L'entrepreneuriat citoyen au coeur d'une conférence internationale à Essaouira en 2018

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Overhead view of young entrepreneurs working in their start-up home office. They are coding on laptops. | vgajic via Getty Images
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ÉCONOMIE - C'est une conférence internationale dédiée à l'entrepreneuriat citoyen que s'apprête à accueillir d'ici quelques mois la ville d'Essaouira. Au programme de cette conférence organisée les 23 et 24 mars prochain par le "think and do tank" international Thinkers & Doers, des séances plénières, des sessions stimulant l'échange et l'inspiration, des réunions d'affaires et des ateliers de travail, afin de décortiquer l'apport de ces leaders d'un nouveau genre qui "mobilisent leurs collaborateurs autour d’une cause, génèrent des comportements responsables chez leurs clients, et impulsent de bonnes pratiques chez leurs partenaires", éclaire un communiqué des organisateurs.

Organisé en partenariat avec la French Tech et l’Association Essaouira Mogador, l'événement, placé sous le haut patronage du roi Mohammed VI et du président français Emmanuel Macron, devrait bénéficier d'importants échanges entre les entrepreneurs marocains et français. "La volonté de renforcer encore les liens entre nos deux pays a été signifiée dès l’arrivée d’Emmanuel Macron en mai dernier. Depuis, de nombreux forums, conférences économiques ont eu lieu pour agir concrètement sur les projets de collaboration", explique Amandine Lepoutre présidente de Thinkers & Doers, qui voit dans ce double patronage "l’engagement des deux pays dans une dynamique de changement mondial". "Les États Généraux de l’entrepreneuriat citoyen permettront de réfléchir et de poser un cadre pour accélérer encore ce mouvement. Et, je l’espère, de renforcer les dynamiques de collaboration entre les pays", poursuit-elle.

Initialement prévu ce mois de décembre, le rendez-vous a été décalé au mois de mars pour des raisons logistiques. Un report qui permettra aux organisateurs de faire coïncider ce rendez-vous avec l’inauguration de la Maison de la Mémoire à Essaouira. "L’ouverture de ce lieu de dialogue entre les cultures, de tolérance et de recherche accueillera aussi une partie de nos groupes de travail", précise Amandine Lepoutre. Dans cet entretien accordé au HuffPost Maroc, la présidente de Thinkers & Doers revient sur l'ampleur prise aujourd'hui par ce phénomène économique et social, sur l'importance de la réflexion à mener pour le renforcer, notamment par la mise en oeuvre de solutions concrètes proposées à l'issue de la conférence de mars prochain.

HuffPost Maroc: Pourquoi le choix du Maroc pour accueillir Les États généraux de l’entrepreneuriat citoyen?

Amandine Lepoutre: Nous avons créé un cycle de conférence, qui a démarré en décembre l’année dernière en Tunisie, sur le thème "Follow the Leaders". Au fur et à mesure de ce cycle, nous avons rencontré, à Tunis, puis à Londres, à Dubai, à Lisbonne, à Abu Dhabi, à Paris, des entrepreneurs d’un genre particulier: nous les avons appelés les entrepreneurs citoyens. Véritables acteurs économiques, ils engagent leur business pour répondre à des enjeux sociétaux majeurs: dynamisation du marché de l’emploi, gestion des déchets, recherche et développement en matière d’énergies, éducation… Ils sont ceux qui sont en train de changer le monde, de faire basculer les systèmes plus anciens, les grandes industries, les grosses entreprises… et de questionner le rôle des institutions, des pouvoirs publics.

Les États Généraux de l’entrepreneuriat citoyen sont un temps fort de ce cycle, que nous avons imaginé, pour faire le point sur ce phénomène international: la dynamique créée par les entrepreneurs citoyens. Le choix du Maroc est apparu logiquement pour organiser ce temps de réflexion. Véritable porte d’entrée entre l’Afrique et l’Europe, le royaume est également très engagé sur ces questions de renouveau et prend des engagements très forts au niveau national et international. La ville d’Essaouira qui accueillera les 100 leaders internationaux qui travailleront ensemble pendant les 2 jours, symbolise également ce nécessaire dialogue entre les cultures et l’ouverture.

Qu'est-ce qui différencie un entrepreneur citoyen d'un entrepreneur "classique"?

