La sécurité alimentaire en Tunisie est menacée, selon l'Institut Tunisien des Études Stratégiques

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La Tunisie est appelée à mettre en place une nouvelle stratégie de sécurité alimentaire qui devrait répondre aux attentes des agriculteurs, des consommateurs, mais aussi de l’ensemble des citoyens en instaurant de nouveaux rapports entre les villes et la campagne, les régions de l’intérieur et du Sud et celles du littoral et du Nord, recommandent les auteurs de la revue stratégique sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Tunisie réalisée par l’Institut Tunisien des Études Stratégiques (ITES), en collaboration avec le programme Alimentaire mondial (PAM).

Tout en reconnaissant que durant les deux dernières décennies, l'agriculture tunisienne a réalisé d’importants progrès (autosuffisance dans certains produits comme le lait, viandes, fruits et légumes et l’accès à des marchés externes grâce à des produits d’un bon rapport qualité/prix), l’étude estime que cette stratégie doit répondre à plusieurs défis auxquels le pays doit faire face, notamment, la faiblesse des rendements.

L’étude, présentée, mercredi par Karim Ben Kahla, expert de l’ITES, révèle que cette faiblesse est particulièrement importante pour les céréales pour lesquelles la Tunisie est mondialement classée 120 (sur un total de 191 pays) en matière de rendement des cultures. Le faible rendement des céréales est lié aux problèmes d’irrigation, de qualité des terres et des intrants, souligne encore les auteurs de la revue.

S’agissant des risques, l’étude évoque la qualité des sols et la chute de la fertilité des terres. "Aujourd’hui, 46 % des cultures sont réalisées sur des terres à fertilité limitée ou très faible, et près de 1 100 000 ha sont cultivées sur des terres sensibles à l’érosion", révèle l’étude, ajoutant que la dégradation de la qualité des sols est liée à l’érosion et aux mauvaises pratiques agricoles dont notamment le recours (indirectement encouragé par les primes de l’État) à la monoculture céréalière.

Elle recommande dans ce cadre une refonte du système de vulgarisation agricole, l’actualisation du répertoire des terres agricoles, la revalorisation des techniques ancestrales (le bio) et le retour vers les systèmes de production sains et traditionnels.

L’étude a en outre pointé du doigt le gaspillage alimentaire qui reste un grave problème. Le principal produit gaspillé par les tunisiens est le pain, révèle l’étude précisant que 16% du pain acheté fini dans les poubelles, suivi par les produits à base de céréales (10%), les légumes (6,5%), les fruits (4%), le lait et ses dérivés (2,3%) et les viandes (2%). Dans la grande distribution, le gaspillage alimentaire atteint 2,8 millions de dinars (source INS) et en moyenne 17 dinars par personne et par mois dans les ménages, souligne le document.

Dans ce contexte, le HuffPost Tunisie avait illustré dans une vidéo, le gaspillage alimentaire chez les Tunisiens. La vidéo (ci-dessous) était basée sur des chiffres parus dans une étude publiée en juillet 2017.


"Le principal défi durant les prochaines années, sera l’accès physique et économique aux aliments", soulignent les experts de l’ITES, expliquant que le ralentissement de la croissance conjugué à la faiblesse du P.I.B par habitant, se répercute sur la capacité des plus démunis à réduire leurs dépenses relatives à l’alimentation voire à l’éducation.

La revue recommande le renforcement de l’efficacité du dispositif de protection sociale qui constitue un solide investissement dans le capital humain et un moyen efficace d’inclusion sociale, ainsi que la mise en œuvre d’un socle national de protection sociale contenant les garanties élémentaires de sécurité sociale. Concrètement, il s’agit d’améliorer le ciblage pour atteindre les familles les plus démunies et les faire bénéficier de l’alimentation scolaire, la généralisation du programme des cantines scolaires à toutes les écoles primaires et l’instauration d’une nouvelle forme de gestion participative des établissements primaires.

Il s’agit en outre d’établir des liens avec les groupes d’agriculteurs locaux, notamment à travers les organisations communautaires de femmes rurales, et les cantines pour promouvoir l’utilisation des denrées produits localement et favoriser le développement local, précisent encore les auteurs de l’étude.

De son côté, le président de l'ITES, Néji Jalloul, a déclaré que le taux de Tunisiens atteints de diabète pourraient atteindre les 27% en 2027 (près de 18% actuellement), en plus des nouveaux problème d'obésité qui apparaissent chez les Tunisiens, ainsi que des problèmes d'anémie.

Quant à la situation de l'agriculture tunisienne, Néji Jalloul a présenté en chiffres les difficultés auxquelles fait face la Tunisie dans le secteur agricole et les ressources naturelles dont il est tributaire.

"Nous sommes classés 50e sur 190 pays en matière de pourcentage en terres fertiles. Ainsi, plus de 18% des terres en Tunisie sont des terres fertiles, ce qui dépasse la moyenne mondiale qui est de 13%, et fait que la Tunisie détient un potentiel agricole énorme" a-t-il déclaré, ajoutant que la Tunisie se classe toutefois 9e parmi les pays qui souffrent le plus de stress hydrique, ce qui représente un danger pour le rendement agricole.

Selon Jalloul, la Tunisie pourrait perdre, d'ici 2050, près de 50% de ses terres fertiles, et ce à cause de la désertification. Ce phénomène naturel serait dû à l'érosion et au réchauffement climatique.

S'ajoutent à cela, les menaces planant sur la faune, qui pourrait se voir réduite de 80% à cause de l'utilisation excessive de pesticides, et les maladies venant de l'extérieur du pays. 80% des nappes phréatiques profondes sont aussi menacées de disparition, selon Néji Jalloul.

"Ces menaces nous poussent à nous orienter vers l'exploitation du désert et des richesses marines" a-t-il ajouté.

Néji Jalloul a conclu en soulignant la nécessité de mettre en place une stratégie préventive pour pouvoir faire face aux changements climatiques qui menacent l'agriculture du pays. Il a d'ailleurs mis en cause un problème de gouvernance au niveau des ressources naturelles, de conditionnement, de transport, et de distribution.

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