Dans le quartier du 18 janvier à la Cité Ettadhamen, des habitants vivent dans la peur à cause des inondations

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ETTADHAMEN TUNIS
TO GO WITH AFP STORY BY CECILE FEUILLATREPeople buy vegetables on a market in Ettadhamen, near Tunis, on October 19, 2011. In a first taste of democracy for most, Tunisians will on October 23, 2011 elect a 217-seat constituent assembly which will be tasked with drafting a new constitution and charting the country's future. AFP PHOTO / FETHI BELAID (Photo credit should read FETHI BELAID/AFP/Getty Images) | FETHI BELAID via Getty Images
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Les crues du mois de juin 2017, en plein Ramadan, ont marqué les esprits des habitants sinistrés du quartier du 18 janvier à la Cité Ettadhamen, agglomération de Tunis, au sein de laquelle la densité de la population, la pauvreté et le chômage, créent un sentiment d’étouffement et d’abandon.

Pourtant c'est depuis 2012, qu'une étude de projet de lutte contre les inondations dans cette cité, a été élaborée et des financements de plus de deux milliards de millimes, mobilisés. Mais, les travaux, qui prévoient le réaménagement des réseaux d'assainissement et la gestion des eaux pluviales, n'ont jamais été entamés jusqu'à ce jour. "Des calculs de politiciens de l'époque qui ciblaient les élections de 2014, sont derrière ce retard qui non seulement met en péril la vie des citoyens, mais aussi, se répercute sur le coût du projet, qui au fil des ans, a augmenté pour atteindre plus de trois milliards de millimes", ont reconnu des responsables municipaux de la Cité Ettadhamen.

Dans le quartier du 18 janvier, où la plupart des habitations sont construites dans l’illégalité, en l’absence d’un schéma urbain bien étudié et contrôlé, les familles vivent, chaque jour d’hiver, dans la peur d'être envahies par les eaux pluviales.

Les pluies, normalement source de fécondité et de prospérité pour les régions à vocation agricole, sont devenues un élément destructeur pour ces familles aux revenus très bas et dépourvus des moindres moyens pour affronter des situations catastrophiques.

"Nous avons peur dès que de fortes pluies sont annoncées. "L’Oued" a pris tous nos biens. Il a ruiné des familles... Il va nous tuer un jour", déclare, d’une voix inquiète et éraillée, Samira, une mère de famille, résidente dans le quartier depuis 38 ans et dont la maison a été envahie par les crues, à plusieurs reprises.

Elle n’est pas la seule habitante du quartier qui vit dans l’inquiétude et l’angoisse. Ce sont les mêmes mots qui reviennent dans la bouche, de presque toutes les femmes venues raconter leur calvaire à des journalistes de l'agence TAP.

Inquiètes et agacées, les femmes du quartier gardent, chacune, à l’esprit un mauvais souvenir, une mésaventure ou un cauchemar. Une mère de famille a perdu son fils qui s’apprêtait à passer l’examen du baccalauréat, certaines ont été secourus avec leurs enfants à la dernière minute, d’autres ont vu leurs voitures emportées par les eaux et plusieurs ont perdu leurs meubles et leurs provisions, sous les débris de leurs habitations détruites par les inondations. Ces familles ont recommencé de zéro.

L'apparence désespérée de ces femmes en dit long sur ce qu'elles endurent au quotidien. A leurs efforts de survie, puisqu'elles sont les seules à subvenir aux besoins de leurs familles, s’ajoute cette angoisse de perdre leurs enfants et leurs maisons à cause des inondations.

Pourtant, elles ne pensent pas le moins du monde à quitter leur quartier et leurs demeures.

Une propriétaire d'une boutique de location de robes de mariées a déclaré qu'elle a perdu, en juin dernier, des robes d'une valeur de 10 mille dinars à cause des crues. "Nous ne voulons ni aides, ni nourritures, nous voulons juste qu'on améliore l'infrastructure de notre cité", lance-t-elle, sans perdre le sourire.

Et d'enchainer "nous avons peur pour nos vie et pas seulement pour nos biens et nos sources de revenus".

