrer. Elle durera dans le temps très certainement. L’Algérie et le Polisario vivent les derniers moments d’un projet qui débouche aujourd’hui sur la faillite. Les pays, qui se montraient indulgents envers ce projet au tout début, ont fini par retirer leur reconnaissance. Il ne reste plus à l’Algérie que quelques dernières cartes auxquelles elle s’accroche et quelques déclarations à travers lesquelles elle cherche à porter atteinte au Maroc. Et ce, pour maintenir ce faux espoir du Polisario qui vit une crise profonde.

Comment qualifieriez-vous l’état d’avancement du dossier du Sahara dans ce contexte précis?

Sur ce dossier, le Maroc avance sûrement. La question de l’intégrité territoriale est l’affaire d’une nation et d’un peuple et non celle des hommes. Le projet continue dans cette bataille et le temps n’est pas forcément un défi. Ce qui compte, c’est de réussir. C’est ainsi que le Maroc poursuit sa quête de la reconnaissance de son intégrité territoriale et nationale.

Quel changement constatez-vous dans la diplomatie marocaine au retour du Maroc à l’UA?

C’est une diplomatie beaucoup plus pragmatique, qui a su s’adapter au contexte géopolitique et géostratégique régional et international. Elle agit dans le cadre d’une stratégie bien définie avec des objectifs et des priorités claires. La diplomatie marocaine se montre également très flexible: elle a su parler à l’ensemble des acteurs. Elle est parvenue à faire la promotion et la présentation des questions nationales d’une manière très limpide et très réaliste.

En parallèle, la diplomatie royale a complètement bouleversé l’échiquier des adversaires du Maroc. C’est une diplomatie qui a permis à beaucoup d’acteurs de comprendre et de croire en ce que le Maroc apporte. Elle a renforcé le crédit de confiance que ce soit dans un cadre bilatéral ou multilatéral.

Les avancées que connait le Maroc, c’est à la diplomatie royale qu’il les doit.

Le souverain a adressé, ce lundi 29 janvier, un message au 30e Sommet de l’UA dans lequel il propose, dans le cadre de l’Agenda africain pour la migration, la création d’un observatoire africain de la migration et un poste d’envoyé spécial chargé de la migration. Quelle lecture faites-vous de cette proposition?

Le Maroc dispose d’une politique migratoire unique au niveau du continent. Il a choisi la régularisation de la situation des migrants se trouvant sur son territoire. Son approche migratoire se veut humaniste prônant la dignité et les droits de l’Homme.

Le roi Mohammed VI a été chargé de coordonner le programme de l'immigration au sein de l’UA et ses propositions étaient très attendues par les leaders africains.

La proposition du souverain de créer un observatoire africain de la migration permettra de mieux comprendre, d’analyser et de suivre la question afin d’y apporter les solutions qui préservent les droits de tous: migrants et Etats. L’observatoire peut aussi apporter des réponses à un phénomène complexe qui fera du 21e siècle, celui de la migration par excellence dans le monde entier. L’Afrique connaîtra une vraie explosion démographique et il va falloir gérer les flux migratoires.

Quant à la proposition de créer un poste d’envoyé spécial chargé de la question de la migration, elle permettra à l’Afrique de parler d’une seule et même voix avec l’ensemble des partenaires. C’est aussi le moyen pour traiter la question comme une opportunité et non comme une menace. Cela permettra de se pencher sur l’avantage socio-économique qu’elle représente.

Ce sont deux propositions pratiques qui dénotent d’une très bonne assimilation d’un phénomène de plus en plus complexe.

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