La scène politique telle qu'elle est perçue par les Tunisiens, selon un rapport de l'International Republican Institute

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HAFEDH CAID ESSEBSI
Leaders of Tunisia's politics parties including leader of the Islamist Ennahdha party Rached Ghannouchi (2R), Nidaa Tounes party general secretary Hafedh Caid Essebsi (3R), former secretary-general of anti-Islamist Nidaa Tounes party Mohsen Marzouk(C), leader of the Free Patriotic Union (UPL) Slim Riahi (3L) and Afek Touis party president Yacine Ibrahim (2L) attend a ceremony for the signing of documents outlining the roadmap for the formation of a national unity government in Tunisia at the Car | FETHI BELAID/AFF/Getty Images
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Le rapport de l'International Republican Institute (IRI) a étudié l'évolution de la perception des Tunisiens de la situation du pays, depuis la révolution jusqu'en novembre 2017. Voici l'état des lieux de l'évaluation des Tunisiens de la scène politique, à travers leurs opinions des partis, organisations, et personnalités politiques, mais aussi des différentes politiques menées par le gouvernement.

Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, avait procédé en septembre dernier, à un large remaniement ministériel. La composition du nouveau gouvernement avait fait l'objet de bon nombre de critiques qui avaient dénoncé le retour de figures de l'ancien régime, le sondage de l'IRI s'est alors intéressé à l'opinion des Tunisiens sur ce sujet.

57% ont déclaré ignorer totalement la composition du nouveau gouvernement, 12% se disent "parfaitement informés", tandis que 23% sont moyennement informés et 6% affirment être très peu renseignés.

Quant au rendement du gouvernement après le dernier remaniement, la majorité (39%) de ceux qui ont accepté de répondre, estiment qu'il n'y aura aucun changement et que la performance du gouvernement restera la même. 27% se sont montrés un peu plus optimistes et pensent que cela entraînera un rendement plus ou moins meilleur, alors que 7% trouvent que le rendement empirera. 7% est également le taux de ceux qui estiment que le gouvernement sera beaucoup plus performant, tandis que 5% pensent qu'il sera un peu moins performant. 15% se sont cependant abstenus de répondre.

D'une façon plus générale, la majorité des Tunisiens, soit 41%, pensent que les remaniements ministériels n'apportent aucun changement au rendement des gouvernements, alors que 36% estiment que le rendement pourrait s'améliorer après un remaniement.

Quant à la question des anciennes figures du régime Ben Ali, faisant partie du nouveau gouvernement, 39% s'y opposent totalement ou partiellement, 49% soutiennent totalement ou partiellement cette décision, et 12% n'y ont pas répondu.

S'agissant du plus grand leader d'opinion féminin, 27% des sondés s'accordent à dire que c'est la députée de l'opposition, et membre du Courant Démocrate, Samia Abbou. 3% estiment qu'il s'agit de Meherzia Abidi. Viennent ensuite Sihem Ben Sedrine et Radhia Nasraoui avec 2%, suivies de Wided Bouchamaoui, Neziha Laâbidi, Maya Jribi, Abir Moussi, Maya Ksouri, et Majdouline Cherni avec 1% chacune.

57% se sont par contre abstenus de répondre.

Une liste de personnalités politiques a également été exposée au sondés, afin d'indiquer leur avis de chacun (favorable ou défavorable).

Ainsi, les moins populaires avec près de 50% d'avis défavorables sont le président de la République, Béji Caid Essebsi (45% d'avis défavorables), le leader du Front Populaire, Hama Hammami (48%), l'ancien président Moncef Marzouki (49%), le leader de "Tayar El Mahaba", Hechmi Hamdi (56%), le président démissionnaire de l'UPL, Slim Riahi (56%), Mohsen Marzouk (44%). Les moins populaires sont Hafedh Caid Essebsi avec 57% d'avis défavorables, et le leader d'Ennahdha, Rached Ghannouchi, avec 63%, le taux le plus élevé d'impopularité.

personnalites

Il est à noter que les avis ont été collectés sur chaque personnalité de façon individuelle, il ne s'agit donc pas d'avis partagés sur l'ensemble des personnalités.

