Victoire amère en Catalogne, les indépendantistes l'emportent mais ne sont pas vraiment plus avancés

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Carles Puigdemont, the dismissed President of Catalonia, arrives to speak after watching the results of Catalonia's regional election in Brussels, Belgium, December 21, 2017. REUTERS/Francois Lenoir | Francois Lenoir / Reuters
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CATALOGNE - L'enjeu était majeur pour l'un comme pour l'autre. Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy espérait montrer par les urnes que la tentative de sécession d'octobre avait affaibli les indépendantistes et voulait les obliger à retrouver le chemin de la légalité. Carles Puigdemont, en tête des indépendantistes, entendait bien prouver que leurs idées sont encore celles de la majorité des 7,5 millions d'habitants de la région.

Les résultats des élections en Catalogne ce jeudi 21 décembre ont bien donné l'avantage à ces derniers, mais ne leur offrent pas pour autant une victoire massive qui ouvrirait un chemin clair à l'avenir du mouvement et de la région.

Le camp de l'unité, toujours majoritaire

Les Catalans, qui ont battu avec près de 82% de votants le record historique de participation dans la région, ont accordé jeudi près de 52% des suffrages aux partis défendant l'unité de l'Espagne et 47,6% des voix aux indépendantistes.

Avec plus de 25% des voix et 37 députés au parlement, c'est la formation d'Inès Arrimadas, chef de file de Ciudadanos, qui arrive en tête. Elle a recueilli les fruits de son opposition résolue au processus indépendantiste dans la province et devient donc le premier parti de la région.

"La majorité sociale désire l'union avec l'Espagne et l'Europe", a-t-elle lancé jeudi soir, tout sourire, dans son discours de victoire: "les partis nationalistes ne pourront plus jamais prétendre parler au nom de toute la Catalogne". Dans le même camp de l'unité, Rajoy est resté silencieux jeudi soir, et pour cause: il a vu son Parti populaire laminé en perdant 8 des 11 sièges qu'il possédait au parlement. Le vice-secrétaire du parti Pablo Casado s'est borné à constater que les non indépendantistes restaient plus nombreux et que le parlement régional, "lamentablement, sera difficile à gouverner".

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En tête dans le vote populaire, Inès Arrimadas ne dirigera pourtant pas. La loi électorale catalane prévoit en effet un système de pondération des voix qui avantage les provinces rurales, où les indépendantistes sont très implantés. Un découpage qui a permis aux indépendantiste de remporter la majorité absolue au parlement régional avec seulement 47,6% des voix.

Une coalition?

Les trois partis indépendantistes ont ainsi obtenu une victoire technique et non populaire ce jeudi en décrochant 70 élus sur 135. C'est deux de moins qu'en 2015, époque à laquelle ils détenaient déjà la majorité, ce qui semble montrer que le mouvement a atteint un plafond malgré l'énorme élan dont il a bénéficié à l'automne.

"On est contents parce qu'on a la majorité", se réjouit auprès de l'AFP une retraitée de 57 ans. Mais, craint-elle, "ça ne va rien changer!" car "on est là où on était avant" le référendum, suivi par les destitution fin octobre des autorités sécessionnistes par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy.

Au sein des sécessionnistes, les Catalans ont placé en tête, avec 34 sièges, la liste "Ensemble pour la Catalogne" de Carles Puigdemont, l'adversaire numéro un de Rajoy. Pour gouverner les indépendantistes devront donc former une coalition avec le reste de leur camp, et ce n'est pas gagné.

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D'après Montserrat Domínguez, directrice éditoriale de la version espagnole du HuffPost, les partis indépendantistes pourraient pâtir de leurs divisions et de leur programme trop flou. Le fait qu'"Ensemble pour la Catalogne" de Puigdemont et la gauche républicaine de Catalogne aient choisi de faire campagne séparément -contrairement à 2015- a notamment "révélé les tensions existantes entre les anciens partenaires", note notre confrère du HuffPost Espagne.

Président exilé, vice-président en prison

Même si les indépendantistes arrivent à s'entendre pour gouverner, quels seront les membres du cabinet régional? Puigdemont est inculpé pour "rébellion" et "sédition" et s'il quitte Bruxelles pour rentrer en Espagne, il sera arrêté. Le chef du deuxième parti indépendantiste, Oriol Junqueras, lui aussi poursuivi, et déjà en prison.

Puigdemont avait déclaré le 12 décembre qu'il reviendrait en Espagne s'il pouvait être investi président. Rien ne s'oppose en principe à ce qu'un dirigeant politique poursuivi soit investi, puisqu'il n'est pas condamné. Mais encore faut-il qu'il reste libre.

Et dans son entourage, on laissait entendre, avant le scrutin, qu'il faudrait "qu'on lui permette de rentrer", autrement dit qu'il n'y ait pas d'arrestation à la clef. Il "pourra alors commencer une négociation". Vendredi matin, Puigdemont devrait en dire plus lors d'une conférence de presse prévue vers 11h à Bruxelles, mais il sait déjà qu'il ne devra pas compter sur l'aide de l'UE qui a prévenu jeudi qu'elle ne changerait pas d'avis sur le dossier malgré les résultats.

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