#Masaktinch: Une campagne pour la liberté d'expression numérique

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Yusuf Sarlar
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INTERNET- Un hashtag et beaucoup d’ambitions. À Oujda, c’est demain, samedi 23 décembre, qu’une campagne nationale inédite sera lancée pour la liberté d’expression numérique au Maroc. Baptisée #Masaktinch, (On ne va pas se taire, ndlr), cette initiative compte mobiliser jeunes, députés, associations, youtubeurs, blogueurs et militants des droits de l’homme sur le droit à la liberté d’expression par toutes les voies numériques, et tout particulièrement les réseaux sociaux.

"Cette campagne s’intéressera à toutes les facettes de l’expression numérique en tant que droit de l’homme, que législation et que pratique citoyenne", déclare au HuffPost Maroc Chakib Sbaibi, membre du comité scientifique de l’association "Pionniers du changement" qui parraine la campagne avec d’autres partenaires.

Le coup d’envoi officiel de #Masaktinch se fera dans un cadre scientifique, celui d’un colloque qui se tiendra demain à 15h à l’Ecole supérieure de management, télécommunication et d'informatique (SupMTI), un des partenaires de la campagne. Le débat verra la participation de spécialistes dans les médias et du militant Mohamed El Aouni, président de l’Organisation pour les libertés de l’information et de l’expression (OLIE). "Nous avons adhéré à cette campagne parce qu’elle donne l’occasion de sensibiliser sur la communication numérique dont le principe premier est la liberté. Il faut savoir utiliser les voies de cette communication en respectant cette liberté", explique au HuffPost Maroc Mohamed El Aouni. Et de souligner que la multiplicité des moyens d’expression par la voie du net, y compris les réseaux sociaux, devient un phénomène d’envergure, puisque les utilisateurs d’Internet au Maroc dépassent désormais les 22,5 millions, selon un rapport de l’ANRT.

Face à cette croissance, l’expression en ligne n’échappe pas aux violations et aux poursuites judiciaires. "Plusieurs affaires qui se retrouvent aux mains de la justice concernent des utilisateurs de Facebook. Toute publication peut représenter un risque de poursuite pour son auteur. Il y a eu des interpellations à Témara et à Skhirat récemment, sans oublier les militants du Hirak du Rif ou encore les jeunes du PJD qui avaient passés plusieurs mois en prison pour les mêmes raisons", rappelle ce militant. Et d’estimer que l’expression numérique surtout sur Facebook est soumise à des lignes rouges dont les utilisateurs n’ont pas toujours conscience.

La liberté d’expression suscite désormais des questions au sein des associations opérant dans le domaine. Et la campagne veut y apporter quelques réponses à travers des actions régulières et diverses devant aboutir à l’élaboration un plan d’action. La campagne devra s’acheminer vers un plaidoyer auprès des députés pour prendre la forme d’une proposition de loi.

En attendant, le point névralgique de la campagne est prévu lundi 25 décembre. "Nous allons lancer une page Facebook #Masaktinch qui servira de noyau central à la campagne. Des podcasts et des affiches, entre autres, y seront diffusés", annonce Chakib Sbaibi. Des jeunes de tout le Maroc portant des pancartes avec le hashtag de la campagne défileront sur les podcasts vidéo pour appeler à la liberté d’expression numérique.

"Au tout début de notre projet, nous avions réfléchi uniquement à la création de cette page sur Facebook. Mais suite à plusieurs rencontres que nous avons tenues avec divers acteurs, nous avons estimé que le sujet méritait bien plus, d’autant que nos partenaires sont convaincus par la cause", précise Chakib Sbaibi.

En plus d’OLIE et de l’école SupMTI, l’Université Mohammed premier d’Oujda a également rejoint la campagne. Ainsi, des rencontres scientifiques se tiendront en parallèle de la campagne pour faire la lumière sur l’art et la manière de communiquer en langue numérique. L’université compte créer un espace de débat sur la liberté d'expression en ligne au Maroc et mener des campagnes de sensibilisation en soutien à l’action associative.

"Nous voulons que cette campagne suscite la réflexion au-delà du périmètre de l’utilisation d’un moyen d’expression numérique. Lorsqu’on est dans un café, par exemple, et que des caméras vous filment, comment peut-on revendiquer la protection de notre vie privée? C’est l’une des questions qu’un citoyen peut se poser et qui mérite un débat", estime Chakib Sbaibi.

Une prise de conscience collective, la campagne veut en être un déclic. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre de projets associatifs nourris du même esprit, notamment celui de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH). Cette dernière, soutenue par ses partenaires et financée par le Fond des Nations Unies pour la Démocratie (FNUD), avait élaboré en juillet dernier une proposition de loi et une plateforme dans le cadre du programme Octets sans frontières (OSF) pour la défense, la protection et la promotion de l’espace numérique.

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