Béji Caid Essebsi revient sur l'actualité dans une interview exclusive sur France 24

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BEJI CAID ESSEBSI
Tunisian President Beji Caid Essebsi meets the European Parliament chief on October 31, 2017 in Carthage Palace in eastern Tunis. Tajani is on 2 day official visit to Tunisia. / AFP PHOTO / FETHI BELAID (Photo credit should read FETHI BELAID/AFP/Getty Images) | FETHI BELAID /AFP /Getty Images
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Le président de la République Béji Caïd Essebsi a a accordé jeudi une interview exclusive à l'édition en langue arabe de la chaîne de télévision française, France 24 au cours de laquelle il est revenu sur plusieurs sujet d'actualités.

Emmanuel Macron bientôt en visite en Tunisie

Béji Caid Essebsi a souligné les relations exceptionnelles qu'entretiennent la Tunisie et la France, dans tous les domaines.

"Ce sera une occasion pour nous d'avancer dans notre coopération, et ce sur plusieurs points, comme la culture, l'économie, ou encore la lutte contre le terrorisme" a-t-il déclaré.

Le Chef de l'État Béji Caïd Essebsi s'était récemment rendu à Paris pour prendre part aux travaux du sommet sur le climat "One Planet Summit". À cette occasion, le président français Emmanuel Macron avait annoncé qu'il se rendra en Tunisie pour une visite d'État les 1er et 2 février en Tunisie sur invitation de Béji Caïd Essebsi. Une visite qui permettra "d'intensifier" la coopération entre les deux pays, notamment en matière de lutte antiterroriste. Il a, d'ailleurs, évoqué la signature d'un accord-cadre en la matière.

La Tunisie dans la liste des paradis fiscaux

"Il faut que l'UE revienne sur cette décision, car c'est injuste" a indiqué Béji Caid Essebsi ajoutant que "notre pays n'a jamais été un terrain pour le blanchiment d'argent. Cela ne reflète en rien la réalité et cette injustice doit absolument prendre fin".

Selon lui, cette décision a "sali l'image de la Tunisie dans le monde" mais devrait être corrigée "d'ici janvier prochain".

Interrogé par le journaliste sur le lien entre cette décision et le fait que la Tunisie donne des avantages fiscaux aux entreprises exportatrices basées en Tunisie, le président de la République a indiqué qu'au vu de la situation économique et du déficit commercial, le gouvernement a été obligé d'accorder des avantages fiscaux aux entreprises exportatrices; "et il a eu raison de le faire" a ajouté Béji Caid Essebsi.

"L'administration de l'Union Européenne a eu peur que cet encouragement aux entreprises exportatrices impacte leurs entreprises et leurs donnent envie de venir s'installer en Tunisie, cela n'est pas le cas et c'est un argument sans fondements" s'est-il défendu.

Le 05 décembre dernier, l'Union Européenne a classé la Tunisie dans une liste noire de 17 paradis fiscaux.

Une décision qui a laissé perplexe de nombreux observateurs et qui fait monter au créneau le ministre des Affaires étrangères Khemaies Jhinaoui qui a appelé à retirer la Tunisie de cette liste dans les plus brefs délais.

De son côté, le représentant de l'U.E en Tunisie Patrice Bergamini s'est engagé à ce que la Tunisie soit retirée de cette liste dès janvier 2018.

La décision de Donald Trump de reconnaitre Jérusalem

Revenant sur la décision du président américain de reconnaitre Jérusalem comme capitale d'Israël, Béji Caid Essebsi a indiqué que l'alternative proposée par tous les pays arabes "de reconnaitre Al Qods-est comme capitale de la Palestine" comme la meilleure solution.

Le 06 décembre dernier, le président américain Donald Trump a reconnu officiellement Jérusalem comme capitale d'Israël rompant avec le positionnement de la communauté internationale, -qui n'a jamais reconnu la ville comme capitale d'Israël ni l'annexion de sa partie orientale conquise en 1967- et des décennies de politique américaine.

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La situation en Libye

Alors que l'envoyé spécial des Nations Unies a appelé à l'organisation d'élections en Libye dès l'année prochaine, Béji Caid Essebsi a estimé que "cela est nécessaire mais il faut savoir que les choses sont bien plus complexes".

"Je ne pense pas que des élections auront lieu dans un avenir proche" en Libye a indiqué le président de la République justifiant son point de vue par la multiplicité des acteurs présents en Libye "qui ne sont pas en accord".

"Il y a également des forces extérieurs qui s'immiscent dans le sujet: Des forces extérieures arabes, européennes, russe ou américaine. Ce n'est pas aussi simple que cela" a rappelé Béji Caid Essebsi rejetant l'intervention de toute force étrangère en Libye et rassurant sur le fait que les choses évoluent lentement dans le bon sens: "Il faut que les libyens se mettent d'accord pour construire leur État. C'est entre leurs mains".

Après la dernière réunion tenue au Caire en novembre dernier, les représentants de l'Égypte, de la Tunisie et de l'Algérie se réuniront le 17 décembre prochain à Tunis afin de soutenir le dialogue inter-libyen.

