Un imam marocain pourrait être expulsé de France suite à des accusations d'apologie au terrorisme

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MOSQUE TORCY
Mosquée Torcy
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SOCIÉTÉ - La commission d'expulsion du tribunal de Melun a rendu, mercredi, son verdict: après avoir été accusé de légitimer le djihad, Mohammed Tlaghi, l'imam marocain de la mosquée de Torcy, pourra être expulsé de France.

Une décision incompréhensible pour l'avocat de la défense, Me Gilles Devers. "L'expulsion viendrait contre toute réalité et serait très mal comprise à Torcy, où l'accusé, Mohammed Tlaghi, est très apprécié", déclare l'avocat au HuffPost Maroc.

Le 20 décembre dernier, ce père de famille de 50 ans avait reçu un bulletin de notification d’une procédure d’expulsion pour se présenter au tribunal de grande instance de Melun. La commission d'expulsion, dite COMEX, a ensuite prononcé un avis favorable pour son expulsion.

Une cinquantaine d'attestations en faveur de Tlaghi ont été réunies pour son dossier, des attestations émanant de musulmans de différentes origines qui fréquentent la mosquée, mais aussi d'autres Torcéens.

"S'ils visent notre intégration et celle de nos enfants, ils faut qu'on puisse partager la liberté de manière équitable sur cette terre sans nuire aux autres", avait déclaré l'imam Bouhnik pendant le prêche du vendredi 22 décembre, filmé et publié sur la page Facebook de la mosquée (voir vidéo ci-dessous).

"Tout redémarre tout d'un coup en décembre, on ne sait pas pourquoi. Une expulsion, c'est la réponse à un événement", tranche Devers qui rappelle que Tlaghi n'a donné aucun prêche depuis avril dernier lorsque sa maison et celle de l'imam principal de la mosquée, Abdelali Bouhnik, ont été perquisitionnées.

"Ils n'ont absolument rien trouvé", affirme l'avocat de la défense. "Aucune infraction n'a été retenue, ni sur le financement, ni sur l'association au terrorisme, ni sur l'apologie... Ils n'ont donc pas été poursuivis par un tribunal", déclare-t-il.

L'avocat va plus loin et accuse la responsabilité de l'ancien président de la République française. "C'est un coup politique qui a été organisé par François Hollande à son dernier conseil des ministres", déclare-t-il, ferme. "C'était au mois d'avril, en plein milieu de la campagne électorale, pour dire qu'il s'occupe des djihadistes", affirme Devers.

La mosquée de Torcy, qui accueille chaque vendredi plus de 500 musulmans, a depuis été fermée. Les prières et les prêches se font dans le parking.

Une réaction qui, selon l'avocat, serait liée au procès Cannes-Torcy de 2012, où des membres d'une cellule de terroriste avait écopé jusqu'à 28 ans de prison, pour avoir commis un attentat antisémite. L'imam Abdelali Bouhnik avait alors "témoigné mais n'a jamais été poursuivi".

Un arrêté de fermeture de la mosquée a ensuite été publié en avril dernier, accusant les deux imams d'apporter leur "soutien aux fidèles de la mosquée mis en cause dans la cellule terroriste". La mosquée avait été également qualifiée par la commission de "lieu de culte où étaient prônées une idéologie radicale et des incitations au djihad".

L'imam Bouhnik s'était exprimé, en avril dernier, sur ses accusations qu'ils qualifient de "graves" et "mensongères de la part d'un État qui respecte la loi normalement", comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessous.

Depuis ces condamnations, Bouhnik a été suspendu de ses fonctions au sein de l'éducation nationale en tant qu'enseignant. Tlaghi, quant à lui, cherchait jusque-là un emploi et la préfecture "peinait à renouveler ses papiers", d'après Devers.

"La situation d'urgence à présent, c'est pour Monsieur Tlaghi", affirme Devers qui travaille également sur le dossier "un peu compliqué" de réouverture de la mosquée.

Aucune enquête n'a encore été ouverte pour déterminer la véracité des accusations sur lesquelles se sont basés les trois magistrats de la commission d'expulsion du tribunal. Le HuffPost Maroc a tenté de les joindre, en vain, leur secrétariat indiquant que les magistrats "ne peuvent s'exprimer sur une décision prise en collégialité".

Pour espérer innocenter son client, l'avocat attend à présent que le ministère de l'Intérieur se saisisse de l'affaire.

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