Santé: Les résidents veulent remplacer les aberrations bureaucratiques par un système flexible et efficace

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GRVITES HOPITAL MUSTAPHA
Daikha Dridi
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"Nous ne sommes pas contre l’affectation dans les wilayas du Sud ou dans les Hauts-Plateaux. Il faut comprendre que nous revendiquons l'annulation du caractère obligatoire du service civil et son remplacement par une couverture sanitaire efficace", nous explique ce médecin résident à l’hôpital Mohamed Lamine Debaghine de Bab El Oued.

"Ce que l'on ne vous dit pas c'est que, dans beaucoup de spécialités, ce sont les médecins eux-mêmes qui demandent à être affectés dans ces régions car ils y apprennent beaucoup et évoluent trois fois mieux que ceux qui exercent au Nord", ajoute-t-il.

De ces médecins résidents, on apprendra par exemple, que les chirurgiens sont souvent pénalisés car ils sont affectés dans des structures sanitaires où leur tutelle sait pertinemment qu'ils ne peuvent en aucun cas opérer: "Comment voulez-vous qu'un chirurgien puisse opérer sans médecin réanimateur et sans boite?!! Tout spécialiste du secteur sait pertinemment que c'est impossible".

"Et donc ces médecins seront obligés d'orienter leurs malades vers des structures, souvent au Nord, pour se faire soigner", explique un collegue chirurgien qui exerce dans le même hopital et qui souligne au passage que les assistants affectés au Sud ou dans les Hauts-Plateaux,se sentent souvent inutiles "puisqu'ils sont effectivement rémunérés pour un service qu'ils n’honorent pas dans les faits".

En fait, renchérit son collègue "souvent nous sommes rémunérés pour faire acte de présence sans plus. Ils (ndlr les responsables) dressent une carte sanitaire, ventillent des médecins sans se soucier de savoir s'ils seront utiles dans ces postes ou non".

Les médecins insistent sur la bonne compréhension de leur revendication concernant le service civil: "Loin de nous l'idée de mépriser nos concitoyens qui vivent à l'Intérieur du pays: on revendique une abrogation du service civil et son remplacement par un autre système de couverture sanitaire pour l’intérêt des malades et l’épanouissement socioprofessionnel du médecin spécialiste".

Cette revendication, selon eux, permettra "aux Algériens qui vivent dans les régions éloignées des grands centres urbains du Nord de bénéficier d'une véritable couvertures sanitaire au lieu des prestations médiocres que procure un service civil contraignant sans réelle efficacité".

Quelque peu agacé, cet autre résident qui s’interroge pourquoi "seul le médecin algérien ne bénéficie pas de la dispense du service militaire quand tous les autres citoyens de sa classe en sont dispensés"? Cet agacement est partagé même par les médecins femmes qui soulignent que "seul le médecin spécialiste algérien de part le monde passe deux services: le service civil en plus du service militaire. C'est une vraie aberration".

Des "aberrations" relevées par nos interlocuteurs, il y a aussi celles qui pénalisent les médecins qui sont mariés et ont des enfants et qui créent un déséquilibre intenable de leur foyer: "Souvent on affecte l'épouse et l'époux dans deux régions différentes". Ces derniers, nous dit-on, "sont obligés de demander le regroupement familial." On apprendra, par ailleurs que certains époux médecins tous les deux ont été contraints à pratiquer dans des régions différentes. "Le problème est encore plus épineux quand l'un des deux époux n'est pas médecin et se retrouve contraint de quitter son foyer pour rejoindre son poste. C'est un vrai chemin de croix pour obtenir le regroupement familial dans ces cas-là".

On apprendra dans ce sillage, que les résidentes femmes, quand elles accouchent, n'ont pas droit au même traitement que les autres fonctionnaires de l'Etat. "Au fait , on nous dit vous êtes encore étudiantes alors que nous exerçons et touchons des salaires. De ce fait, les trois mois de maternité qui sont un droit pour toutes les femmes qui travaillent sont objet de négociations avec nos professeurs. Si un chef de service dans un hôpital permet à une résidente de bénéficier de ces mois de la maternité. Ce n'est pas le cas dans toutes les structures sanitaires. Beaucoup de nos collègues se voient obligés de reprendre leur service au bout d'un mois". Une anomalie qui motive la revendication du droit aux œuvres sociales comme tous les autres salariés et travailleurs algériens.

Autre problème évoqué par les grévistes, les diplômes universitaires des médecins spécialistes ne sont validés qu'après l’acquittement du service civil.

Bref, les résident algériens disent en avoir "marre d'être une exception" et veulent être traités sur un pied d'égalité avec tous les autres acteurs du secteur en particulier et de la fonction publique en général.

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