Université Alger 3: un sociologue indésirable à une conférence sur les élections car "opposant au système"

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Un autre scandale à la faculté des sciences politiques de l'Université d'Alger 3 ! Le sociologue et ex-enseignant Nacer Djabi a affirmé ce jeudi 14 décembre 2017 avoir été "interdit" de la part du recteur Rabah Cheriet de participer à une conférence sur les élections, car il est "opposant au système".

Dans un post publié sur sa page Facebook, Nacer Djabi, qui devait participer ce jeudi à une conférence sur les élections, a expliqué avoir été contacté dans la soirée de mercredi par un des organisateurs pour l'informer que cet événement a été annulé. Ses interlocuteurs lui ont affirmé que le motif de cette annulation est "la situation instable actuelle que vit l'Université, dues à des grèves et des protestations de la part des étudiants".

Mais ce matin, ce sociologue apprend par le biais de plusieurs autres participants que la conférence a bel et bien eu lieu. "En fin de compte, c'est mon intervention qui a été balayée du programme de cette conférence. Les autres participants sont intervenus et présenté leurs thématiques", a-t-il affirmé

nacer djabi

Nacer Djabi a affirmé dans une déclaration au HuffPost Algérie que le recteur de cette université, Rabah Cheriet, est derrière cette décision.

"Les organisateurs étaient incapables ce matin de me donner des explications et de me dire quelles sont les raisons de mon écartement de cette journée d'étude sur la sociologie électorale en Algérie. Certains m'affirmaient que ce n'est pas une interdiction tandis que d'autres me conseillaient de laisser couler", explique-t-il.

Mais un des intervenants à cet événement a fini par lui révéler que la présentation de Nacer Djabi a été retirée sur intervention du recteur de l'Université 3.

Rabah Cheriet "se renseignait à propos du programme (de cette conférence, NDLR) avant d'ordonner, à la lecture de mon nom, à un des organisateurs ne pas vouloir de moi, "qui suis proche des thèses de l'opposition" et dont mes positions sont "hostiles au pouvoir"", poursuit-il.

Le sociologue, après avoir dénoncé une atteinte aux libertés individuelles et académiques, a dit s'interroger sur cette pratique, répétitive dans cette faculté. "Est-ce que cette interdiction est une décision unilatérale prise par ce recteur ou est-ce une politique du ministère ?", demande-t-il.

M. Djabi, exprimant son courroux contre cette attitude, a ainsi exhorté le ministère de l'Enseignement supérieur à être "clair". " Si cette interdiction s'inscrit dans une nouvelle politique adoptée par le ministère, interdisant les conférences et les manifestations politiques dans les universités, que la tutelle soient claire avec l'opinion publique et universitaire", dit-il.

"Une énième gaffe"

Dans le cas contraire, cet ex-enseignant, qui quittait en mai 2017 une université algérienne "à l'agonie, appelle à remplacer le recteur Rabah Cheriet. "Il multiplie les gaffes. L'année dernière, il censurait une thèse. Par la suite, il a fait agressé des enseignants" rappelle-t-il.

Cette affaire vient effectivement s'ajouter à une série de polémiques survenues cette année dans cette Université. Dernière en date, une énième affaire de triche dont est accusée le recteur, Rabah Cheriet au profit de deux étudiants, fils de deux responsables au ministère de l'Enseignement supérieur, au concours de doctorat au détriment des autres postulants.

Précédemment, en octobre 2016 précisément, des étudiants accusaient le rectorat d'avoir falsifié "la moyenne d'un lauréat d'un concours de doctorat en "Études européennes", la faisant passer de 9/20 à 14/20". Les autres candidats ont déclaré que le "doctorant" avait une "relation étroite" avec le président des orientations et un des membres du comité de correction, affirmant qu'il a pu "consulter les contenus des sujets avant la tenue de cet examen".

Les polémiques ont commencé à se succéder lorsque, quelques mois plus tard, en février 2017, des enseignants de la faculté des Sciences politiques ont été agressés et blessés par des jeunes, dont des étudiants, munis d'armes blanches, pendant une réunion d’installation d’un bureau du Conseil national des enseignants du supérieur (CNES).

Les enseignants ont ouvertement accusé le recteur, affirmant son implication dans cette agression. Ils ont entamé une grève pour protester contre ces "actes barbares" et déposé plainte contre les agresseurs.

En juillet 2017, un autre scandale, cette fois-ci une affaire de censure, secouait encore cette université. Une thèse de doctorat sur "Le rôle de l’élite au pouvoir dans le processus de transition démocratique en Algérie 1989-2016, jugée "subversive", a été bloquée par un doyen.

Leila Sidhoum, maître-assistante à la faculté des sciences politiques et des relations internationales de l’université d’Alger 3, avait dénoncé une censure "au mépris de la loi et de l’éthique" par un doyen, dans une lettre adressée à l’opinion publique.

La thèse analyse la situation politique en Algérie durant cette période, explique son auteure, en décortiquant les rôles de l’armée, de la présidence et des mouvements islamistes.

Suite à la soutenance le 7 juin dernier, le jury a attribué la mention très honorable à la thèse, sous réserve de supprimer quelques passages "inopportuns". Corrections faites, explique Mme. Sidhoum dans sa lettre, le président du jury a levé les réserves dans un rapport final remis au service de la post-graduation qui l’a transmis au doyen intérimaire.

"Depuis lors, les obstacles et le harcèlement provenant du Doyen intérimaire s’intensifièrent au mépris de la loi et de l’éthique", a affirmé la maître-assistante.

Le sociologue Nacer Djabi a annoncé le19 mai qu’il quittait une université algérienne à "l'agonie" à qui le régime applique le même traitement qu’aux entreprises industrielles : au lieu de les réformer, il les laisse mourir avant de les céder au dinar symbolique.

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