"Kamayanbaghi", le 8e album qui signe avec force le retour des Hoba Hoba Spirit

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HOBA HOBA SPIRIT
Hoba Hoba spirit
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MUSIQUE - Le groupe casaoui est de retour, accompagné d'un nouvel album et de son son emblématique mêlant rock, rythmes gnaoua et des musiques puisées dans le folklore marocain. De quoi marquer en beauté ses 18 ans de carrière avec "Kamayanbaghi", leur 8e album résolument éclectique et riche de diverses sonorités.

Intégralement disponible depuis quelques jours sur YouTube, l'album cumule déjà plusieurs centaines de milliers de vues. Migration, séparation, déchirement.. les nouveaux titres chargés de messages et de sens expriment toujours l'esprit engagé du groupe et son univers joyeusement décalé.

Un retour remarqué après le succès de "Lost", leur dernier album qui compile une dizaine de titres disponibles sur Deezer, et partagés entre 2014 et 2016 sur la plateforme Youtube. Sous les vidéos de "Kamayanbaghi", illustrées par l'artiste Rebel Spirit, de nombreux commentaires enthousiastes d'internautes saluent un album réussi qui renoue avec l'esprit engagé et décalé des Hoba Hoba. Pour le HuffPost Maroc, le leader du groupe, Reda Allali, commente ce nouvel opus.

HuffPost Maroc: "Kamayanbaghi", que l'on pourrait traduire par "comme il se doit", est le titre que vous avez choisi pour ce 8e album. Qu'est-ce que cela signifie?

Réda Allali: Disons qu'il y a beaucoup de sens mais le plus évident c'est qu'on a fait un album. Et vous savez, il est rare de pouvoir faire des albums aujourd'hui, à une époque où les artistes sortent surtout des singles. On propose une dizaine de chansons, c'est beaucoup de travail alors que nous ne sommes même pas certains que les gens ont le temps ou l'envie d'écouter des albums aujourd'hui et de passer une heure à écouter le même artiste ou groupe. Avec le mode de consommation actuel de la musique, qui est beaucoup plus rapide, on a fait un album à l'ancienne, "comme il se doit", comme on l'a toujours fait et comme l'ont fait beaucoup avant nous.

Vous avez abandonné le format physique pour le digital, qu'est-ce qui explique ce choix?

On l'a sorti en version digitale tout simplement parce que le mode de distribution des CD au format physique est malheureusement trop compliqué. D'autre part, les plateformes de streaming demandent de l'argent pour de la visibilité en échange, on n'a pas l'habitude de travailler comme ça. Passer au numérique et ne rien avoir de palpable au bout de 6 mois, c'est frustrant pour nous. C'est frustrant également pour les visuels et la pochette de l'album qui sont du coup numériques alors qu'on aurait aimé avoir un livret qui regroupe ces très beaux dessins réalisés par notre ami Rebel Spirit. On vit avec notre temps, du moins on essaye.

Pourtant, sur YouTube par exemple, votre album rencontre un franc succès et cumule beaucoup d'écoutes...

C'est assez surprenant. On n'a pas de politique sur le web, pas de budget pour ça. YouTube, ça reste une plateforme pour du contenu visuel. Nous, en tant que musiciens, on va surtout privilégier les plateformes comme spotify, deezer qui respectent davantage la musique comme elle a été enregistrée. Mais il est clair qu'on est surpris d'être encore là, 18 ans après le premier album. On ne fait pas trop d'effort pour gagner en visibilité, on ne passe pas à la télé, on n'est pas trop médiatisé, on ne fait pas de selfies et compagnie.. Mais les salles sont pleines, on a ce public qui nous suit, c'est une chance pour nous. On est très content de se situer à part, d'avoir cette relation privilégiée entre nous, le public et notre musique.

Votre public vous a reproché, à un certain moment, de vous être essoufflé, de tourner en rond musicalement... Cet album, c'est une sorte de réponse?

Sincèrement, je ne sais pas, je n'ai pas le recul pour juger si on tourne en rond. Je ne pense pas que l'on puisse juger, rentrer dans cette boucle infernale où on fait des choses que les gens critiquent, et pour lesquelles on reviendrait à la charge pour se justifier, ce n'est pas comme ça que l'on fonctionne. On sait qu'on a véritable engagement vis-à-vis de nous même, de la musique, de l'amour qui nous lie à notre passion, soit faire des albums et des concerts. On n'a jamais triché avec ça, ni essayé de suivre des tendances ou stratégies pour être dans l'air du temps et plaire à tout le monde.