Très en colère, Nejia, une autre mère de famille intervient pour raconter son histoire traumatisante, elle raconte d'une voix tendue et furieuse, "J'ai failli perdre mon petit-fils de deux mois. Il a été submergé par les eaux alors qu'il dormait dans son lit. Après une hospitalisation de plus de trois mois à l'hôpital Bab Saâdoun, il souffre toujours d'asthme",

Les crues de l'été dernier, au mois de ramadan, sont restées un évènement de référence pour toutes les femmes du quartier. Car les inondations leur ont causé à toutes, de grandes pertes.

Une propriétaire d'un atelier de couture qui emploie plusieurs ouvrières du quartier se souvient de ces temps difficiles, "tous mes tissus et mes machines à coudre ont été endommagées et j'ai été contrainte de fermer l'atelier pendant deux mois".

Aujourd'hui, pour éviter que leurs maisons ne soient envahies par l’eau, les habitants ont construit, anarchiquement, des barrières anti-inondations devant leurs portes. La plupart gardent à l'esprit les actes de solidarité et d'entraide pendant les crues, mais désespèrent et n'attendent aucun soutien de la part des "officiels".

Mahmoud Othmen dit avec lassitude, "les crues et les maisons envahies par les eaux sont des évènement vécus périodiquement, depuis son arrivée dans la cité. J'ai vécu tous les épisodes des crues, depuis que je suis venu à Ettadhamen, en 1978".

Les femmes, elles, se sentent condamnées à vivre dans l'angoisse, mais sans baisser les bras. Elles disent n'avoir ni l'envie, ni les moyens d'aller ailleurs. On n’habite pas par hasard à Cité Ettadhamen, quartier né de l'exode rural des populations pauvres.C'est aujourd'hui, la deuxième cité en Afrique, en termes de densité et la 4ème au monde.

Un projet anti-inondations, bloqué depuis 2012 : des vies mises en péril à cause des calculs des politiciens!

L'image des fortes crues qui envahissent les minuscules ruelles, depuis le sommet du mont appelé "Jebel Ammar", reste gravée dans la mémoire des grands et des petits dans le quartier du 18 janvier. Ces ruelles segmentées se transforment, en quelques secondes, quand la pluie tombe en grandes quantités, en rivières fragmentées et envahissent les maisons. Les eaux de ruissellement emportent sur leur chemin tous les biens, la nourriture et les meubles et même les voitures.

Aux risques de noyades s'ajoutent ceux de l'électrocution. Dans la plupart des cas, les conduites de gaz risquent d’être obstruées et les installations d'électricité sont endommagées par les eaux, témoignent des femmes du quartier.

Le délégué de Cité Ettadhamen rassure

Dans une déclaration à l’agence TAP, Belhassen Daoued, délégué de la Cité Ettadhmen a reconnu que les habitants du quartier du 18 janvier vivent une situation inquiétante à cause des risques d'inondation. Il a annoncé, le démarrage, enfin, début février 2018, des travaux du projet de réaménagement et de rénovation des réseaux d’assainissement du quartier.

Et de rappeler que ce projet est bloqué depuis 2012, pourtant ses financements ont été mobilisés. Ils proviennent de la Banque mondiale et de la Caisse des Prêts et de Soutien des Collectivités Locales (CPSCL). Mais, le retard de sa mise en oeuvre a généré un coût supplémentaire, portant le coût total à 3 milliards et 145 millions de dinars.

Daoued a précisé que les travaux envisagés vont protéger les habitants des inondations et empêcher les eaux pluviales d'entrer dans leurs maisons. "L'emplacement géographique de la cité n'aide pas à résoudre à 100 pour cent le problème des crues, mais l'essentiel est de protéger les vies des habitants".

Le projet, s'il voit réellement le jour, sera réalisé dans le cadre d'une approche de développement intégré, ciblant toute la Cité Ettadhamen. Elle porte, notamment, sur l’aménagement du stade de la cité et de la salle de sport près du collège “18 janvier”, outre les travaux d’extension du centre de santé de base à la cité Ettadhamen, avec l’ajout de services de dentisterie et d'un laboratoire.

Il s’agit également, d'entreprendre des travaux d’aménagement d’infrastructure de base au niveau des rues et des ruelles avoisinantes, avec un entretien du réseau de gestion des eaux pluviales.

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