Les lauréates du prix littéraire du Sofitel Tour Blanche à l'honneur à Paris

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LITTÉRATURE - C'est désormais une tradition. Chaque année, les lauréates du prix littéraire Sofitel Casablanca Tour Blanche sont conviées à Paris pour présenter leurs oeuvres lors d’un café littéraire, et aller à la rencontre des lecteurs et des journalistes français.

Pour sa 5e édition, ce rendez-vous de la littérature féminine a ainsi mis en lumière Bahaa Trabelsi et Yasmine Chami, respectivement distinguées cette années pour leurs romans "La Chaise du Concierge" et "Mourir est un enchantement". Lauréates ex-aequo de l’année 2017, les deux auteures ont présenté leurs œuvres et partagé leurs convictions avec un panel de journalistes, d'amateurs de livres et d'invités du Sofitel.

Orchestré par le Sofitel en partenariat avec Air France, l’événement, qui s’est tenu au Sofitel Paris Baltimore, le 14 décembre dernier, a été l’occasion de revenir sur les profonds changements qui ont marqué la société marocaine et qui transparaissent dans les deux livres primés. D’un côté, "Mourir est un enchantement", un roman mélancolique qui remonte les aiguilles du temps au fil de photos de familles exhumées, un exercice cathartique mené par le personnage central du roman, une femme. De l’autre, "La Chaise du Concierge", un thriller glaçant qui nous transporte dans un Casablanca où sévit un serial killer fondamentaliste, qui marque ses crimes d'une citation coranique, convaincu d'être désigné par Dieu pour épurer la ville de ses mécréants. Point commun entre ces deux ouvrages? Une nostalgie marquée d’un Maroc pré-mondialisation et arrivée de l’islam wahabite.

Mourir est un enchantement de Yasmine Chami

mourir est un enchantement

Dix-huit années après son premier livre, "Cérémonie", Yasmine Chami, revient avec un nouveau chef d’œuvre teinté de nostalgie et de douce mélancolie, "Mourir est un enchantement".

Née à Casablanca en 1967, cette normalienne, anthropologue et productrice de télévision, reprend la plume pour nous parler des générations de transition qui ont vécu l’ouverture de la décolonisation, une période exaltante à laquelle succède celle où le pays se referme lors des années de plombs. Après la naissance de ses fils à New York, Yasmine décide de rentrer au Maroc pour leur transmettre un héritage, un art de vivre marocain. Elle se rend alors compte des changements qui s’y sont opérés et de l’amnésie collective qui a touché les Marocains.

Dans la grande histoire, la petite. "Mourir est un enchantement" narre ainsi l’histoire de Sara, une quadragénaire traversée par la maladie, qui choisit de se replonger dans la mémoire familiale. Au fil de photographies piochées dans un sac, sans chronologie, elle revoit sa mère Nejma, son grand-père algérien Fethi et sa grand-mère française Juliette, et ses grands-parents Fassi, Si Mohamed et Lalla Kenza. Des portraits plein de tendresse, où cultures orientales et occidentale coexistent au sons de notes d'Oum Kalthoum.

"C’est un travail sur la façon dont se construisent les mémoires individuelles et collectives. Je suis issue d’une génération qui a vu son histoire nationale et territoriale, celle des traditions et des terroirs marocains. Cette histoire a été confisquée aux générations suivantes par un pouvoir monolithique extrêmement fermé. Le rapport à la construction d’un récit qui dit l’histoire contemporaine du Maroc n’a donc pas été possible", explique Yasmine Chami. "Son histoire montre que la modernité ne suffit pas à faire évoluer la société dans ses fondamentaux", poursuit la romancière.

Un roman qui apparaît de prime abord comme une saga familiale, mais qui par extension devient celle de l’histoire d’une génération qui tente de renouer avec l’histoire authentique de son pays.

La chaise du concierge de Bahaa Trabelsi

la chaise du concierge

Trois ans après la parution de son recueil de nouvelles "Parlez-moi d’amour", auréolé du prix ivoire de la francophonie en 2014, Bahaa Trabelsi signe un nouveau roman digne d'une adaptation au grand écran. Avec "La chaise du concierge", l’écrivaine, journaliste et scénariste, revient avec l’histoire captivante d’un tueur islamiste. Un roman à trois voix où chaque personnage parle à la première personne comme pour nous donner des perspectives différentes d'une même réalité.

Connue pour son style littéraire très engagé et ses choix de thèmes sans concessions, Bahaa Trabelsi n’hésite pas à traiter de sujets rarement abordés dans la littérature marocaine tels que l’homosexualité, l’amour, les contradictions sociales, les libertés individuels…. Une plume légère pour des sujets lourds de sens.

"Aujourd’hui la société est sclérosée par quelque chose qu’elle ne maîtrise même pas et dans lequel elle est tombée. Il s’agit du fondamentalisme, de cet Islam importé", regrette Bahaa Trabelsi. "Cela ne s’est jamais vu au Maroc auparavant, mais aujourd’hui c’est la foule qui fait justice. C’est à cela que je fais référence dans mon livre. Aujourd’hui, le mal est profond, il est dans la société, il n’est pas dans le pouvoir. Elle est en train d’être gangrénée par un mal qui remet en question notre identité et l’authenticité du Maroc", explique-t-elle encore. Le mieux reste encore de se plonger dans leurs écrits. Bonne lecture!

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