Dans "Libération", Leïla Slimani réagit à la tribune sur la "liberté d'importuner"

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LEILA SLIMANI
Moroccan-French author Leila Slimani reacts at the Drouant restaurant after she received the French literary prize Prix Goncourt for her novel "Chanson douce" (Sweet Song), in Paris, France, November 3, 2016. REUTERS/Jacky Naegelen | Jacky Naegelen / Reuters
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RÉACTION - La tribune parue le 9 janvier dans Le Monde sur la "liberté d'importuner", signée par 100 femmes et largement commentée depuis, a fait réagir Leïla Slimani. Dans un texte publié ce 12 janvier dans les colonnes de Libération et intitulé "Un porc, tu nais?" la romancière franco-marocaine réclame son droit de "ne pas être importunée". Mais surtout, "le droit de ne même pas y penser."

Leïla Slimani, qui ne veut pas être vue comme "une victime" ni "une petite chose fragile", revendique ainsi sa liberté à s'habiller comme le veut, à "voyager seule", à "boire seule un verre en terrasse". "Je revendique mon droit à ce qu’on ne commente pas mon attitude, mes vêtements, ma démarche, la forme de mes fesses, la taille de mes seins. Je revendique mon droit à la tranquillité, à la solitude" écrit-elle. "Je ne veux pas seulement d’une liberté intérieure. Je veux la liberté de vivre dehors, à l’air libre, dans un monde qui est aussi un peu à moi."

Pour elle, "derrière cette soi-disant liberté d’importuner" se cache "une vision terriblement déterministe du masculin: 'un porc, tu nais'". Celle qui a souvent pris position pour défendre le droit des femmes à jouir de leur liberté individuelle rappelle ainsi que les hommes "ne sont pas, loin s'en faut, tous des porcs".

"Les hommes qui m’entourent rougissent et s’insurgent de ceux qui m’insultent. De ceux qui éjaculent sur mon manteau à huit heures du matin. Du patron qui me fait comprendre à quoi je devrais mon avancement. (...) Les hommes que je connais sont écœurés par cette vision rétrograde de la virilité", écrit-elle, espérant que son fils sera "libre, non pas d’importuner, mais libre de se définir autrement que comme un prédateur habité par des pulsions incontrôlables."

La romancière pointe aussi du doigt le système machiste et patriarcal dont sont victimes "des millions de femmes" qui, "dans les rues de milliers de villes du monde, marchent la tête baissée". "Dans les rues du Caire, de New Delhi, de Lima, de Mossoul, de Kinshasa, de Casablanca, les femmes qui marchent s’inquiètent-elles de la disparition de la séduction et de la galanterie? Ont-elles le droit, elles, de séduire, de choisir, d’importuner?", questionne-t-elle.

Une tribune qui a été partagée et commentée de nombreuses fois sur Twitter, la majorité des internautes saluant la "pertinence" des mots choisis par Leïla Slimani pour dénoncer le harcèlement sexuel sans pour autant jeter la pierre à tous les hommes:

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