Rapport d'Oxfam: Le Maroc, terre d'inégalités

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DÉVELOPPEMENT SOCIAL - Le constat est sans appel: le Maroc est le pays de l'Afrique du Nord le moins bien loti en termes d'égalités. C'est l'une des conclusions alarmantes présentées par le rapport d'Oxfam sur les inégalités dans le monde. À en croire l'ONG qui retrace l'évolution des indices de Gini, qui mesurent les disparités au sein d'une population, la situation du royaume est encore plus grave que celle de la Tunisie, de l'Algérie ou de l'Égypte, et ce malgré les timides avancées réalisées en la matière.

Les 3 Marocains les plus riches se partagent plus de 44 milliards de dirhams

En effet, même si la situation globale des Marocains s'est améliorée au cours des dernières années avec un taux de pauvreté passé de 15,3% en 2001 à 4,8% en 2014 et une dépense annuelle moyenne qui s'est bonifiée de 5.000 dirhams par personne, l’augmentation des richesses semble bénéficier principalement à un petit nombre de personnes très fortunées. Selon le rapport, les trois milliardaires marocains les plus riches détiennent à eux seuls 44 milliards de dirhams. Leur richesse est telle que la croissance de leur fortune en une année représente autant que la consommation de 375.000 de leurs concitoyens les plus pauvres sur la même période.

Une accumulation de richesses pour un petit nombre qui contraste avec le reste des habitants, rappelle l'ONG qui précise que la moitié des Marocains ont un niveau de vie inférieur à 966 dirhams par mois. Déjà importantes, ces disparités se creusent davantage entre les territoires. La pauvreté reste très prégnante en milieu rural, avec près de 10% de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté en 2014 alors qu'elle est devenue beaucoup plus rare en milieu urbain (1,6%).

Le Marocain passe en moyenne deux ans de moins à l'école que n'importe quel écolier arabe

Mais les inégalités ne sont pas uniquement économiques et peuvent prendre des formes très diverses allant des écarts de salaires et de patrimoines aux disparités dans l’accès à l’éducation et aux soins en passant par les inégalités de genre souligne le rapport avec toujours les mêmes conséquences graves: accroissement de la pauvreté, précarisation et marginalisation, dont les femmes sont les premières à souffrir.

Ainsi, à titre d'exemple, un Marocain est scolarisé en moyenne pendant 4,4 ans, soit deux ans de moins que la moyenne des pays arabes (6,3 ans) et plus de trois ans de moins que la moyenne mondiale (7,7 ans). Ces failles du système éducatif alimentent la reproduction des inégalités et de la pauvreté, estime Oxfam. Selon un sondage réalisé en 2014, près de la moitié des Marocains pensent que l’éducation est le problème majeur du pays et 70% des personnes interrogées ont identifié l’éducation comme l’un des trois axes de développement prioritaire.

L'école marocaine aggrave encore plus les inégalités

Une observation qui fait écho au son de cloche lancé par le Conseil supérieur de l'enseignement, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) en la personne de Rahma Bourqia, directrice de l'instance nationale d’évaluation auprès du CSEFRS. Présentant aujourd'hui les grandes lignes du rapport du Conseil, Bourqia a reconnu que non seulement l'école était le lieu de graves disparités et inégalités sociales, mais qu'elle les aggravait.

Une situation devenue intenable pour les Marocains. Ayant reçu des informations quant à la place du royaume sur l'échelle nationale des répartitions des revenus, 61% des sondés ont souhaité que les inégalités de revenus au Maroc soient inférieures à celles observées dans tout autre pays dans le monde et 15% ont convenu qu'il incombait à l'État de combler le fossé entre les riches et les pauvres.

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