"Nous accueillons les critiques": Rohani calme le jeu en Iran

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ROHANI
TEHRAN, IRAN - DECEMBER 31: (----EDITORIAL USE ONLY MANDATORY CREDIT - 'IRANIAN PRESIDENCY / HANDOUT' - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS----) President of Iran Hassan Rouhani addresses during the cabinet meeting in Tehran, Iran on December 31, 2017. (Photo by Iranian Presidency / Handout/Anadolu Agency/Getty Images) | Anadolu Agency via Getty Images
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INTERNATIONAL - Le président iranien Hassan Rohani a affirmé dimanche que son pays devait fournir "un espace" pour que la population puisse exprimer ses "inquiétudes quotidiennes", après plusieurs jours de contestation durant lesquels quatre personnes ont été tuées selon un nouveau bilan, et des centaines arrêtées.

Deux manifestants ont été tués ce dimanche soir dans les protestations qui ont touché la ville d'Izeh dans le sud-ouest de l'Iran, a déclaré le député local Hedayatollah Khademi. "Des habitants d'Izeh ont manifesté comme ailleurs dans le pays contre les difficultés économiques, malheureusement, deux personnes ont été tuées et d'autres blessées (...) Je ne sais pas si les tirs provenaient des forces de l'ordre ou des manifestants", a-t-il déclaré.

Hassan Rohani, religieux modéré, a condamné "la violence et la destruction de biens publics", lors de sa première réaction depuis le début jeudi de manifestations contre le pouvoir et la vie chère dans plusieurs villes iraniennes. "Critiquer, c'est totalement différent que d'utiliser la violence (...)", a souligné Hassan Rohani en Conseil des ministres selon des propos rapportés par la télévision d'Etat.

"Nous accueillons positivement les critiques", a-t-il dit, ajoutant qu'il fallait "même créer les conditions pour la critique, les protestations légales, y compris des manifestations. Mais il faut faire attention à ce que ces critiques (...) permettent d'améliorer la situation du pays et la vie des gens", a-t-il souligné.

Les rassemblements antigouvernementaux sont les plus importants en Iran depuis le mouvement de contestation contre la réélection de l'ex-président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2009, violemment réprimé. C'est aussi la première fois depuis 2009 qu'autant de villes sont touchées par un tel mouvement de colère. Des slogans comme "Mort au dictateur" ont été lancés.

200 arrestations à Téhéran

Dans le but d'empêcher que les protestations prennent de l'ampleur, les autorités ont limité l'accès aux réseaux sociaux et averti que les protestataires allaient "payer le prix".

Si la contestation reste dans l'ensemble plutôt faible à Téhéran, une métropole de 8,5 millions d'habitants, quelque 200 personnes s'étaient rassemblées dimanche dans la capitale, selon l'agence Fars, proche des conservateurs.

Le sous-préfet de Téhéran a confirmé des "rassemblements épars" dans le centre, ajoutant que "la police faisait son devoir" pour contrôler la situation, selon l'agence Ilna.

Environ 200 manifestants ont été arrêtés samedi soir à Téhéran et "remis à la justice", a aussi annoncé Ali Asghar Nasserbakht. Les forces de l'ordre avaient dispersé au gaz lacrymogène des centaines de personnes rassemblées dans le quartier de l'université.

Un site internet des Gardiens de la révolution, l'armée d'élite de la République islamique, a publié dimanche des images montrant plusieurs centaines de manifestants à Kermanshah (ouest).

Des "contre-révolutionnaires"

Depuis quelques jours, des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des milliers de personnes défilant dans plusieurs villes contre les difficultés économiques et le pouvoir. Les médias officiels ont aussi diffusé des vidéos de manifestations en présentant comme des "contre-révolutionnaires" ceux qui brûlent des drapeaux iraniens ou attaquent des biens publics.

Le ministre de l'Intérieur Abdolreza Rahmani Fazli a averti dimanche que "ceux qui (...) créaient du désordre et agissaient dans l'illégalité devaient répondre de leurs actes et payer le prix", faisant la distinction entre "ceux qui ont des revendications légitimes" et "les contre-révolutionnaires".

Les manifestations ont débuté jeudi à Machhad, la deuxième ville du pays, avant de toucher d'autres cités à partir de vendredi. Pour tenter de les circonscrire, "les responsables chargés de la sécurité ont décidé de bloquer provisoirement Telegram et Instagram", a indiqué le site de la télévision d'Etat.

Les autorités accusent des groupes "contre-révolutionnaires" basés à l'étranger d'utiliser ces réseaux sociaux, en particulier Telegram, pour appeler les gens à manifester et faire usage de cocktails Molotov et d'armes à feu.

Samedi, deux manifestants ont été tués à Doroud, à l'ouest, selon un responsable local, qui a assuré que les policiers n'avaient pas tiré sur les protestataires.

Des relations tendues avec les Etats-Unis

Le numéro un de la République islamique, le guide suprême l'ayatollah Ali Khamenei, n'a pas encore réagi publiquement depuis le début des troubles.

Le régime jouit toujours d'un large soutien parmi la population, avec la mobilisation de dizaines de milliers de personnes samedi pour marquer l'anniversaire du rassemblement qui a mis fin à la contestation de 2009. Et dimanche, des centaines d'étudiants ont manifesté à l'université de Téhéran pour soutenir le gouvernement tout en dénonçant "la corruption et la vie chère".

Des médias conservateurs iraniens soutiennent que la majorité des appels à manifester contre le pouvoir viennent de l'étranger, d'Arabie saoudite, rivale régionale de l'Iran, ou de groupes d'opposition en exil.

Fustigeant à nouveau le régime iranien, bête noire des Etats-Unis, le président Donald Trump a tweeté dimanche: "Grosses manifestations en Iran. Le peuple a finalement compris comment son argent et ses richesses sont volés et gaspillés pour (financer) le terrorisme. On dirait qu'il ne supporte plus. Les Etats-Unis surveillent de près en cas de violation des droits de l'Homme".

"Ce monsieur aux Etats-Unis, qui veut monter de la sympathie à l'égard du peuple iranien, oublie qu'il l'a traité de terroriste (...)", a jugé Hassan Rohani en référence à Donald Trump, dont il a estimé qu'il "n'avait pas le droit de compatir avec le peuple iranien".

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