Egalité, qualité, discrimination positive: Les leçons du Conseil supérieur de l'éducation

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EDUCATION MOROCCO
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EDUCATION - "Inégalités injustes". Le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) ne ménage pas l’école marocaine. A l’issue de sa 13ème session ordinaire, qui s’est tenue les 18 et 19 janvier, le CSEFRS a rendu sa copie, ce lundi lors d’une conférence de presse. Il y décrit les insuffisances dont souffre l’école marocaine, estimant nécessaire d’y remédier au plus vite pour bâtir le nouveau modèle de développement. Allusion faite aux orientations contenues dans le discours du roi à l’ouverture du parlement appelant à "reconsidérer le modèle de développement". Répondant à cet appel, le CSEFRS apporte son eau au moulin en dictant ses recommandations à l’école.

Présentant le capital humain comme moteur de tout développement, le Conseil supérieur met en garde contre des dysfonctionnements de l’école qui creusent des inégalités à tous les niveaux au lieu d’y remédier. La directrice de l'Instance nationale d'évaluation de l'éducation de la formation et de la recherche scientifique auprès du CSEFRS, Rahma Bourquia, a précisé que le système scolaire national souffre d’une éducation non inclusive, de l’abandon scolaire, de la difficulté d’intégrer les élèves à besoins spécifiques et de l’échec du système d’orientation. "L’enseignement supérieur est rattrapé par ces inégalités", a-t-elle prévenu, soulignant que ces dysfonctionnements représentent des freins au principe fondamental de l’éducation: "le mérite".

"Les inégalités sociales qu’aggrave l’école ont un coût"

"Les inégalités sociales qu’aggrave l’école ont un coût. Chaque abandon scolaire à un âge précoce se traduit par la marginalisation au sein de la société et, peut-être aussi, par la délinquance et le crime", a soutenu Rahma Bourquia. Et d’ajouter qu’au niveau économique, l’abandon scolaire a coûté en 2016 plus de 2 milliards de dirhams.

Par rapport aux autre pays, les dysfonctionnements de l’éducation tirent le Maroc vers le bas de l’échelle. Cette responsable a tenu à le rappeler précisant que le classement de l’indice du développement humain est intimement lié au niveau de l’éducation.

Face à une note aussi médiocre, l’éducation se doit d’agir. Pour Rahma Bourquia, il est impératif de lutter efficacement contre l’analphabétisme et d’imposer l’éducation aux enfants de 4 à 16 ans. "Ce n’est pas seulement une question d’obligation, mais aussi d’effort à déployer dans les zones rurales et périurbaines et auprès des catégories souffrant d’un handicap et/ou de difficultés", a-t-elle insisté. Et d’estimer nécessaire de renforcer les différents moyens de soutien en ciblant les enfants les plus défavorisés économiquement et les plus enclavés géographiquement. Une mesure préventive qui, selon Rahma Bourquia, peut garantir une scolarité pérenne et surtout réduire les inégalités sociales au sein de l’école quitte à faire appel à une discrimination positive (envers les catégories défavorisées).

D’après le Programme national d'évaluation des acquis des élèves (PNEA-2016), l’héritage social de l’élève, à son entrée à l’école, représente 80% par rapport à "l’impact de l’établissement scolaire" lui-même qui se limite à 20%.

Reddition des comptes

L’impact de l’école peut justement s’améliorer si la qualité de l’éducation répond mieux aux besoins. "A sa sortie de l’école, l’élève doit au moins disposer d’un socle commun de connaissance. Nous constatons malheureusement que, sans ce socle, il retombe dans l’analphabétisme lorsqu’il quitte l’école", a fait remarquer cette responsable, ajoutant que le manque de flexibilité au sein des espaces dédiés à l’éducation n’arrange pas la situation.

Que faire alors? "L’école doit appartenir à tous", a affirmé Rahma Bourquia, dictant quelques recommandations. Parmi celles-ci, la nécessité d’instaurer "une gouvernance de proximité en veille continue" et de garantir aux directeurs des établissements scolaires "le pouvoir décisionnel".

La reddition des comptes au sein des écoles doit, elle aussi, être de rigueur. "C’est nécessaire pour instaurer une transparence et définir les tâches des différents acteurs de l’éducation. Il faut que l’on puisse atteindre une école juste assujettie à la reddition des comptes", a souligné la responsable. Education et formation, deux clés pour investir dans le capital humain, le CSEFRS en est convaincu.

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