"Équations Nomades": Le Maroc, la France, et le Mali réunis pour promouvoir la paix à travers l'art

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Équations Nomades
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CULTURE - "Quand on marche ensemble, en considérant nos différences comme une richesse incontestable, on est plus forts. On a tous quelque chose à apprendre de l’autre". Les conceptrices culturelles Ilham Mirnezami du Maroc et Elsa Vautrain de France, ainsi que le chargé de programme de l’UNESCO, Bamako Ali Daou ont transformé leur message de paix en festival de "L’espoir par l’art". C'est le défi de leur projet "Équations Nomades" au Mali. Tous sont convaincus que si la guerre ronge le nord du pays depuis plusieurs années, l'espoir d'une paix est toujours permis grâce à l'art et la culture.

"Nous avons tous trois une équation d'idées et c’est le fruit de cette synergie qui a contribué à mettre en place ce programme", explique au HuffPost Maroc Ilham Mirnezami. Et d'ajouter que la paix représente "le plus beau message que nous pouvons véhiculer aujourd’hui, surtout lorsqu’on constate que toutes les violences naissent de la peur de l’autre. En tout cas, c’est ce que nous tentons de transmettre aux jeunes. Si ce message est assimilé, ce serait alors la plus belle victoire", espère la co-organisatrice du festival.

Après une première édition en janvier 2017, "Équations Nomades" revient pour une série de concerts et de rencontres artistiques et culturelles du 15 au 20 janvier qui auront lieu dans cinq endroits différents à Bamako: au conservatoire des arts métiers, à l’institut français, à l’hôtel de l’amitié, au Blonba et à la cité des enfants.

"Pour ce festival, le Maroc opère comme un trait d’union entre la France et le Mali", explique cette co-organisatrice en rappelant les liens historiques entre les trois pays notamment les caravanes commerciales qui transitaient entre l’Europe et l’Afrique en passant par le Maroc.

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Le festival, qui se veut pluridisciplinaire, invite une vingtaine d’artistes marocains, français, et maliens à se produire sur la scène du Conservatoire des Arts et Métiers de Bamako. À travers les différentes résidences et collaborations, le festival se transforme ainsi en un laboratoire de fusions où les participants peuvent élargir leurs horizons artistiques et faire des rencontres des plus improbables.

De la musique classique au Hip-Hop en passant par la musique traditionnelle touareg, ou encore le théâtre, les Maliens pourront assister à de nombreuses performances mais auront surtout l’occasion de rencontrer les artistes lors d’une série d’ateliers, de conférences et de formations qu’ils animeront.

Chaque année, quelque 80 jeunes sont sélectionnés pour participer à ces formations. Ils représentent les "promotions d’"Équations Nomades", comme l’explique Ilham Mirnezami. Leur mission: transmettre aux prochaines générations le message de paix que véhicule le festival.

Durant cinq jours, les jeunes Maliens pourront aussi faire la rencontre du compositeur et multi-instrumentaliste français Mathias Duplessy, le guitariste Jérémy Jouve, le violoncelliste François Salque, plusieurs fois couronné aux Victoires de la musique, ou encore la violoniste française Anne Gravoin.

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D’autres ateliers seront animés par le fondateur de Dabateatr, le dramaturge marocain Jaouad Essounani, qui donnera aux participants des cours de théâtre et de mise en scène, mais aussi par le photographe marocain M’hammed Kilito qui leur apprendra les bases de la photographie.

Munis d’appareils photo qu’ils leur seront distribués, les jeunes maliens sortiront dans la ville de Bamako pour capturer l’esprit de la ville à travers leur propre regard. La série de photographies fera l'objet d'une exposition itinérante qui sera présentée non seulement au Mali mais aussi au Maroc au cours de l’année 2018 et ensuite à Paris.

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"Par l’art, on arrive à attirer les jeunes vers une passion", affirme Ilham Mirnezami. Et d'ajouter : "Il peut leur faire prendre conscience du rôle qu’ils ont à jouer dans leur pays en tant que messagers de paix. C’est à travers les générations futures qu’on bâtira ce message de paix de manière durable dans un pays en guerre en partie à cause des différences d’ethnies."

Un projet quinquennal

Le festival n’est donc qu’une facette d’un projet de cinq années, inscrit dans le cadre d'un partenariat avec le ministère malien de la Culture. Objectif: transmettre l'art de vivre dans la paix, en permettant aux artistes de continuer, tout au long de la période du projet, à assurer leurs formations auprès d’enseignants locaux afin d’atteindre un plus grand nombre de jeunes dans le pays.

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La ministre malienne de la culture, N'Diaye Ramatoulaye Diallo, saluant les jeunes maliens pendant le festival Équations Nomades.

"Depuis la crise, les écoles ont été fermées dans certaines régions du nord depuis cinq ans. Quelques unes commencent à rouvrir, mais leurs programmes n’incluent pas d’activités culturelles", regrette Marie Doussou Sangaré, chargée de production de l’UNESCO au festival "Équations Nomades". "Les régions restent donc très renfermées sur elles-mêmes et les communautés se mélangent très peu. La culture vient donc pour les fédérer", estime-t-elle. L’UNESCO accompagne le projet "Équations Nomades" dans le cadre de son programme de réhabilitation du patrimoine au Mali mis en place il y a quatre ans.

Le projet est né d’une collaboration avec plusieurs autres partenaires tels que l’UNICEF, l’ONU FEMMES, le Fonds malien d'appui à la formation professionnelle et à l'apprentissage (FAFPA) et l’Institut français du Mali.

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