Hafedh Caid Essebsi, la dérive du régime, Ben Ali: Béji Caid Essebsi se livre au journal français Le Monde

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CAID ESSEBSI
Tunisian President Beji Caid Essebsi meets the European Parliament chief on October 31, 2017 in Carthage Palace in eastern Tunis. Tajani is on 2 day official visit to Tunisia. / AFP PHOTO / FETHI BELAID (Photo credit should read FETHI BELAID/AFP/Getty Images) | FETHI BELAID via Getty Images
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Dans une interview accordée lundi au journal françaisLe Monde, le président de la République Béji Caïd Essebsi a répondu à des questions variées sur l'état des lieux du pays, 7 ans après la révolution; les menaces d'une présidentialisation et d'une dérive dynastique du régime, l'éventualité d'une deuxième révolution, l'alliance avec Ennahdha...

Le HuffPost Tunisie a sélectionné les points à retenir de cette interview:

L'IVD dans la ligne du mire de BCE

Tout en disant respecter son existence, BCE estime que l’Instance vérité et dignité (IVD) "n’a pas de quoi être fière de son rendement" et "n’a pas rempli son rôle de justice transitionnelle".

Plus globalement, pour le président de la République, le fait de travailler avec le président déchu Zine el-Abidine Ben Ali "n'est pas un crime".

"2 millions de Tunisiens travaillaient avec lui. On ne va pas les exclure. Chaque Tunisien a le droit de participer à la vie de son pays s’il n’a pas été l’objet d’une condamnation", a-t-martelé, en précisant que ces personnes se taisaient parce qu'elles avaient peur de représailles.

Un régime politique en panne?

Répondant à l'accusation d'une présidentialisation du régime, BCE avance que cette menace est infondée tant que le mandat du président de la République s'exerce dans le respect de la Constitution et est soumis au verdict populaire.

BCE estime toutefois que "les systèmes hybrides (mi-présidentielle, mi-parlementaire) ne fonctionnent jamais très bien", tout en écartant la possibilité d'une réforme imminente du régime. "Nous devons continuer à l’appliquer, car on ne change pas de Constitution tous les quatre matins. Il me reste deux ans de mandat, je n’ai pas l’intention d’entamer un processus de révision, sauf si d’autres s’y attellent", a-t-il expliqué.

À la possibilité qu'il se porte candidat à l'élection présidentielle de 2019, le président de la République rétorque: "[Rires] Quand je me suis présenté, j’avais 88 ans, et à la fin de mon mandat, j’en aurai 93. Je suis quelqu’un de sérieux. Mes obligations vont jusqu’en 2019, et l’avenir est à Dieu".

De la dérive dynastique du régime

Alors que certains évoquent les prémices d'une dérive du système avec l'influence grandissante de Hafedh Caïd Essebsi, le fils du président de la République, en tant que président de Nida Tounes-un parti fondé par son père- et ses alliances avec Ennahdha et l'Union patriotique libre (UPL) de Slim Riahi, BCE écarte la menace d'une dérive dynastique: "Il faudrait qu’il soit élu pour cela. Il n’a pas hérité le parti de moi, il a été désigné par un congrès à Sousse. Si les responsables de Nidaa Tounès ne sont pas contents de lui, ils n’ont qu’à le renvoyer", a-t-il répondu.

L'alliance avec Ennadha est-elle solide?

À quel point l'alliance entre BCE et Ennadha pourrait-être pérenne face aux initiatives du président de la République visant à instaurer une égalité intégrale entre les hommes et les femmes malgré l'opposition du parti islamiste?

"Pour le moment, Ennahda n’a rien dit, mais je ne pense pas qu’ils y verront un inconvénient majeur. La Constitution de 2014 pose les bases d’un État civil, pas religieux. Je ne reviendrai jamais sur ma promesse, car sans promotion de la femme, il ne peut pas y avoir de démocratie", a affirmé BCE.

La Tunisie en guerre sur tous les fronts

Face aux contestations sociales qui émaillent constamment le pays et l'agitation faisant craindre une possibilité d'une deuxième révolution sociale, BCE estime que "tous les ingrédients d’un malaise social sont réunis", que ces contestations sont "naturelles" mais "la dignité, c’est aussi le travail. Seulement, nous ne pouvons pas tout régler d’un coup de baguette magique", a-t-il lancé.

BCE avance qu'il n'y a pas un regain du phénomène de l'émigration en Tunisie mais que ceci s'explique par la conjoncture en Libye et en Méditerranée, assurant que la situation est maitrisée du côté tunisien.

Le président de la République assure également que la situation sécuritaire à la frontière libyenne est désormais sous contrôle.

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