Les méthodes mafieuses des Saoudiens avec le Premier ministre libanais Saad Hariri (révélées par le NYT)

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SAAD HARIRI
Saad al-Hariri, who suspended his decision to resign as prime minister, gestures to his supporters at his home in Beirut, Lebanon November 22, 2017. REUTERS/Jamal Saidi | Jamal Saidi / Reuters
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Avant l’ultime humiliation de se voir remettre le texte pré-écrit de sa démission à lire devant la télévision nationale saoudienne, Saad Hariri, le Premier ministre libanais, avait subi et allait continuer à subir une longue suite de petites et grandes humiliations infligées, sur le sol d’Arabie Saoudite, par le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman, selon une enquête du New York Times publiée hier.

Le matin du 4 novembre 2017, Saad Hariri avait été “invité” à se présenter à 8.30 du matin aux bureaux du prince héritier, il s’était habillé en jean et t-shirt parce qu’il était question, pensait-il, d’aller passer la journée en camping dans le désert en compagnie du prince héritier Ben Salman.

A son arrivée, Hariri a eu la surprise de se voir arracher ses téléphones portables et séparé de son groupe habituel de gardes corps à l’exception d’un seul, pour être ensuite poussé et insulté par des officiers de la sécurité saoudiens qui lui ont intimé l’ordre de lire le contenu de “sa” lettre de démission au peuple libanais via la télévision saoudienne dans une pièce à quelques portes des bureaux de Mohammed Ben Salman.

Deux journalistes du New York Times Anne Barnard et Maria Abi-Habib ont tenté de retracer le fil des événements qui se sont déroulés en novembre dernier lorsque le Premier ministre libanais Saad Hariri avait surpris et choqué son pays et le monde en annonçant, le 4 novembre, de manière impromptue sa démission à travers la télévision nationale saoudienne.

L’enquête se base sur des entretiens que Barnard et Abi-Habib ont eus avec des proches de Saad Hariri, avec des responsables politiques libanais, arabes et occidentaux “qui ont requis l’anonymat afin de parler librement” de ce qu’ils savent, tant est énorme, écrivent les journalistes, “la pression pour garder au secret” ce qui s’est passé avant et après la démission forcée du Premier ministre libanais.

Contacté à maintes reprises, Saad Hariri a, à chaque fois, décliné de répondre aux journalistes du NYT. Rappelons qu’après son retour au Liban, le Premier ministre libanais avait annoncé qu’il revenait sur sa démission, qu’il avait “agi librement” et qu’il voulait “oublier” l’épisode de ce qui s’était passé à Riyad.

Selon l’article du NYT, les Saoudiens pensaient qu’ils allaient déclencher de nouveaux troubles sérieux au Liban, si ce n’est le début d’une nouvelle guerre civile, en contraignant le Premier ministre libanais à démissionner. Ils avaient d’ailleurs appelé leurs citoyens à quitter le Liban quelques jours après avoir mis Saad Hariri en “résidence surveillée dans une aile de l’une de ses propriétés à Riyad” après l’annonce forcée de sa démission.

Le prince héritier saoudien qui mène une guerre effroyable contre son voisin le Yémen et qui s’est retrouvé empêtré dans ce que le NYT appelle "le Vietnam saoudien” attendait de Saad Hariri - qui est aussi citoyen et homme d’affaires saoudien - qu’il mette à l’index le Hezbollah au Liban et parvienne à le forcer à “faire retirer les hommes du Hezbollah qui combattent au Yémen”. Les auteurs de l’article du NYT s’étonnent d’ailleurs de savoir le prince héritier “si peu informé de la réalité sur le champ de bataille au Yémen”, où les combattants du Hezbollah ne seraient pas plus d’une cinquantaine d’hommes.

Toujours selon cet article très dense et très bien informé, les Saoudiens souhaitaient tordre la main aux hommes politiques musulmans sunnites libanais pour qu’ils créent “une milice djihadiste dans les camps de réfugiés palestiniens”, un daech de cru libanais en quelque sorte, pour contrecarrer le Hezbollah, une perspective qui horrifia y compris les “djihadistes libanais”.

Dans leur folle obsession de contre-carrer par tous les moyens l’influence de l’Iran, les Saoudiens ont été courroucés de voir que leurs plans pour le Liban ne se concrétisaient pas par des hommes politiques qu’ils semblent considérer comme “leurs simples employés”.

En effet, écrit le NYT, le 3 novembre 2017, Saad Hariri rencontrait un haut responsable iranien Ali Akbar Velayati qui avait ensuite publiquement loué la bonne coopération entre l’Iran et le Liban. Dans les heures qui ont suivi, Hariri reçut un message du roi saoudien en personne lui intimant: “Viens maintenant!” à peine quelques jours avant une réunion qui devait avoir lieu entre le Premier ministre libanais et le prince héritier saoudien.

Hariri était convoqué à aller passer une journée de camping dans le désert avec Mohammed Ben Salman, écrit le NYT, mais lorsqu’il a atterri à Riyad, des officiels saoudiens l’ont conduit à sa maison et lui ont intimé l’ordre d’attendre que le prince vienne le voir. Hariri a attendu de 18h jusqu’à une heure du matin, sans que personne ne vienne. Le lendemain, il est convoqué à 8h30 aux bureaux du prince héritier où il est forcé par des officiers saoudiens à lire une lettre de démission qu’il n’a pas écrite.

“Des officiels libanais décrivent les longues heures entre le moment où Hariri est arrivé et le moment où il lit sa lettre de démission comme une ‘boite noire’, même eux étaient réticents à le questionner sur le détail de ce qui est arrivé. Lorsque l’un d’entre eux a fini par demander, Saad Hariri a seulement répondu en baissant le regard sur la table et en disant que c’était pire que ce qu’ils pouvaient deviner”, écrit le New York Times.

Mais au Liban, au lieu des manifestations et des troubles qui étaient attendus par les Saoudiens à la suite de l’annonce de la démission de Hariri (qui mettait en cause le Hezbollah et informait que sa vie était en danger), c’est la suspicion qui s’est installée.

Dans les heures qui ont suivi, ajoute le NYT, le président libanais Michel Aoun et des dizaines d’officiels et hommes politiques libanais ont assiégé les diplomates occidentaux, incrédules, de leurs inquiétudes pour leur premier ministre “détenu par les Saoudiens”.

Les méthodes maffieuses de la “nouvelle diplomatie saoudienne” sous l’égide du prince héritier Mohammed Ben Salman ont, selon le NYT, choqué dans de nombreuses chancelleries occidentales et jusque dans le Département d’Etat de Donald Trump, c’est dire.

Elles semblent aussi contreproductives, relève encore le quotidien new-yorkais, Saad Hariri n’a jamais été aussi populaire au Liban, le Hezbollah renforcé et les Houthis yéménites ont lancé un deuxième missile contre Riyad mardi dernier.

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