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Quant aux avis favorables, selon ce rapport, Samia Abbou jouit de la plus grande popularité avec 38% d'avis favorables. Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, bénéficie du deuxième taux le plus élevé, avec 34% d'avis favorables, suivi de Béji Caid Essebsi et Mohamed Abbou (18%), Hama Hammami (16%), et Mehdi Jomâa (15%).

Du côté des organisations politiques, l'Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) bénéficie du plus grand taux d'avis favorables (20%), suivie du parti Nidaa Tounes (17%), le Front Populaire (11%), l'organisation patronale UTICA (10%), Ennahdha (8%), et du Courant Démocrate, Mashrou Tounes, Afek Tounes, et l'UPL (7% chacun).

Les avis les plus défavorables ont par ailleurs concerné Ennahdha en premier lieu, avec 59% d'avis défavorables, suivie de Tayar Al Mahaba et le Front Populaire (44% chacun), et Nidaa Tounes et l'UPL (41% chacun).

organisations

À la question: "selon vous, quelles sont les trois principales actions qu'un parti politique pourrait prendre afin de gagner votre confiance?", la plupart ont estimé que la lutte contre le chômage constitue le principal enjeu politique, suivie de l'amélioration des services sur le plan local, le fait de se rapprocher plus des citoyens, la lutte contre la corruption, ou encore l'amélioration du niveau de vie.

Du côté de la politique étrangère, ce que pensent les Tunisiens quant à l'implication ou non de la Tunisie dans les conflits des autres pays musulmans, les avis sont là aussi partagés et les raisons nombreuses. On remarque qu'en 2017 la tendance s'est totalement inversée, et que l'écrasante majorité, soit 92%, estiment que la Tunisie devrait rester en dehors de tout conflit entre pays musulmans, tandis que 3% pensent qu'elle devrait y participer.

Les motifs avancés par ceux qui supportent l'implication de la Tunisie dans les conflits des pays musulmans varient entre l'intérêt général, le soutien des musulmans et de la religion, l'union et l'entraide, ou encore la cause palestinienne.

Pour ceux qui pensent le contraire, la principale raison est que "la Tunisie a assez de problèmes pour venir en aide à d'autres pays", qu'elle "a grand besoin de ses citoyens", qu'il ne faut pas "s'attirer des problèmes", que "ça ne nous regarde pas", ou encore que "chaque pays doit gérer ses propres problèmes".

S'agissant du retour de djihadistes tunisiens des zones de conflits; la majorité de ceux qui ont accepté de répondre (21%), estiment qu'il faut les laisser revenir et les réhabiliter en vue de les réintégrer dans la société. 16% pensent par contre que leur place est la prison, 14% déclarent qu'il faut que la justice se charge de les juger, 14% préfèrent qu'ils soient déportés, tandis que 7% avancent la peine de mort comme solution.

djihadistes

Échantillon

L'étude s'est basée sur un échantillon représentatif de 1202 Tunisiens, âgés de 18 ans et plus, qui assure une répartition proportionnelle entre les 24 gouvernorats, une division proportionnelle des catégories urbaines et rurales, ainsi qu'une répartition proportionnelle selon le sexe et le groupe d'âge.

Ainsi, 48% des sondés sont des femmes, 52% sont des hommes.

40% sont âgés de 18 à 34 ans, 29% sont âgés de 35 à 49 ans, 21% sont âgés de 50 à 64 ans, et 11% sont âgés de 65 ans et plus.

La majorité des sondés (38%) ont un niveau d'études secondaires, 32% de niveau primaire, 10% de diplômés universitaires, 2% issus de la formation professionnelle, 7% de diplômés supérieurs (docteurs ou équivalents), et 11% n'ont jamais fait d'études.

Le niveau social des sondés a également été divisé suivant des classes, à savoir ceux qui perçoivent moins de 200dt par mois (18%), ceux qui touchent entre 200 et 500dt (34%), entre 500 et 1000dt (27%), entre 1000 et 1500dt (10%), entre 1500 et 2000dt (3%), et moins de 1% représente ceux qui perçoivent un salaire supérieur à 2500dt.

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