Tourné au Maroc, le film "Beirut" ne fait vraiment pas l'unanimité auprès des internautes libanais

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CINÉMA - Les films américains traitant du Moyen-Orient font rarement l'unanimité auprès du public arabe. Et "Beirut" est très loin de faire exception à la règle. Ce film, qui se déroule dans la capitale libanaise en 1982 en pleine guerre civile, et tourné en partie au Maroc, a provoqué l'ire des internautes libanais dès la diffusion de sa bande-annonce:

Bon nombre d'entre eux critiquent notamment le fait que le film a été tourné au Maroc, mais aussi la vision jugée caricaturale de la ville présentée à l'écran et de la guerre civile. Autre point de discorde: aucun acteur libanais ne figure au générique du film.

Beaucoup pointent également du doigt le choix de la date de sortie. Celle-ci a coïncidera avec l'anniversaire du début de la guerre civile libanaise (13 avril 1975). Un geste que plusieurs internautes ont considéré comme insultant:

"Donc vous avez fait un film sur Beyrouth mais tourné au Maroc, avec AUCUN acteur libanais, vous NOUS faites passer pour des barbares et les hommes blancs et israéliens pour des héros, et vous sortez ce film le 13 avril, jour du début de la guerre civile".

"Beyrouth est la capitale du Liban n'est-ce pas? Le film a été tourné au Maroc. La musique est marocaine (ou nord-africaine). Les acteurs et figurants sont américains, anglais, marocains, algériens, français et israéliens. Ne pouvez-vous pas au moins essayer?"

"Le film n'a même pas été tourné au Liban mais au Maroc, aucun des acteurs/actrices ne sont libanais, la date de sortie est la même que celle du début de l'horrible guerre civile libanaise. Ce film n'incarne ni ce que Beyrouth est ni même ce qu'elle était".

"Je sais déjà que ce film va me rendre furieuse. Mes deux parents et toute la génération la plus âgée de ma famille a dû survivre ou est morte pendant les 15 années de guerre à Beyrouth et cette fois encore les héros sont les blancs??? Mes parents n'ont jamais eu d'enfance, allez vous faire ******".

"Il y a un sérieux potentiel autour d'un film sur la guerre civile libanaise. Quelque chose traitant spécifiquement de l'époque et du conflit. Le film 'Beirut' pourrait tout aussi bien se dérouler à Agrabah."

"Pourquoi est-ce qu'une femme blanche porte un voile pendant qu'elle roule en voiture au Liban? La majorité des femmes libanaises ne portait pas de voile en 1982"

Certains ont préféré réagir avec humour, comme cet internaute qui prévoit déjà tous les clichés que ce film risque de réunir:

"Je ne regarderai le film "Beirut" seulement si: - Le film débute par un appel à la prière ou autre bruit oriental - Un homme arabe met une gifle à une femme pendant les 30 premières minutes - Le hezbollah sont les méchants même s'ils n'existaient pas encore à l'époque - Les troupes multinationales sont saluées à la fin"

Plusieurs Libanais ont de leur côté partagé des photos de leurs pays afin de vanter la coexistence entre les différentes religions, ou encore les paysages du pays du cèdre, dans le but de lutter autrement contre la vision jugée caricaturale du film:

"Plutôt que faire un film sur la guerre civile libanaise, où le héros est un occidental venant d'un pays qui se réjouit de voir le Liban sombrer, pourquoi ne pas faire un film sur la rare unité du Moyen-Orient que l'on trouve au Liban aujourd'hui?" "Au lieu d'attaquer le nouveau et offensant film 'Beirut', pourquoi ne pas leur montrer à quel point notre ville est belle en réalité"les arabes

Il faut dire que Hollywood a une longue histoire de représentation controversée des personnages arabes à l'écran. Déjà en 1994, le film "True lies" réalisé par James Cameron, avait attiré la colère d'associations arabo-américaines pour sa représentation "caricaturale d'arabes fanatiques arborant un keffieh", comme le rapporte le site américain spécialisé en pop culture EW. En 2000 le film "Rules of engagement", également tourné au Maroc, avait été qualifié de "probablement le film le plus raciste jamais été fait par Hollywood sur les arabes", comme le rapportait alors The Guardian. Plus récemment, les production hollywoodienne ont souvent été taxées de "White washing" ou de "Brown Face" pour le casting d'acteurs caucasiens dans des rôles d'arabes ou de nord-africains.

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