"Chaque pays a ses spécificités"

Interrogé sur la situation en Tunisie, 7 ans après la révolution, Béji Caid Essebsi a affirmé que la Tunisie a choisi le chemin de la démocratie et que "ce modèle n'est pas exportable".

Cependant, il note des "choses positives et des choses négatives" durant ces 7 dernières années" indiquant qu'il y a "des acquis sur lesquels on ne reviendra jamais".

Parmi les difficultés relevés par BCE, "nous n'avons pas cette culture de la démocratie, c'est quelque chose de nouveau". Cependant selon lui, il faut saluer les Tunisiennes et les Tunisiens qui sont en train de "faire des sacrifices" pour la démocratie.

"L'âge n'a aucun sens"

Ayant fêté son 91eme anniversaire le mois dernier, le président de la République a été interrogé sur son âge: Est-ce un avantage ou un inconvénient?

Selon lui, "l'âge n'a aucun sens (...) L'âge ce n'est pas un état civil, c'est un état d'âme. Tant qu'on tient debout sur ses pieds et qu'on a ses facultés mentales, ça n'a pas de sens".

"Je me suis présenté à l'élection présidentielle -et je n'avais pas l'intention de me présenter- quand j'avais 88 ans; et le peuple tunisien a voté pour moi,à grande ampleur, parmi 27 candidats qui sont moins âgés que moi" a-t-il indiqué.

Quand à la possibilité de se présenter en 2019, Béji Caid Essebsi affirme qu'il n'a qu'une obligation: celui de terminer son mandat. "Je ne vais pas me présenter pour me présenter" a-t-il rétorqué ajoutant qu'il faut avoir des engagements et présenter quelque chose.

Une guerre froide entre Béji Caid Essebsi et Youssef Chahed?

Interrogé sur le rôle joué par le Conseil de sécurité national, dépeint comme un gouvernement parallèle pour contrer les ambitions de Youssef Chahed selon Moncef Marzouki, Béji Caid Essebsi a affirmé que cela n'était pas le cas: "Youssef Chahed assiste à toutes ses réunions".

Par ailleurs selon lui, "il ne peut y avoir de conflit" entre eux ajoutant que c'est lui qui a choisi Youssef Chahed comme chef du gouvernement: "C'est une personne en qui j'ai confiance, qui travaille pour le pays, mais cela n'empêche pas que chacun d'entre nous ait des défauts" a affirmé Béji Caid Essebsi ajoutant que "l'on est pas à l'abri des erreurs mais de là à ce que je cherche à lui mettre des bâtons dans les roues. C'est irrespectueux".

"Ce genre de pratique fait peut-être partie de la mentalité de M. Marzouki, mais nous, on n'a pas cette mentalité" a-t-il réagi.

Les élections municipales

Quant à la date des élections municipales, Beji Caid Essebsi a déclaré que la décision revient à l'ISIE et que cette dernière est en cours de discussion avec les différents partis pour le maintien ou non de la date précédemment convenue, à savoir le 25 mars 2018.

"Si la date des élections doit être repoussée, il faut qu'elle demeure proche. Je veillerai à ce que ces élections se déroulent le plus tôt possible. J'espère qu'elle ne dépassera pas le mois d'avril" a-t-il déclaré.

Le report de la date des élections municipales fait polémique depuis quelque temps. En effet, alors qu' Ennahdha, Nidaa Tounes et l'UPL, ont demandé à l'Instance Supérieure Indépendante pour les Élections (ISIE) le report des élections, plusieurs partis et acteurs de la vie politique leurs ont opposé une fin de non recevoir.

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Mercredi, le chef du gouvernement Youssef Chahed a appelé l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) à poursuivre les concertations avec les parties concernées par les élections municipales afin de décider de la date de leur organisation.

La relation avec Ennahdha

"Je collabore avec Ennahdha, tout simplement parce que les Tunisiens l'ont élu. C'est une réalité qu'on doit gérer si on veut être démocratique. Je ne suis pas Nahdhaoui, mais je travaille avec Ennahdha car la démocratie me l'impose".

Il a par ailleurs qualifié la réforme politique et idéologique du mouvement d'Ennahdha de "bien mais pas suffisant" soulignant que ces réformes doivent continuer jusqu'à ce que le parti s'aligne au reste des acteurs de la scène politique.

Auto-évaluation

"Personne ne peut être totalement satisfait de son rendement, mais s'agissant de moi, je pense que le peuple tunisien pourra me juger. Mon parcours a été la garantie sur laquelle j'ai misé lors des élections" dit-il avant d'ajouter "Je m'auto-évalue constamment et comme tout le monde, il m'arrive de vivre des moments difficiles".

"J'espère que les Tunisiens se rappelleront de moi comme un chef d'Etat digne de confiance, qui a servi son pays et le bien de son peuple" conclut-il.

Le droit de la femme

Le président est également revenu sur l'égalité des sexes affirmant que pour que la démocratie survive, le rôle politique de la femme est indispensable. "J'espère qu'on est arrivé à garantir les droits des femmes à travers les dernières réformes. Nous avons 8 ministres femmes dans le gouvernement actuel, ce qui n'a jamais été le cas avant".

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