Pour la COFACE, la Tunisie vit "une transition démocratique à bout de souffle"

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TUNISIA
Zoubeir Souissi / Reuters
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La Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur (COFACE) vient de dévoiler sa carte 2018 des évaluations des risques des pays. Elle vient, ainsi, d’attribuer un B, risque assez élevé, à la Tunisie en terme de prévisions économiques.

Croissance faible

Une note qui s’explique par un niveau de croissance faible et fragile durant cette année, et ce malgré l’amélioration de certains indicateurs économiques en 2017. “La reprise de 2017 portée principalement par les bonnes performances du secteur agricole et des services devrait se consolider en 2018. En effet, l’activité est restée pénalisée par la faible croissance du secteur manufacturier et par le recul de la production minière” souligne le rapport.

La COFACE projette, par ailleurs, l’amélioration en 2018 du niveau des exportations notamment manufacturières. Elle explique que la hausse de la demande extérieure, soutenue par la croissance attendue des économies européennes et par l’amélioration de la compétitivité liée à la dépréciation du dinar devrait avoir un impact positif sur les exportations manufacturières. Une situation qui n’arrange pourtant pas les activités fortement dépendantes des importations. Ces dernières seront freinées à la suite de la hausse des prix à la production.

La COFACE pointe, également, du doigt le climat social en Tunisie. Elle affirme que les tensions sociales et la multiplication des grèves ainsi que la propagation des mouvements sociaux “pourraient, tout comme en 2017, limiter l’expansion du secteur minier”.

Potentiel touristique

Quant aux secteurs du tourisme et du transport, la COFACE estime que ces derniers connaitront un important progrès. Cette reprise s’expliquerait par les efforts consentis au niveau sécuritaire et promotionnel du pays. En effet, avec l'amélioration d’une part de la situation sécuritaire notamment par la lutte acharnée contre le risque terroriste et la promotion, d’autre part, de la destination Tunisie, ces deux secteurs pourraient tirer profit et se développer.

“Du côté de la demande domestique, l’augmentation du niveau général des prix généré par la hausse de la TVA continuerait de contraindre la consommation des ménages. La réforme des subventions de même que les hausses des salaires conjuguées à des pressions sur le dinar nourriraient l’inflation qui ne devrait pas faiblir en 2018”, selon la COFACE.

Déficit budgétaire accru

S’agissant de la situation budgétaire du pays, la COFACE révèle qu’elle “s’est fortement dégradée depuis 2011, enregistrant des déficits publics conséquents et une augmentation importante du niveau d’endettement”.

Et d’ajouter qu’ “en dépit du soutien du Fonds monétaire international, les autorités éprouvent des difficultés croissantes à mettre en place les réformes demandées en vue de consolider les finances publiques”.

Elle évoque, par ailleurs, le creusement flagrant du déficit public qui a largement dépassé l’objectif inscrit dans la loi de finance de 2017. “Le financement du déficit budgétaire a été assuré en grande partie par des ressources extérieures, notamment, 2.423 MDT du Qatar et 768 MDT de l’Union Européenne” précise la COFACE.

“Le gouvernement prévoit de réduire le déficit public sous la barre des 5 % en 2018, mais cet objectif est ambitieux” note-elle. Une réflexion qui repose sur le fait que les dépenses destinées aux salaires des fonctionnaires, qui pèsent lourd sur le budget de l’État, ne devraient que peu baisser en 2018.

“Toujours en augmentation, la trajectoire de la dette reste préoccupante, d’autant plus que la part de dette externe s’accroît” poursuit-elle. Elle précise que “le service de la dette est le deuxième poste de dépenses budgétaires et le remboursement des échéances auprès des bailleurs internationaux pèse sur les réserves en devises qui s’établissaient à 101 jours d’importations en septembre 201, contre 111 jours une année auparavant".

Et d'ajouter que "le renforcement des exportations, en 2017 n’a pas conduit à une contraction du déficit commercial, vu la forte accélération des importations notamment énergétiques. Les balances des services et des revenus se sont cependant améliorées. Même si la dynamique positive des exportations et des recettes touristiques se poursuivra en 2018, le solde courant resterait largement déficitaire".

Une transition démocratique qui trébuche

En dépit des efforts consentis pour améliorer la situation sécuritaire, le gouvernement peine à remplir ses engagements économiques et sociaux et reste confronté à la multiplication des grèves et des contestations.

La COFACE évoque “une transition démocratique à bout de souffle” marquée par des turbulences et des moments de tension. Elle passe en revue les principales crises politiques qu'a traversées le pays en abordant le retour de certaines figures de l’ancien régime au sein du gouvernement, et ce via le remaniement ministériel effectué en septembre 2017, les retombées de la coalition entre Ennahdha et Nidaa, la crainte d’un retour progressif vers un régime présidentiel et le report des élections municipales pour l’année 2018.

Ainsi, parmi "les points forts" de la Tunisie, la COFACE cite sa transition politique progressive, sa facilité élargie de crédit du FMI, son économie en cours de diversification notamment en présence de main d’oeuvre assez qualifiée, sa proximité du marché européen, son potentiel touristique et sa production minière.

En ce qui concerne les points faibles, la COFACE a mis en relief les fortes inégalités sociales et géographiques, l’important taux de chômage, principalement chez les jeunes, et le déséquilibre des comptes publics structurels accompagné d’une augmentation significative de l’endettement extérieur ainsi que la multiplication des tensions sociales et manifestations en particulier dans le secteur miniers.

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