Croissance: Le diagnostic sans complaisance de Lahlimi

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AHMED LAHLIMI
Planning agency chief Ahmed Lahlimi Alami speaks during a news conference at the Royal Mansour Hotel in Casablanca, Morocco, Tuesday, Jan. 20, 2015. Morocco's planning commission has predicted an economic rebound for 2015 with 4.8 percent growth, based on lower oil prices international and expectations of a strong harvest. (AP Photo/Abdeljalil Bounhar) | ASSOCIATED PRESS
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CONJONCTURE - La situation économique du Maroc, ou du moins certains de ses indicateurs, inquiète grandement Ahmed Lahlimi. Lors de sa présentation rituelle, ce 10 janvier, de la conjoncture économique du royaume en 2017 et de ses perspectives pour l'année en cours, le patron du Haut-commissariat au plan (HCP) n'a pas manqué de tirer la sonnette d'alarme sur certains aspects qui freinent encore la croissance du Maroc et l'empêchent de profiter pleinement d'une conjoncture mondiale intéressante.

Une croissance moindre en 2018

Car même si 2018 se présente comme une année sereine "qui ne connaîtra aucun risque majeur ou bulle spéculative et annonciatrice d'un cycle de croissance soutenue sur les 3 à 5 prochaines années", le Maroc s'en sortira avec un modeste taux de croissance de 2,8%. Une situation essentiellement due à la campagne agricole qui s'annonce moins bonne que celle enregistrée l'année précédente.

Selon l'institution de statistiques, la valeur ajoutée du secteur primaire connaîtra ainsi un repli de 1,3% en 2018 après une embellie de 13,6% en 2017. Une dégringolade qui annulera automatiquement la légère reprise du rythme de croissance des activités non agricoles qui devront s'apprécier de 10 points de base en glissement annuel pour s'établir à 2,9% en 2018.

Un taux de remplissage des barrages inquiétant

Le secteur agricole a d'ailleurs pris une grande place dans la présentation de Ahmed Lahlimi, qui a attiré l'attention sur certains points critiques. Le premier concerne les ressources hydriques. "La sécheresse est une variable structurelle avec laquelle il va falloir composer et elle ne pourra qu'empirer avec le temps, au vu des changements climatiques que connaît la planète", prévient le haut-commissaire. Cela implique donc de faire très attention aux ressources hydriques et notamment au taux de remplissage des barrages qui inquiète le patron du HCP.

Selon les chiffres présentés, ce taux est de 35% actuellement alors qu'il était de 71% il y a 4 ans. "Cette raréfaction de l'eau menace des produits vitaux pour la résilience du secteur agricole, notamment la culture maraîchère et l'arboriculture", souligne Ahmed Lahlimi. Ces dernières impactent à leur tour le secteur de l'élevage et donc la production laitière. Pour y remédier, il est impératif de trouver des solutions aux problèmes des barrages (envasement, maintenance) et améliorer leur performance, de chercher de nouvelles sources hydriques non conventionnelles et de maintenir les investissements d'infrastructures notamment dans les canaux d'irrigation.

Vers une pénurie de la main-d'œuvre agricole

D'un autre côté, l'agriculture souffre également d'une baisse de taux d'activité. Il est passé dans le secteur de 63% au début des années 2000 à 52% actuellement. Cette évolution négative s'est accompagnée d'un changement dans la structure même du travail puisque l'emploi familial a baissé en faveur d'une légère hausse du salariat. "La modernisation de l'agriculture demandant de plus en plus de main d'œuvre, le risque d'une pénurie des ressources humaines salariales menace sérieusement le secteur", indique Lahlimi.

Il faut donc poursuivre la modernisation des exploitations agricoles préconise le haut-commissaire, mais surtout préparer les mécanismes d'accueil de vrais salariés agricoles. Cela passe par la refonte du système de salaires, pour qu'ils soient en adéquation avec les autres secteurs, mais également par l'amélioration des conditions de vie (habitat, accès aux services sociaux, accès aux infrastructures socio-culturelles...) de ces personnes.

Accélération industrielle: effets d'annonce?

Premier contributeur à la croissance et donc à l'amélioration du niveau de vie, l'agriculture demande donc beaucoup d'investissements. Toutefois, l'investissement agricole implique par essence un changement structurel qui prend beaucoup de temps. Pour un effet immédiat sur la croissance, les efforts devront donc être orientés vers les activités non agricoles. Ces dernières pourront profiter de l'augmentation de la demande extérieure adressée au Maroc, qui devrait s'accroître selon le HCP de 4% en 2018, suite au raffermissement des importations des principaux partenaires commerciaux du royaume, en l'occurrence l'Espagne et la France. Les deux pays accaparent à eux seuls près de la moitié (45,5%) du total des exportations marocaines.

Malgré la montée en puissance des nouveaux métiers mondiaux du Maroc, notamment l'automobile et l'aéronautique, Lahlimi reste circonspect quant aux résultats annoncés, qui restent des effets d'annonces aux yeux du haut-commissaire au plan. "Avec le développement des technologies de pointe telles l'intelligence artificielle et l'impression 3D, la sous-traitance finira par s'essouffler. Il faudra plutôt investir d'autres secteurs", annonce-t-il. L'impératif pour le royaume serait donc de relever le contenu technologique de ses produits classiques et valoriser le potentiel latent de nouveaux produits dans les secteurs de l'industrie, de l'énergie et des services à haute valeur ajoutée.

Les 600 produits du salut!

Le HCP a mené en ce sens une étude intéressante dans laquelle il a identifié 600 produits qui représentent des opportunités réelles pour le Maroc. Répartis entre l'agriculture, l'industrie chimique, la fabrication de machine d'équipement, le textile, la métallurgie ou encore l'industrie du caoutchouc et plastique, ces produits pourront permettre au Maroc de développer des avantages comparatifs sur le marché international. Il faudra toutefois penser à la mise en œuvre d'une planification stratégique globale pour l'instauration d'écosystèmes dédiés à ces produits et soutenus, ajoute Lahlimi, "par un itinéraire d'acquisition de nouvelles capabilités technologiques, institutionnelles et sociétales". À noter que cette étude devra être publiée par le HCP dans les jours à venir.

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