"Blue whale challenge": l'association "Sourire de Réda" met en garde contre les risques de suicide chez les jeunes

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SUICIDE - La crainte des effets du "Blue whale challenge" ne s'atténue pas, même si rien ne permet pour l'instant d'établir un lien entre le jeu morbide et les quelques récents suicides d'enfants et d'adolescents au Maroc. La presse nationale avait en effet rapporté un possible lien entre ce jeu né sur les réseaux sociaux et ces disparitions volontaires. "Si le jeu a été pointé du doigt, l'enquête ouverte n'a cependant toujours pas confirmé la raison de la mort de ces enfants", précisait alors le HuffPost Maroc, dans un contexte où le jeu avait pris quelques semaines plus tôt des proportions inquiétantes chez nos voisins algériens, comme le rapportaient nos confrères du HuffPost Algérie.

Même son de cloche quelques jours plus tard chez nos confrères du site TelQuel, qui a tenté d'éclaircir les circonstances qui auraient poussé ces jeunes à se donner la mort. Une source de la DGSN interrogée par le média précise que les autorités se sont penchées sur toute mort qui pourrait leur paraître "suspecte" et qu'à aucun moment, ils n'ont "pu établir de lien entre ces morts tragiques et le 'Défi de la Baleine bleue'". Leur source ajoute par ailleurs qu'aucune victime ne possédait de smartphone avec un accès à Internet.

Les causes de ces décès seraient autres: mal être, troubles mentaux, chagrin d'amour... Si le challenge de la baleine bleu ne serait pas d'actualité au Maroc, la vigilance reste toutefois à l'ordre du jour. Dans un récent communiqué, l'association "Sourire de Réda" qui lutte contre le suicide et vient en aide aux jeunes en souffrance, rappelle ainsi qu'il faut tout de même rester en alerte face au potentiel danger que représente ce défi. "Ce challenge existe bel et bien et il n'y a aucune raison que le Maroc soit épargné. Qu'il y ait des morts ou non, il faut en parler et le remettre dans un contexte: celui de la souffrance et du mal-être", explique la directrice de l'association, Véronique Fima, au HuffPost Maroc. Elle insiste d'ailleurs sur le mot "challenge", rappelant qu'il ne faut pas qualifier de "jeu" ce défi qui pousse à la scarification et à la mort.

Le suicide, un sujet moins tabou

Considéré longtemps comme une thématique sensible, le suicide est de plus en plus abordé et la parole se libère. En 2014, l'OMS publiait, dans un rapport intitulé "Prévention du suicide: L’état d’urgence mondial", des chiffres conséquents sur le suicide au Maroc. En dix ans, le taux aurait grimpé de 97,8%, avec plus de 1.628 cas dont 1.431 commis par des hommes et 198 par des femmes, selon le rapport. D'après une étude du ministère de la Santé en collaboration avec l’hôpital Ibn Rochd, 16% de la population marocaine aurait déclaré avoir des tendances suicidaires.

Mais les chiffres les plus inquiétants restent ceux relatifs aux enfants, adolescents et jeunes adultes. Toujours selon le ministère, 14% des 13-15 ans déclarent avoir fait une tentative de suicide. C'est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes.

L'association "Sourire de Réda" a mis en place un chat en ligne, réservé uniquement aux adolescents, qui leur permet de parler à une équipe d'écoutants bénévoles lorsqu'ils se sentent mal et ont besoin d'aide. "En 2016, nous avons effectué près de 330 échanges avec des adolescents et nous avons reçu plus de 500 demandes d'appel à l'aide", déclare Véronique Fima. "Les chiffres sont à peu près les mêmes pour 2017", précise-t-elle.

Plus inquiétant encore, la catégorie des enfants de 8 à 11 ans n'est pas épargnée, avec 70% d'appels à l'aide provenant des filles. Dans celle des adolescents de 15 à 21 ans, 80% sont également des filles. "Il n'y pas réellement de motifs qui expliqueraient pourquoi les filles sont plus nombreuses que les garçons. On ne les répertorie pas car les envies suicidaires n'apparaissent pas soudainement. C'est souvent une successions d'événements, de drames, d'antécédents familiaux qui poussent à l'acte", affirme la directrice de l'association.

"Il faut toutefois faire attention à ne pas confondre tentative de passage à l'acte et pensées suicidaires. Ce sont deux choses distinctes. La plupart des enfants qui demandent de l'aide ne vont pas passer à l'acte mais déclarent se sentir très mal et souffrent" ajoute-t-elle. En effet, à chaque appel, l'association fait des évaluations des risques suicidaires: 30% des tendances suicidaires sont à risque nul de passage à l'acte, 30% à risque faible et 40% sont à risque moyen à élevé.

Écoute et prévention

Le "Blue whale challenge" et tout autre défi qu'on peut trouver sur internet et les réseaux sociaux traduisent un mal-être profond voire une grande détresse, selon l'association. "Il est important d'écouter les enfants et adolescents et d'être attentifs à tout comportements suspects qui pourraient donner lieu à ce genre de pratiques. La famille joue un rôle primordial: un enfant bien entouré a moins de chances de passer à l'acte", poursuit la même source.

L'association "Sourire de Réda", qui lancera le 30 janvier une campagne nationale de sensibilisation, a dressé une liste des signaux auquel il convient d'être vigilants et qui indiqueraient si un enfant s'adonne à ces défis: grande fatigue, nuits blanches, isolement, tristesse et anxiété, traces de blessures inexpliquées, fascination pour la mort, pour les films morbides et les musiques tristes...

Quelques éléments d'action permettraient donc d'aider ces enfants à ne pas sombrer avant de commettre l'irréparable, notamment grâce à l'écoute et la communication. "Il faut écouter sans juger, ni se moquer de la souffrance ou bien dire que ce n'est rien, qu'il existe pire dans la vie. Ce sont des petites phrases qui ne font qu'accroître le mal-être", insiste Véronique Fima. On peut retrouver d'autres conseils sur le site de l'association.

L'OMS concluait dans son rapport qu'internet et les réseaux sociaux sont "l’une des principales sources d’information concernant le suicide avec des sites facilement accessibles et susceptibles de véhiculer une image erronée du suicide".

Les médias ont par ailleurs un rôle prépondérant dans la façon d'aborder le suicide. L'association rappelle qu'il faut à tout prix éviter le sensationnalisme et choisir avec rigueur le vocabulaire dans les sujets afin de ne pas donner au suicide un caractère séduisant, attractif ou héroïque. Mais aussi éviter les images "choc" qui montrent du sang, des scarifications, ou des outils comme des armes (couteaux, cordes...).

En somme, une succession de mesures à prendre qui permettraient peut-être au défi de la baleine bleue de ne pas s'échouer au Maroc.

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