Les démocrates réussissent l'impossible à la sénatoriale dans l'Alabama, énorme claque pour Trump

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DONALD TRUMP
U.S. President Donald Trump uses his famous "You're fired" line at a rally in Pensacola, Florida, U.S., December 8, 2017. REUTERS/Carlo Allegri | Carlo Allegri / Reuters
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ÉTATS-UNIS - Jamais depuis 1992 les Alabamiens n'avaient élu un sénateur démocrate, et rien ne semblait pouvoir changer ça. Pas même les accusations d'attouchements sur mineures à l'encontre de Roy Moore, ultra-conservateur qui se présentait face au démocrate Doug Jones ce mardi 12 décembre.

À la surprise générale, les électeurs de l'Alabama ont pourtant décidé de se mobiliser pour faire barrage au sulfureux candidat qui voulait porter au Sénat des États-Unis son activisme religieux, ses positions anti-avortement et anti-gays.

Même si le démocrate l'a seulement emporté avec une faible marge, 49,6% contre 48,7%, l'exploit est énorme dans cet État qui se veut comme l'un des plus conservateurs du pays. La victoire a notamment été saluée par Hillary Clinton qui a promis que "si les démocrates peuvent gagner dans l'Alabama, nous pouvons -et devons- être en première ligne partout ailleurs. En avant!"

Camouflet très sévère pour Trump

Le réflexe partisan est très fort dans ce bastion et dans l'Alabama profond, les habitants restent fidèles à leur président et leur parti. Certains refusaient de croire les accusations contre Moore, d'autres, qui auraient pu être tentés de voter Doug Jones, disaient notamment se heurter à son ouverture d'esprit sur les thèmes sociétaux. Ce mardi, le camouflet à Donald Trump est en tout cas extrêmement sévère.

Malgré les accusations d'agressions sexuelles, le président américain avait soutenu de toutes ses forces Roy Moore, expliquant aux électeurs qu'il avait besoin qu'il remporte ce siège pour conserver la faible majorité républicaine du Sénat et ainsi pouvoir faire voter les lois qu'il avait promises.

Avec la défaite de Roy Moore, la majorité dans la cruciale chambre haute du Congrès va passer de 52 à 51 sièges sur 100, une marge de manoeuvre réduite à peau de chagrin. Déjà que 52 sénateurs ne suffisaient régulièrement pas à Trump pour passer ses projets (notamment sa réforme de l'assurance maladie qui reste bloquée grâce à quelques sénateurs républicains rebelles), 51 membres ne vont pas arranger ses affaires.

Le milliardaire, habitué des coups de sang sur Twitter, a réagi avec un calme surprenant mardi soir. "Félicitations à Doug Jones pour cette victoire âprement disputée", a écrit Trump dans un tweet. "Une victoire est une victoire", a-t-il ajouté en promettant que les républicains pourront prendre leur revanche "très bientôt".

Virulence mémorable

La campagne, la première pour un siège du Sénat depuis l'élection de Donald Trump, a été d'une virulence mémorable, dans un Etat pourtant habitué aux scandales. Roy Moore, ostracisé par son propre parti, a emprunté le manuel trumpiste en qualifiant de "fake news" les allégations.

Et par-dessus son discours traditionnel hostile à l'avortement, aux homosexuels et aux transgenres, il a repris les grands thèmes présidentiels de l'immigration clandestine et de la défense.

Les démocrates ont eux investi considérablement dans la bataille, inondant les écrans de publicités télévisées et dépêchant des figures démocrates pour notamment mobiliser les électeurs afro-américains, environ le quart des électeurs.

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