"L'horreur du Plein": Khadija Hamdi-Soussi orchestre une exposition "hyper minimaliste" à la galerie Selma Feriani (INTERVIEW)

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Selma Feriani Gallery
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La galerie Selma Feriani de Sidi Bou Saïd vient d'entamer une nouvelle exposition collective intitulée "L'horreur du Plein" qui se poursuivra jusqu'au 19 janvier prochain.

L'exposition présente les travaux conceptuels et épurés de 6 artistes contemporains internationaux: les artistes iraniens Ala Ebtekar, Haleh Redjaian et Timo Nasseri, la Tunisienne Farah Khelil, le plasticien allemand Peter Weber, ainsi que l'artiste palestino-saoudienne Dana Awartani.

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En exposant ainsi une majorité d'artistes étrangers, la galerie leur offre une visibilité en Tunisie, "une tâche d’une grande ampleur" pour Khadija Hamdi-Soussi commissaire de l'exposition.

Khadija Hamdi-Soussi est tunisienne, docteure en histoire de l’art islamique, elle travaille actuellement à Barcelone en tant que "curator" indépendante et conseillère en art (Art adviser).

Elle dévoile au HuffPost Tunisie les grandes lignes de cette exposition inédite.

HuffPost Tunisie: De quoi traite cette exposition?

Khadija Hamdi-Soussi: J’ai eu carte blanche pour cette exposition ce qui m’a permis de choisir un thème en lien avec mes recherches en histoire de l’art islamique, en invitant des artistes internationaux et tunisiens autour du sujet du vide.

L’exposition traite donc d’un lien que j’ai constaté tout au long de mes recherches entre l'esthétique de l’art islamique et celle de l’art concret, qui est un mouvement de l’art contemporain avancé par le peintre et sculpteur néerlandais Theo Van Doesbourg et qui est basé sur la ligne pure, la surface et la couleur.

L’art concret est un mouvement très en vogue en Allemagne, et c’est en visitant certaines galeries et musées en Allemagne, où j’ai résidé pendant deux ans, que j’ai fait le lien avec l’art islamique.

Qu'a-t-elle de particulier par rapport aux précédentes?

Je dirais peut-être le côté hyper minimaliste et conceptuel des œuvres, même si la galerie qui accueille l’exposition a déjà montré des œuvres conceptuelles, mais ça reste une esthétique encore fraiche pour certains collectionneurs.

L'exposition est intitulée "L'horreur du plein", doit-on y voir une opposition à l'aphorisme d'Aristote évoquant une "horreur du vide" ou simplement une mise à l'honneur d'une approche minimaliste?

Plutôt une mise à l'honneur de l'approche minimaliste. C’est d’ailleurs toute la démarche de l’exposition, qui va du choix des artistes jusqu'à l’accrochage même des œuvres.

Par contre je ne me suis pas référée à l'aphorisme d’Aristote mais à l’esthétique de l’art islamique. Je suis docteure en art islamique de l’Université de la Sorbonne et j’ai consacré plusieurs années à l’étude de l'ornement islamique, qui est basé sur la géométrie, les mathématiques et la symétrie.

En approfondissant mes recherches dans ce sens, j'ai constaté qu'avant l'étape de remplissage total d’une œuvre, l’artiste procède d’abord à un traçage de formes pures, de lignes droites et obliques qui renvoient complètement à l’art concret et qui a d'ailleurs inspiré beaucoup d'artistes comme François Morellet, Mehdi Moutashar, Frantisek Kupka.

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Vous présentez 6 artistes venus de différents horizons, 6 démarches artistiques, comment s'est effectué ce choix?

En effet, je présente 6 artistes dont une tunisienne, 3 d’origine iraniennes, 1 saoudienne et 1 allemand.

L’artiste tunisienne Farah Khelil fait partie de ces quelques artistes tunisiens dont la démarche reste minimaliste, et le livre aveugle que je présente ici – un livre sans mots – répond exactement à la thématique de l’horreur du plein, c’est à dire absence de mots, d’ornements de couleurs. L’œuvre n’est plus un livre à feuilleter mais un objet de contemplation.

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Les artistes iraniens Timo Nasseri, Haley Radjaian et Ala Ebtekbar ont en commun dans leurs démarches artistiques, l’inspiration de l’esthétique islamique, qu’ils vident de tous détails jusqu'à aboutir à des lignes pures, comme on peut le constater dans les manuscrits découpés et évidés d'Ala Ebtikar qui sont des manuscrits du "Divan" de poètes soufis comme Hafez.

L’artiste Haley s'inspire beaucoup des tapis iraniens et Timo des "mukarnas", élément architectural typique d’Iran mais qu’on peut aussi retrouver ailleurs.

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Le choix porté sur Dana Awartani, artiste saoudienne, est pour rappeler le point de départ de l’exposition, à savoir les ornements islamiques, c’est la seule œuvre de l’exposition où ces ornements restent encore visibles.

Enfin, le point final auquel je voulais aboutir à travers cette exposition, c’est l’art concret, j'ai alors choisi un artiste allemand qui s’inscrit totalement dans ce mouvement: Peter Weber.

D'ailleurs la scénographie est également réfléchie dans ce sens: d'abord, elle dévoile un aspect de l'art islamique à travers l'œuvre de Dana Awartani, puis des œuvres inspirées de l'art islamique mais d'un point de vue épuré et minimaliste et ce à travers les œuvres de Timo, Haley et Ala, puis, et pour aller plus loin dans l'aspect minimaliste on tombe sur le livre aveugle de Farah Khelil et enfin la dernière salle de l'exposition est consacrée uniquement à Peter Weber pour mettre en exergue le point final à savoir l'art concret.

Les artistes ne se connaissent pas, ne vivent pas dans la même ville, ne sont pas de même origines, mais l’exposition et le choix des œuvres ont fait en sorte que les œuvres sortent du même atelier.

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Quelle(s) réaction espérez-vous susciter chez le public tunisien à travers cette exposition?

Le travail d’un "curator" est de créer, à travers une exposition, un bout d’histoire ou de l’histoire de l'art et le public tunisien est de plus en plus sensible à cette démarche.

Ceux qui visitent ce genre d’exposition aiment retrouver ce fragment d'histoire ou d’histoire de l’art. J’espère susciter encore plus d’intérêt à l’art contemporain en général et à l’art minimaliste et conceptuel en particulier. Je salue les efforts des artistes, des galeristes et des curators, en Tunisie qui travaillent aussi dans ce sens.

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