Affaire Latefa: "Je ne m'attendais pas à une telle cruauté!"

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AFFAIRE LATEFA - "C’est un choc que j’ai ressenti dès que j’ai vu Latefa". Quand Omar Saadoun, le responsable du programme de lutte contre le travail des enfants à l’Association INSAF, est allé voir Latefa, la jeune employée domestique de 22 ans hospitalisée, depuis lundi, dans une clinique de Casablanca, il n’en a pas cru ses yeux.

"Je ne m’attendais pas à une telle cruauté! Aucune partie de son corps n’a été épargnée par les blessures et les brûlures de troisième degré. Et dire que l’on s’attendait à ce que la loi sur le travail domestique mette un terme à ces drames. J’ai l’impression que cela relève de l’impossible. Ce qui se passe derrière les murs dépasse les lois du législateur et du tolérable". Emu et en colère à la fois, le militant décrit au HuffPost Maroc son amertume face à des pratiques inhumaines.

Venue de Zagora, à l'invitation d'une de ses proches, pour se reconstruire à Casablanca après le décès de sa mère et le remariage de son père, Latefa s’est retrouvée dans un enfer pendant un an et demi. Dans les geôles de sa tortionnaire, elle a goûté aux tortures sous toutes les formes avant d'être transportée à la clinique.

INSAF a été alertée du cas de Latefa par un médecin. "Il a eu l’initiative de nous appeler dès qu’il a constaté les terribles sévices sur son corps. Il est très engagé auprès d'elle", témoigne Omar Saadoun.

Face à la souffrance de Latefa, s’enchaînent les tentatives de soulager sa douleur physique et morale. "Son corps est complètement lacéré, elle a encaissé blessures sur blessures et certaines se sont infectées parce qu’elles n’ont pas été soignées. Latefa subit à présent des opérations chaque jour pour être sauvée. Le médecin légiste a établi un rapport de son état, hier. Cela nous aidera à évaluer son état de santé", révèle ce responsable d’INSAF.

La femme qui l’employait a été interpellée hier à son domicile. Elle comparait devant le juge d’instruction en état de détention dans la prison de Oukacha. "INSAF s’est portée partie civile dans cette affaire et nous avons désigné un avocat pour représenter Latefa. Nous travaillons, dans cette affaire, en collaboration avec le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH). C’est ce dernier qui a, d’ailleurs, saisi le parquet pour l’arrestation de la responsable", précise-t-il.

Sur la femme arrêtée, peu d’informations sur sa situation familiale et son identité. Elle fait l’objet d’une enquête en cours. "Latefa, pour sa part, n’a encore rien dit d’elle. Mais ce qui est certain, c’est que ce n’est pas elle qui a déposé Latefa à la clinique, mais plutôt son frère", précise Omar Saadoun. Et d’ajouter que ce dernier a aussi laissé un chèque à la clinique pour payer la prise en charge. "Il a exprimé ses regrets de ce qui est arrivé à Latefa", précise-t-il.

INSAF a, par ailleurs, tenté d’aider la jeune femme moralement en appelant son père à son secours. "Je l’ai appelé au téléphone ce matin et je lui ai demandé de venir pour soutenir Latefa en ce moment et rester à ses côtés lorsque le procès s’ouvrira", affirme Omar Saadoun. Attendu, le père de Latefa devrait être présent à la conférence de presse que tiendra INSAF demain, vendredi à 16h à Casablanca.

"Nous comptons héberger Latefa à sa sortie de la clinique et l’aider à retrouver ses forces. Nous comptons aussi fédérer plusieurs associations autour de son cas et lancer une campagne nationale".

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