La militante pour les droits des migrants Helena Maleno auditionnée par un juge marocain

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HELENA MALENO
Javier Sánchez Salcedo/Mundo Negro
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ESPAGNE - Il y a moins d'une semaine, la militante de l'association d'aide aux migrants Caminando Fronteras, Helena Maleno, a remporté le Prix Mundo Negro pour la fraternité 2017, prix qu'elle partage avec le prêtre érythréen Mussie Zera, pour son combat pour le sauvetage aux migrants en Méditerranée. L'activiste espagnole a été entendue hier par la justice marocaine pour "trafic d'êtres humains".

La militante est depuis plus d'un mois sous le coup d'une enquête de la police espagnole qui l'accuse de trafic d’êtres humains et émigration clandestine. Une épreuve pour Helena Maleno, qui craint que cette affaire n'entre dans une stratégie de l'Europe de "criminaliser la solidarité".

"Le Maroc a respecté mon droit à la défense"

Helena Maleno s'est ainsi présentée hier devant le juge à Tanger, accompagnée de son avocat, et d'un second dépêché par l'ONDH. "Je ne m'y attendais pas et je les en remercie", déclare-t-elle au HuffPost Maroc. Une interprète a par ailleurs été mise à contribution par le tribunal. "Le juge a fait son travail, j'ai répondu à ses questions. Je lui ai expliqué clairement que dans le dossier fourni par la police espagnole, il y a des éléments qui sont erronés, dont notamment une affaire qui a été clôturée par la justice espagnole", rappelle-t-elle. Cette dernière considère que le Maroc a "respecté son droit à la défense". "Malgré la situation, j'ai senti qu'hier j'ai été écoutée et respectée", dit Helena Maleno. Ce qui n'est pas forcément le cas de la part de l'Espagne, qui "n'a pas respecté (ses) droits fondamentaux comme le Maroc", ajoute la militante des droits des migrants.

L'Europe veut "criminaliser la solidarité"

Cette enquête inquiète de nombreux militants des droits des migrants qui se retrouvent parfois accusés de "favoriser les passages" en Europe par certains partis politiques et gouvernements. L'an dernier notamment, plusieurs militants pour la cause des migrants en Grèce avait ainsi été accusés d'être des "passeurs", comme le rapportait en mai 2016 le Vice américain.

D'ailleurs, Helena Maleno en est persuadée, les poursuites qu'elle subit rentrent dans une stratégie de l'Europe de "criminaliser la solidarité". "Ce n'est pas seulement moi qui suis jugée, l'Europe fait passer le message que le contrôle migratoire est plus important que la vie. Les grands perdants seront les droits de l'homme et les migrants, cela peut avoir un effet catastrophique. Je suis opposée à la migration irrégulière, mais si quelqu'un m'appelle pour me dire que son bateau va couler et que je ne préviens pas les sauveteurs, c'est moi la criminelle", souligne-t-elle. Une situation qu'elle n'a pas hésité à communiquer au juge marocain qui l'auditionnait: "j'ai expliqué au juge la situation européenne où plusieurs travailleurs humanitaires sont persécutés pour avoir secouru en mer des migrants".

Un chemin inquiétant que le Maroc ne semble pas suivre, à en croire Helena Maleno. "Je pense que le Maroc n'est pas dans ce chemin. L'Europe veut criminaliser la solidarité et je sens que le Maroc suit une autre ligne, il est en train de regarder vers l'Afrique et l'Union africaine. Certes, je suis jugée mais cela peut voir des effets sur la vie des migrants et mon cas peut faire du mal au travail humanitaire d'autres personnes".

Campagne de solidarité

L'enquête reste cependant une épreuve pour Helena Maleno qui voit son nom terni par ces accusations. "Je suis connue dans le monde pour ma lutte contre la traite des êtres humais, j'ai même écrit un livre récemment contre ce sujet, je donne des formations aux juges en Espagne pour lutter contre la traite, donc me retrouver devant un juge qui m'accuse d'être une criminelle c'est difficile pour ma réputation, pour mon nom", déclare-t-elle.

Cette dernière peut cependant compter sur le soutien de personnalités et anonymes, au Maroc comme en Espagne. Le 8 janvier dernier une messe a été organisée dans une église de Tanger en son honneur:

Helena Maleno peut également compter sur le soutien d'hommes et femmes politiques espagnoles, de tous bords, de personnalités comme l'acteur oscarisé Javier Bardem: "En Espagne, la solidarité est incroyable, même de la part de parties de la droite, car ce n'est pas une question d'idéologie, c'est une question des droits à la vie" affirme-t-elle. Un soutien qu'elle a également observée de la part de Marocains. "À Tanger, je suis allée acheter des fruits et un homme marocain m'a demandé s'il pouvait me prendre dans ses bras. La solidarité est énorme", dit-elle.

Le prochain rendez-vous de la chercheuse devant le juge aura lieu le 31 janvier prochain.

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