À la découverte de l'univers sensible du photographe tunisien Safouane Ben Slama (PHOTOS)

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Melchior Tersen
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Safouane Ben Slama est un photographe tunisien qui vit et travaille à Paris.

Présentés en France, en Italie ou encore au Royaume-Uni, ses travaux ont été sélectionnés dans le cadre du Salon d'art contemporain de Montrouge et de la Biennale de design de Saint-Étienne. Cet artiste à l'univers hors du commun a déjà attiré l'attention des magazines alternatifs, Vice, I-D et Dazed and Confused.

Afin d'en savoir plus, le HuffPost Tunisie est allé à la rencontre de cet artiste montant!

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Si Safouane a grandi dans un environnement où la pratique photographique est coutumière, c'est durant ses années universitaires - alors qu'il est étudiant en philosophie et en études culturelles - qu'il connaît un véritable déclic.

"Je ressentais vraiment le besoin de créer un objet qui me soit propre, nourri bien sûr de mes passions mais que j'aurais initié et décidé", confie Safouane Ben Slama au HuffPost Tunisie. "La photographie a été le geste le plus simple, pour, en quelques sortes transgresser ce qui était établi jusque-là, j'avais de vieux appareils argentiques sous la main et je me suis lancé!"

Comme des scènes de films ses clichés nous transportent, pas étonnant d'apprendre que le jeune homme est féru de cinéma et particulièrement inspiré par l'oeuvre de Steve McQueen. Il puise aussi son inspirations dans la philosophie et la littérature, citant le philosophe italien Gramsci, le sociologue britannique Stuart Hall, au milieu de références plus traditionnelles comme Dostoïevski ou sa récente découverte de l'oeuvre autobiographique d'Edouard Limonov "Le livre de l'eau". Côté arts visuels, Safouane retient le travail de la lumière des plasticiens contemporains Ann Veronica Janssens et Anthony McCall, parmi les images qu'il s'approprie.

"Ma vie au quotidien m'inspire, j'emmagasine beaucoup d'images, de souvenirs et je les entremêle, je crée un lien entre un souvenir très intime et une œuvre d'art par exemple" explique-t-il.

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Ce sont autant d'images qui inspireront ses clichés ou plutôt ses bribes de récits, souvent émouvants par la grande sincérité qu'il dégagent. Le photographe s'attache, en effet, à dépeindre une "histoire populaire" telle que l'a théorisée l'historien américain Howard Zinn, racontée par le peuple lui-même, et les personnes marginalisées par les sociétés, sans intermédiaire, au plus près de sa réalité.

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Ce désir d'une fidélité extrême à la réalité actuelle, ne semble curieusement pas contredire la dimension esthétique à laquelle l'artiste reste fortement attaché dans ses travaux. Bien au contraire! "La question de la beauté m'importe beaucoup", soutient Safouane.

Ce dernier s'adapte, déplace son point de vue, lutte contre ses "propres préjugés et "ceux établis par les médias, les réseaux sociaux...", apprivoisant les codes actuels jusqu'a en faire abstraction. "J'essaye tant bien que mal d'inscrire mon travail dans une autre dimension que l’instantanéité et les codes du moment" développe-t-il.

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"Paradoxalement, en m'éloignant de mon quotidien, j'ai le sentiment de laisser transparaitre un peu de ce que je suis".

Certains de ses clichés ont été réalisés aux États-Unis, d'autres en Palestine, en Jordanie, au Canada, ou encore à Cuba démontrant l'importance du voyage dans son travail. Une étape que lui permet d'assouvir une soif insatiable de découverte, de dialogues et d’expérimentation.

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Très attaché à sa Tunisie natale, il confie: "Je me sens chez moi dans les quartiers d'enfance de mes parents à Tunis. Ce sont mes grands souvenirs d'été, c'est ma famille... D'ailleurs j'aimerais beaucoup pouvoir y présenter prochainement mes images, c'est quelque chose qui me tient particulièrement à cœur".

Parisien d'adoption depuis plusieurs années, Safouane reste attentif à la scène artistique tunisienne, dont il constate localement l'ébullition mais aussi l'évolution à l'international. Il rapporte ainsi, avoir été particulièrement marqué par le travail des artistes tunisiens Ismail Bahri et Nidhal Chamekh, de la jeune Yesmine Ben Khelil, dont il fait la découverte à Paris, ou encore de son amie Chiraz Chouchane.

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Safouane Ben Slama prépare actuellement une édition au format de fanzine de sa série photographique "La dernière heure", commencée au printemps dernier, dans laquelle il tente de capter les différentes nuances du ciel pendant la dernière heure de présence du soleil. Il travaille également sur un prochain projet à travers le Maroc, l’Algérie et la Tunisie qu'il souhaite réaliser sur le long terme.

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