L’entrepreneurs citoyen a la particularité d’allier business et impact sociétal, profit et utilité publique. Il est motivé par l’envie de créer et de développer bien sûr, et aussi par l’équité, par la société dans laquelle il évolue, par l’urgence à trouver et proposer des solutions, il cherche à faire mieux, au-delà d’un résultat financier et d’un bilan positif. Le purpose, comme le disent les anglo saxons, la quête de sens est centrale dans son projet, et reste à l’origine de ses initiatives professionnelles. Aujourd’hui cette façon de faire devient majoritaire. Les grands groupes sont convaincus qu’ils ne pourront plus durer, faire de la croissance s’ils ne sont pas dans cette logique. Les entrepreneurs, de plus en plus nombreux, sont animés par la volonté de créer des business model, vertueux, sensibles, sensés.

Je crois beaucoup au potentiel des entreprises pour faire basculer le monde dans le bon sens: elles ont des capacités financières qui permettent d’investir dans l’économie du mieux, de soutenir des causes sociétales à long terme. Et surtout, elles touchent, via leurs salariés, leurs parties prenantes, un nombre impressionnant d’individus. Si elles arrivent à les engager dans ces dynamiques vertueuses, alors nous pourrons avancer plus rapidement et accélérer le déploiement de solutions, pour la planète, pour l’éducation des générations futures...

De nombreux projets intègrent aujourd'hui la variable écologique et l'amélioration du bien-être général sans être "labelisés" entrepreneuriat citoyen. Le concept ne répond-il pas à une mode passagère, appelée à s'estomper à l'instar d'autres concepts avant lui?

L’émergence de cette nouvelle génération d’entrepreneur, les entrepreneurs citoyens, est bien plus qu’un simple concept, ou un label. C’est un phénomène social, sociologique que de nombreux experts ou universitaires étudient. Des filières sont créées dans les universités sur ces sujets. À Sciences Po par exemple, une école de l’innovation est créée et centre tout son programme sur ces thématiques-là. À Harvard également, les nouvelles disciplines enseignées sont celles que l’on peut ranger dans la rubrique de l’économie du good, du mieux. C’est une réalité qui remonte du tissu économique et sociétal mondial. Ce mouvement est bien réel et est parti pour durer.

Bien que les entrepreneurs citoyens et les pouvoirs publics partagent des mêmes objectifs communs, leur collaboration demeure un défi. Comment penser la relation public-privé pour la rendre plus efficace?

Ce sera un des points sur lequel nous allons travailler pendant les États généraux. C’est un vrai sujet. Les institutions ont besoin des solutions créées par des entrepreneurs agiles, audacieux, réactifs ou par des grandes entreprises capables de porter des programmes massifs d’innovation, de R&D. Les acteurs économiques, eux, ont besoin des pouvoirs publics pour crédibiliser, encadrer ou accélérer leur démarche. Il y a donc un changement dans l’équilibre des rapports. Il faut trouver désormais des manières nouvelles de collaboration, plus propices aux partenariats publics-privés.

Selon le dernier rapport "Global Entrepreneurship Monitor", 39% de Marocains considèrent la peur de l’échec comme facteur dissuasif à la création d’une entreprise. Comment faire la promotion de l'entrepreneuriat citoyen dans un contexte où l'acte d'entreprendre est aussi difficile?

Il est évident qu’être entrepreneur est un parcours du combattant. Il y a beaucoup de conférences, de formations et de leaders économiques qui valorisent le ‘fail’ aujourd’hui. C’est hyper important de savoir échouer. Pour reconstruire. Il faut faire, plus que jamais, la pédagogie de la résilience entrepreneuriale. C’est normal et sain.

De quelle manière espérer voir se concrétiser les solutions qui seront proposées à l'issue de l'événement?

Tout d’abord, les propositions faites durant les séances de travail feront l’objet d’un rapport, qui se veut être un mode d’emploi. Ce sera très pragmatique et concret. Et ce, en utilisant toute la palette des outils digitaux, en open source, pour la mise en action et la duplication des règles du "jeu": méthodologies pour investir, business plan type, conditions d’accueil, principes de marketing et de communication ou encore animation de communautés par exemple. Un module de sondage en ligne sera également mis en place et permettra de suivre et d’interagir avec certains entrepreneurs citoyens, témoins et relais des propositions retenues pendant cet événement, afin de voir ce qui fonctionne et ce qui doit être amélioré, tout en proposant bien sûr de nouvelles solutions. Cela assurera une forte dynamique concrète et utile à la réflexion.

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