Il y a 40 ans, Tunis a été secouée par un "Jeudi noir" qui ébranla la vie politique et sociale tunisienne

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TUNISIA UGTT
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Le jeudi 26 Janvier 1978 appelé "Jeudi noir" marque un tournant dans la vie politique et sociale tunisienne. Cette déviation a fait couler le sang d'une quarantaine de personnes décédées selon le bilan officiel, quand d'autres sources évoquent environ 200 victimes, sans compter les centaines de blessés. L'enlisement a eu lieu quand des milliers de manifestants convergeaient à Tunis et commençaient à dresser des barricades. Des actes de violences auraient été commis. Les forces de l'ordre auraient riposté par une répression sanglante qui ébranla Tunis.

Un contexte tendu

Ces affrontements étaient le dénouement d'un bras de fer entre l'Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) sous l'égide de Habib Achour et le gouvernement de Hédi Nouira.

Les préludes des conflits étaient sur fond de guerres fratricides pour la succession à Bourguiba. Hédi Nouira entama une politique libérale en rupture avec la politique socialiste de son prédécesseur Ahmed Ben Salah. Cette politique sonna le début du désengagement de l'État "au profit d'une minorité affairiste", selon Issa Ben Dhiaf dans "Chronique politique. Tunisie". Il explique que la petite bourgeoisie notamment, grondait car "se sent de plus en plus exclue des bénéfices de la société de consommation".

Les mécontentements se manifestaient par des grèves récurrentes. 1.200.000 heures de travail perdues en 1977 et 1.000.000 en 1976 d'après Issa Ben Dhiaf, qui se réfère à des sources officielles. Le 19 janvier 1977, "un pacte social" fut signé entre la centrale syndicale et le gouvernement, mais il ne calma pas la colère des populations. Le gouvernement haussa le ton en portant la responsabilité de la crise à l'UGTT.

Dans la foulée, la politique de durcissement débutera avec, notamment, la condamnation en 1977 d'une trentaine de personnes accusées d'appartenance au Mouvement de l'unité populaire d'Ahmed Ben Salah. Toujours la même année, la Conférence nationale sur les libertés organisée par des personnalités du Mouvement des démocrates socialistes d'Ahmed Mestiri a été interdite.

Face à la répression des libertés publiques, un "appel pour le respect des libertés publiques en Tunisie" a été lancé par 168 intellectuels. Le gouvernement lâcha du leste avec le cheminement vers la légalisation de la Ligue tunisienne des droits de l'homme et l'autorisation de l'hebdomadaire arabophone, Erraï (L'Opinion).

Les relations demeuraient tendus entre l'UGTT et le Parti socialiste destourien (PSD) de Hédi Nouira. Habib Achour et ses compagnons appellent à une grève pour faire pression sur Nouira. En face, "l'épuration" de la direction de la centrale syndicale par le parti était plus qu'une déclaration, des milices du PSD s'attaquaient aux locaux de l'UGTT dans les régions. Abderrazak Ghorbal, secrétaire général de la branche régionale de l'UGTT à Sfax, a été arrêté. Achour riposta en appelant à la grève générale pour les 26 et 27 janvier 1978 et en lançant "il n'y a de combattant suprême que le peuple", en référence au président Habib Bourguiba.

Le gouvernement mène par les médias une compagne pour inciter les Tunisiens à descendre dans les rues pour empêcher la grève. Le 25 janvier, près de 200 figures syndicales ont été encerclés par les policiers dans le siège de l'UGTT. Habib Achour aurait proféré des menaces à l'encontre des forces de l'ordre, en lançant "Tunis brûlerait" en cas de refus des policiers de les libérer.
Des Tunisiens descendaient dans les rues. Les affrontements commençaient.

L'après-midi, Habib Bourguiba décréta l'état d'urgence qui dura un mois et un couvre-feu à Tunis et sa banlieue jusqu'au 20 mars.

Des dizaines de procès à l'encontre de figures syndicales ont eu lieu avec des condamnations allant de peines de prison jusqu'à la peine de mort. Habib Achour et Abderrazak Ghorbal ont été condamnés à dix ans de travaux forcés. Achour ne sera libéré qu'avec la prise du pouvoir de Mohamed Mzali en avril 1980, désigné comme nouveau chef du gouvernement en succession à Hédi Nouira.

Les victimes du "Jeudi noir" se sont exprimées devant l'Instance Vérité et Dignité (IVD) pour témoigner d'une date décisive de l'histoire de la Tunisie, post indépendance.

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