Procès des détenus du Hirak: Tension et grève de la faim ont marqué l'audience du 2 janvier

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HIRAK
Youssef Boudlal / Reuters
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HIRAK - "Il semble que le tribunal veut accélérer la cadence du procès qui représente, pour lui, un gros fardeau". L’avocat Abdelkarim Elmoussaoui estime ainsi, dans une déclaration au HuffPost Maroc, que le report, mardi 2 janvier, du procès des détenus du Hirak par la Cour d’appel de Casablanca au vendredi prochain, 5 janvier, est "un point positif".

Mais les avocats constituant le comité de défense des détenus, habitués à ce que les audiences du procès se tiennent chaque mardi, ne partagent pas tous cet avis. D’ailleurs, certains d’entre eux le contestent comme Adessadak Elbouchattaoui qui confie au HuffPost Maroc que "les conditions des familles n’ont pas été prises en compte". "Ce sera très difficile pour les familles des détenus de se déplacer d’Al Hoceïma à Casablanca deux fois en une semaine. Le tribunal ne nous a même pas accordé le temps de lui exprimer notre avis sur sa décision", regrette-t-il.

"Ambiance électrique"

Si les avocats ne sont pas unanimes sur la date du report, ils le sont en décrivant l’ambiance dans laquelle s’est déroulée cette dernière audience: tendue! La relation avocats/juge semble avoir pris un coup depuis l’audience de la semaine dernière, le mardi 26 décembre, au cours de laquelle le comité des avocats de la défense s’est retiré. Une action de protestation contre le tribunal "qui n’interagit pas avec notre requête de faire la lumière sur les mauvais traitements que subissent les détenus du Hirak à Oukacha", nous avait expliqué l’avocat Mohamed Aghnaj, un des trois représentants du comité des avocats.

"Nous avons vécu, mardi, dans une ambiance électrique où le juge et les avocats n’échangeaient plus d’une façon sereine. Et cela a un impact sur la défense qui a besoin de temps pour exercer son devoir envers les détenus et exposer les éléments dont elle dispose", affirme Abdessadak Elbouchattaoui.

Une tension accentuée par l’absence de quatre détenus, dont Nasser Zefzafi. "Ils ne se sont pas présentés pour des raisons de santé. Mais ils ont fini par assister à l’audience, dans l’après-midi, suite à un avertissement que leur a adressé le tribunal via le greffier, le matin de l’audience. Des avocats sont également allés les voir pour les convaincre d’assister", précise Abdelkarim Elmoussaoui.

D’après ce dernier, l’avertissement de la Cour a fait suite à "une lettre adressée au directeur de la prison de Oukacha dans laquelle le médecin de l’établissement pénitentiaire assure que l’état de santé des détenus permet leur présence".

Les détenus étaient donc au complet à la deuxième partie de l’audience. "Mais, nous avons tout de même mis en garde contre leur état de santé inquiétant. Ils sont en grève de la faim depuis 9 jours et certains d’entre eux ont aussi arrêté l’eau depuis trois jours. Nasser Zefzafi s’est même évanoui dans le box des accusés quelques minutes à la fin de l’audience", s’inquiète Me Elmoussaoui.

Un compromis sans suite?

Pourtant, la grève devait être levée, après un compromis entre les détenus et le directeur de la prison. "Ce dernier les a réunis, il y a quelques jours, et leur a assuré que leurs revendications seront prises en comptes s’ils signent des engagements. Ils l’ont fait, mais rien n’a changé de leurs conditions de vie en prison", s’indigne cet avocat. Et de souligner que les détenus demandent "le droit, notamment, à un lit, à l’eau chaude et à ce que la durée de la promenade ne soit pas réduite. Malheureusement, rien n’a changé et le directeur de la prison ne leur a plus donné signe de vie".

Selon l’avocat Elbouchattaoui, "les visages des détenus étaient pâles, ce qui montre que leur état de santé se détériore en raison de la grève de la faim". Pour les familles des détenus, cette situation devient une épreuve insurmontable. "La mère de Mohamed Jelloul, un des détenus, a perdu connaissance alors qu’elle assistait à l’audience. Elle a été transportée à l’hôpital" précise Me Elmoussaoui.

La famille de Hamid El Mahdaoui s’est aussi exprimée, à l’issue de l’audience, pour dénoncer les retards que subit le dossier du journaliste. D’après la femme de Hamid El Mahdaoui, Bouchra El Khounchafi, "son avocat, Mohamed Ziane, a interpellé le juge à ce propos sans obtenir de réponse". Et d’ajouter que Hamid El Mahdaoui a été renvoyé de l’audience lorsqu’il a réitéré cette demande et dénoncé l’impact "de ce retard" sur sa famille. "C’est la cinquième fois que le juge le renvoie de l’audience", proteste Bouchra El Khounchafi dans un communiqué.

Le procès, pour les avocats, risque de se prolonger plus qu’attendu. Me Elbouchattaoui qui estimait, dans une déclaration au HuffPost Maroc, que le verdict pourrait être prononcé avant la fin de 2017, est convaincu, désormais, qu’il faudra au moins quatre nouvelles audiences.

Le parquet continue à répondre aux requêtes des avocats. Dans un communiqué, le procureur général du roi près cette Cour a estimé, hier, que "les mis en cause sont poursuivis pour les actes criminels dont ils sont accusés et non pour des revendications sociales qu'ils avaient exprimées".

Pour le ministère public, "la police judiciaire dispose de preuves numériques à leur encontre, le procureur général a souligné qu’en s’appuyant sur des fondements juridiques et réels, le représentant du ministère public a démenti les allégations de certains accusés qui soutiennent avoir été torturés par la police judiciaire".

Aucun cas de torture

Dans ce communiqué, le représentant du ministère public souligne également que "des accusés interrogés par le procureur général en présence de leurs avocats ont affirmé n’avoir jamais subi de torture". Et d’ajouter que les conclusions de l'expertise médico-légale, au cours de l'enquête préliminaire, le confirment.

Quant aux conditions de détention que dénoncent les détenus via leurs avocats et leur grève de la faim, la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) vient de publier une mise au point. Dans cette dernière, relayée par la MAP, elle précise "que 39 sur les 49 détenus impliqués dans les événements d'Al Hoceima dans la prison locale Ain Sbaâ 1 à Casablanca, prennent leurs repas de manière régulière et leur état de santé est normal".

Réagissant aux informations véhiculées par des sites électroniques, la DGAPR a affirmé que "parmi les 49 détenus dans les événements d'Al Hoceima, 33 ont mis fin, le premier janvier 2018, à leur grève de la faim, faisant savoir que 6 détenus n'ont jamais observé cette grève".

Et d’estimer que "certains avocats de ces détenus, censés être les protecteurs de la loi et des droits et intérêts de leurs clients, recourent aux mensonges concernant les conditions de détention de ces derniers, au point d'inciter l'un d'entre eux à simuler une perte de conscience en plein procès", a relevé la Délégation générale.

"Ces comportements poussent l'opinion publique à s'interroger sur les desseins réels recherchés par ces avocats, à travers des allégations mensongères sur les conditions de détention de leurs clients, sans tenir compte de leurs intérêts", estime encore cette administration soulignant qu’elle continuera à "appliquer de manière stricte et ferme la loi sans discrimination entre les prisonniers, en respectant pleinement leurs droits".

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