Télévision par câble: Algérie Télécom "a tout à gagner" mais "fait la sourde oreille" aux appels de HTA

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Back view of a young man watching a big TV panel | scyther5 via Getty Images
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La télévision par câble se présente depuis plusieurs années comme une alternative toute logique aux offres satellitaires actuellement commercialisées en Algérie. En plus de se débarrasser des paraboles qui enlaidissent les façades des immeubles, la télévision IP (IPTV) garantit à son utilisateur une diffusion ininterrompue en haute qualité. Malgré ces avantages, les fournisseurs de ces solutions, telle la société Hasnaoui Télécom Algérie (HTA), peinent à vulgariser leurs offres aux Algériens, butant sur le refus inexpliqué du groupe Algérie Télécom.

Omar Hasnaoui, président de ce fournisseur d’accès à Internet et Directeur général du groupe éponyme, a une fois de plus appelé Algérie Télécom ce vendredi 19 janvier 2018 à ouvrir son backbone pour généraliser son offre Triple Play (télévision IP, Internet et téléphone) à tout le territoire algérien. Le président de HTA déploré dans une conférence de presse tenue à Oran le désintérêt de cet opérateur, qui a "pourtant tout à gagner".

M. Hasnaoui a expliqué durant son intervention que la création de Hasnaoui Télécom Algérie et son offre Triple Play en 2012 répondait à une problématique urbanistique. "Les façades étaient carrément amochées par les paraboles". Il a affirmé que la principale motivation de son groupe était de bannir définitivement les assiettes paraboliques, "une réelle problématique".

"Au début des travaux de réalisation de la promotion Al Ryad, le groupe Hasnaoui cherchait une solution pour bannir ces paraboles. Nous avons contacté Algérie Télécom pour leur demander leur offre de télévision par câble mais celle-ci était ratée, ne contenant que 40 chaînes pas très convoitées par les Algériens", a-t-il expliqué.

Faute de véritables alternatives aux offres satellitaires, le Groupe Hasnaoui, encouragé par le dépôt par Moussa Benhamadi (alors ministre des TIC) du projet de loi relatif aux technologies de l’information et de la télécommunication, a ainsi opté de constituer un fournisseur d’accès à Internet qui permet le déploiement de leur solution IPTV dans cette promotion immobilière.
180 chaînes à 1500 Da

"Cette solution coûtait extrêmement cher et le Groupe Hasnaoui a décidé d’investir dans ce marché", créant ainsi HTA comme fournisseur d’accès à Internet autorisé par l’ARPT, a-t-il souligné. Selon son actuel Directeur général, les investissements dans la Triple Play ont totalisé 5 millions d’euros.

Le projet de loi sur les TIC, proposé par Moussa Benhamadi, a toutefois été rapidement retiré par Zohra Derdouri, sa remplaçante. " Ce retrait était malheureux mais nous a incités à investir dans ce marché", rajoute ce chef d’entreprise.

La Triple Play, déployée depuis 2012 dans la promotion immobilière El Ryad, située à Oran-Est, totalisait 120 chaînes. "Cette solution, qui existait déjà, était déjà très connue des Algériens qui entendaient parler sur les chaînes françaises des offres de Free et Orange. Nous voulions essayer ce même service en Algérie".

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L’offre de Hasnaoui Telecom Algérie totalise actuellement 2000 abonnés, proposant ainsi 180 chaînes pour 1500 Da.
Cette TriPlay garantit aux abonnés un contenu stable, diffusé sous une haute qualité d’image. Le réseau Internet est stable selon le meme responsable, qui a précisé qu’une déconnexion n’interrompe pas la diffusion télévisée.

"Malgré une rupture d’un câble sous-marin par exemple, entraînant une coupure du réseau Internet, le contenu télévisé n’est pas interrompu grâce à nos installations et notre data-center, installé ici en Algérie », a détaillé Omar Hasnaoui.

AT a tout à y gagner. Et pourtant …

Ces avantages ne semblent pourtant pas convaincre l’opérateur Algérie Télécom d’ouvrir son backbone, c’est-à-dire son réseau de fibre optique, pour la généralisation de cette offre.

"Depuis 5 ans, nous n’arrivons pas à généraliser cette solution". Omar Hasnaoui a expliqué cette peine par un manque de réglementation permettant aux fournisseurs d’accès d’Internet, comme Hasnaoui Télécom Algérie, de vulgariser ces offres. "Mais la réglementation n’interdit pas non plus Algérie Télécom à ouvrir son backbone", a-t-il précisé. "Nous sommes en pourparlers avec cet opérateur depuis plusieurs années. Nous essayons de trouver un terrain d’entente pour utiliser ce contenu".

M. Hasnaoui n’a pas manqué de faire part de son étonnement face au mutisme du groupe Algérie Télécom, qui "a pourtant tout à gagner dans le déploiement de la Triplay".

"AT entreprend des investissements colossaux pour le déploiement de la fibre optique, arrivant même aux zones les plus éloignées du territoire algérien ". Toutefois, cet opérateur perd du marché avec la vulgarisation de la connexion mobile, c’est-à-dire la 3G et la 4G, de l’avis du président de HTA.

M. Hasnaoui a ainsi conseillé à AT de faire valoir son réseau de fibre optique, en permettant à la filiale du groupe éponyme de s’interconnecter et de diffuser le contenu de la télévision IP sur leur réseau.

serveur ht

"Nous payerons le prix de l’usage de ce backbone. Cette interconnexion constitue une valeur ajoutée pour Algérie Télécom, qui pourrait même fidéliser ses clients", a-t-il estimé.

Ce chef d’entreprise a ainsi réitéré ne voir aucune objection dans la proposition de HTA, qui prône un partenariat "gagnant-gagnant". "HTA est même installé à Tamanrasset, où la fibre optique a déjà été déployée par AT".

Un chiffre d’affaires de 10 milliards de Da

Le même responsable a également appelé l’Etat à combler rapidement les vides juridiques et renforcer la réglementation régissant le secteur des TIC. "La volonté politique est là. On parle d’ouverture mais réellement, un manque de réglementation se ressent".

M. Hasnaoui, qui a estimé que le monopole d’AT est un obstacle à toute avancée, a également rappelé que cet opérateur ne pourrait pas non plus déployer par lui-même la télévision IP en Algérie. "Un problème d’éthique. En sa qualité d’opérateur public, AT ne peut pas diffuser du contenu piraté", a-t-il rappelé.

Le Directeur général du groupe Hasnaoui, soulignant par la même occasion la frustration que suscitent les offres satellitaires piratées, a appelé l’Etat à réglementer la diffusion télévisée. "Actuellement, avec ce piratage, l’Etat ne bénéficie pas d’un sou. C’est un marché noir à 100% ".

Il a fait savoir qu’un abonnement à une offre satellitaire "incite même le transfert illicite de devises vers l’étranger". Selon une estimation menée par HTA, le marché de la télévision peut ainsi générer un chiffre d’affaires de 10 milliards de dinars, dont 2 milliards de fiscalité pour le Trésor public.

Le président de ce fournisseur d’accès à Internet a ainsi regretté que des solutions existant déjà depuis plusieurs années soient gâchées par ces vides juridiques.

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