Hamadi Jebali se livre: "Je ne reviendrai pas à Ennahdha, et je me présenterai à la présidentielle en tant qu'indépendant" (VIDÉO)

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Après une longue absence, l’ancien chef du gouvernement Hamadi Jebali sort de l'ombre et revient sous la lumière des projecteurs.

C'est ainsi qu'il s'est confié, jeudi, dans une interview accordée à Akher Khabar Online.

Différents dossiers brûlants ont été évoqués et plusieurs révélations ont été livrées portant notamment sur l’expérience de la Troïka, l’alliance Ennahdha-Nidaa, l’assassinat de Chokri Belaid, sa démission et ses projets à venir.

Ennahdha, carte maîtresse de la révolution

Jebali, figure emblématique d’Ennahdha, est revenu sur les coulisses du mouvement peu avant le déclenchement de la révolution. “Nous étions prêts” a-t-il martelé. “C’est vrai, nous ne sommes pas la première étincelle de la révolution, mais nous avons rapidement réagi et alimenté les manifestations” a-t-il estimé. Il a, en effet, souligné le rôle majeur des adhérents du mouvement lors de la propagation des mouvements de protestations.

Il a précisé qu’Ennahdha était l’un des maillons forts de la révolution aux côtés de l’UGTT, et ce grâce à sa forte présence quasi totale sur le territoire tunisien, son organisation et son expérience.

Avec la libération de plusieurs leaders d’Ennahdha, fin 2010, le mouvement a commencé à se réorganiser, a fait savoir Jebali. Il a noté que le mouvement avait tendance à regrouper l’opposition et faire un front avec les forces du Comité du 18 octobre. “Nous avons opté pour l’escalade et la décente dans les rues” a-t-il poursuivi en ajoutant que le nom d’Ahmed Néjib Chebbi a été proposé pour présider ce mouvement.

Des leaders d'Ennahdha étaient favorables pour le retour de Ben Ali

“Nous avons, également, contacté nos 'frères' à l’étranger” a-t-il rappelé en indiquant que certains leaders du mouvement, qui se trouvaient ailleurs, ont proposé de contacter Ben Ali pour mettre fin à la dégradation de la situation. Mais le noyau dur d’Ennadha était solide et a gardé sa position".

L’expérience Troïka

“Ennahdha est entré dans le gouvernement mais il n’a pas gouverné” a lancé Jebali.

Il a également passé en revue les différents obstacles et difficultés rencontrés lors de Troïka. Il a estimé que les troubles constatés à cette époque n’émanent pas exclusivement des "restes" du régime de Ben Ali, “mais de ceux qui ont été victimes comme nous de l’ancien régime”.

“Tout a été mis en place pour contrecarrer la Troïka et principalement Ennahdha” a-t-il répliqué.

L’ancien chef du gouvernement a abordé, par ailleurs, les sit-in observés durant le règne de la Troïka dont notamment le sit-in d’ "Errahil" et du Bardo. Il a estimé que ces derniers étaient appuyés par les Émirats arabes unis. “C’est un mélange entre l’ancien régime et un autre régime qui veut faire sombrer le pays dans le chaos” a-t-il déclarer.

Terrorisme et l’énigme de l'assassinat de Chokri Belaïd

Hamadi Jebali a affirmé, d’autre part, qu’Ennahdha et le courant salafiste divergent. “Nous n’avons pas négocié avec les salafistes” a-t-il souligné. Il a précisé que le grand ennemi de ces groupes sont au sein du mouvement Ennahdha. “Ce n’est pas une coïncidence. Nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde avec eux, non seulement sur le plan religieux, mais aussi sur les plan historique, social et culturel. Nous étions les premiers à déclarer ces groupes comme 'terroristes' et à appeler à appliquer la loi contre eux” a-t-il dit.

Revenant sur l’assassinat du leader de la gauche tunisienne Chokri Belaïd, Hamadi Jebali s’est interrogé “comment est-ce qu’un parti au gouvernement pourrait commettre ce genre d’erreur?”

Il a estimé, d’autre part, que cet assassinat est l’oeuvre d’un réseau armé, composé de plus de 2000 individus éparpillés sur tous les gouvernorats de la Tunisie. Il a ajouté que ces derniers disposaient de grands stocks d’armes et avaient été entraînés au combat. “Si Ennahdha est impliqué, alors pourquoi les preuves de son accusation n’ont pas été dévoilées surtout qu’elle n’est plus au pouvoir?” a-t-il dit.

L’ancien chef du gouvernement a considéré l’assassinat de Belaïd comme étant “un plan orchestré pour faire échouer l’expérience d’Ennahdha au pouvoir, ainsi que celle de la Troïka d'une manière générale”. “Lorsqu’on me demandait qui a tué Chokri, j’ai souvent répondu: regardez bien, le tueur est sûrement présent aux funérailles!”, a-t-il poursuivi.

Jebali est revenu, également, sur sa démission du gouvernement. “J’ai choisi de démissionner pour le bien d’Enahdha et pour sauver le pays” a-t-il révélé en affirmant que grâce à sa démission “leur projet a échoué”.

Les lignes rouges de l’UGTT

Selon Jebali, la centrale syndicale est un partenaire stratégique. Toutefois, il a critiqué le fait “qu’une partie non élue par le peuple prenne part aux décisions majeures dans la conduite du pays comme la nomination des ministres, des gouverneurs ou des directeurs généraux”. Il a expliqué que ce genre de comportement ne fait qu’ "affaiblir les gouvernements".

Ennahdha, le non retour

Jebali a indiqué que parmi les raisons qui l’ont poussé à se retirer du mouvement Ennahdha, figure l’alliance entre le parti et Nidaa. Il a affirmé, par ailleurs, qu’il ne compte pas y retourner. “Mais je n’ai pas abandonné le combat” a-t-il ajouté en évoquant la possibilité de se présenter à la prochaine élection présidentielle, en tant qu’indépendant. “S’il y a des conditions favorables, je me présenterai à la prochaine présidentielle. Cependant, je le ferai en tant qu’indépendant, je ne veux pas concurrencer Ennahdha, ni l’affaiblir en créant un nouveau parti” a-t-il conclu.

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