Comment pensez-vous que ce nouvel album sera reçu?

Ça peut sembler arrogant ou prétentieux, mais je ne suis pas à l'affut des remarques ou des réactions. On est à notre huitième album, ce n'est vraiment plus des choses auxquelles on prête attention. On n'est pas là pour se faire mousser sur les réseaux. On finit par relativiser les réactions, et se dire que c'est un miracle qu'on soit encore là 18 ans après. Par contre, la véritable question qu'on se pose, c'est comment, après toutes ces années, parvenir à faire le pont entre nous et notre public, à une époque où la musique a perdu beaucoup de son prestige. Quand on était ado, la musique c'était profond, c'était notre identité, qu'on soit fan de métal, rock, hip-hop ou reggae, ça ne se résumait pas en quelques clics. Mais bon, c'est amusant parce qu'on a pendant longtemps été présentés comme un groupe jeune et maintenant, on est vieux et vintage (rires). Un journaliste une fois m'a dit qu'on faisait de la musique de jeune et ma fille, par exemple, me dit que je fais de la musique de vieux. On aime ce qu'on fait profondément et c'est tout.

Les morceaux de ce nouvel album parlent beaucoup de séparation et de déchirement...

C'est un album qui a été marqué par un événement dans le groupe. Notre guitariste et fondateur du groupe, Anouar Zehouani a quitté le Maroc avec sa famille pour aller vivre à l'étranger. C'est un frère qui nous a quittés. Par nous, j'entend le pays, pas le groupe. C'est un choix de vie, c'est difficile à vivre, alors on s'est posé des questions sur pourquoi des gens sont obligés de quitter ce pays. Ça fait mal, c'est une perte et c'est douloureux aussi pour les gens qui partent. Le titre "L'b7ar", par exemple, en parle. Il y a une joie dans notre musique, mais aussi des sujets qui poussent à la réflexion. Après, on ne veut pas non plus être un groupe grognon qui gémit tout le temps et qui se plaint de ce qui se passe. Mais il y a toujours cette question permanente qui plane: "où est-ce qu'on va ensemble? C'est où et quand l'arrivée s'il vous plaît?"

D'autres titres, comme "Dégoutage", traduisent un certain ras-le-bol. On sent que des choses vous agacent...

"Dégoutage" parle d'un espèce de bonhomme en pleine révolte, qui se retourne contre lui-même, il y a un malaise et il n'arrive pas à l'identifier. C'est un état d'esprit dans lequel on était lorsque le morceau a été écrit, à l'instant T. Le titre "Maroc" est chargé d'histoire, d'enregistrements anciens, et il se trouve que je suis un passionné d'histoire. Il est dommage que dans ce pays, les gens ne connaissent pas leur histoire, il y a une très grande méconnaissance, ils ont du mal à regarder ce qui s'est passé derrière eux. Je me suis amusée à sampler des bouts de tubes, des petits trucs qui disent un peu d'où on vient. Le clip qu'en a fait Hicham Lasri est visuellement à part, il y a attaché son propre univers.

Vous avez longtemps été considéré comme un groupe marginal. Est-ce que 18 ans après, Hoba Hoba Spirit est toujours autant en décalage avec la société?

Musicalement, bien sûr. Il n'y a pas d'électronique, d'autotune etc. La musique qu'on fait aujourd'hui n'est pas vraiment la plus populaire au monde, ni celle à laquelle beaucoup de gens s'identifient, contrairement à il y a quelques années. Et socialement, j'ai toujours pensé que notre musique et notre pensée devaient être marginales sinon, c'était louche. Hoba Hoba Spirit a une musique à côté des standards depuis toujours. Les standards ont changé et on n'est toujours pas dedans. On fait juste ce qu'on aime.

Sur scène

Hoba Hoba Spirit sera en concert à l'Uzine, à Casablanca, les 26 et 27 janvier prochains. Trois concerts sont également prochainement prévus au Mali, en Belgique et en Tunisie. La suite des dates sera progressivement annoncée sur la page Facebook du groupe.

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